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Billet de blog 17 déc. 2021

MAROC/ALGERIE : RECIT D’UNE GUERRE MANQUEE ‘‘Inchallah’’

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ACTE 1 : un mariage Maroc/Algérie en terre angolaise.

En 2010 pendant la Coupe d’Afrique des Nations nombreux supporters algériens ont fait le voyage en Angola pour supporter l’équipe d’Algérie avec un drapeau de l’Union du Maghreb Arabe. La voix officielle de l’Algérie soutient la cause du front du Polisario et l’indépendance des provinces sahariennes. La voix du peuple algérien ou une partie n’avait qu’un seul rêve : l’union effective du Maghreb. Ces images de jeunes supporters de l’équipe de foot de l’Algérie en 2010 en Angola témoignent d’une possible entente entre l’Algérie et le Maroc. Une union à cinq : une Algérie forte, une Tunisie avant-gardiste, une Libye réconciliée, une Mauritanie savante et un Maroc Royal.

Dans un monde en grande mutation et où les alliances sont devenues synonyme de force et de prospérité, l’Union du Maghreb Arabe doit surmonter ses orgueils, ses peurs et opter pour une vraie fondation. L’héritage berbéro-arabo-judéo-musulman serait un tremplin vers une intégration rapide.

Des villes et des stades en l’Angola ont chanté « Viva Maghreb United » en supportant l’Algérie. Un rêve chanté par des Angolais pour des maghrébins dont le réveil sonnera probablement un jour. Il sonnera sûrement plus fort que les cloches des guerres qui nous hantent. Nous rappelons ce rêve de peur qu’un jour on se réveillera avec le bruit retentissant et assourdissant des bombardiers.

Le plus difficile est le premier jour du déclenchement d’une attaque. L’ordre sera donné, sûrement de manière irréfléchie, le bombardier s’exécutera : une ville tombera Oujda ou Oran, peu importe, la guerre est déclarée. A l’instar de la guerre Irak/Iran, elle durera au moins dix ans. Après trois longues années de combat et de déchirement, on ne compte plus le nombre des victimes 900 000 d’un côté et 1 500 000 de l’autre. Plus personne ne veut aller au front, une autre guerre frappe aux portes : la famine fait rage. Le Maroc vert est devenu jaune et l’Algérie ne manque de rien, ses alliés ont assuré une liaison maritime. Les ravitaillements ont satisfait tous les ventres algériens et ont épuisé les puits gaziers. Le Maroc mange moins mais a moins faim, habitué à la privation, pas forcément à cause du Ramadan.

Les premiers déserteurs sont les paysans marocains. Ils ont décidé de faire la guerre à la famine. Leurs enfants ressemblent à ceux qu’ils regardaient à la télé quand le Maroc était prospère et contribuait aux aides et dons contre la famine. Aujourd’hui, les Marocains voient à la télé leurs propres enfants ainsi que les enfants d’Algérie : les uns ont faim les seconds manquent de soins. Les paysans marocains ont tout cultivé sauf les tomates et les pastèques : le rouge leur rappelle le sang et la guerre. Le Ramadan marque la seule exception : la tomate devient reine mais se consomme verte : le rouge est toujours banni.

Les paysans ont déserté, le front manque de combattants. Nous voilà en face de deux grands champions du monde de 1500 m. Noureddine MORCELI l’Algérien face à Hicham ELGUEROUJ le Marocain. Ce dernier a un meilleur palmarès, mais l’un contre l’autre MORCELI a toujours gagné. Où doit on enterrer Hicham ELGUEROUJ ? Dans sa ville natal Berkane ou dans une fosse commune ? L’armée marocaine n’ayant pas pu récupérer les corps tombés lors de la dernière attaque, l’armée algérienne a décidé d’enterrer les 352 corps parmi lesquels 35 femmes dans une fosse commune. Seul corps extrait celui de Hicham ELGUEROUJ sur insistance de MORCELI. Ce dernier voulait offrir à son rival un enterrement digne de la place qu’il a occupé sur la scène internationale et dans son cœur. Le commandement algérien ne pouvait refuser la demande de MORCELI et l’a autorisé à emmener le corps de ELGUERROUJ en prétextant, sans être obligé, que c’est sa prise et que la balle qui loge dans le cœur de ELGUERROUJ est sûrement celle de MORCELI. Un mausolée a été érigé par la famille de MORCELI pour accompagner dans l’au-delà l’enfant marocain qu’il chérissait. Une lettre expliquant le déroulement a été envoyée au père de Hicham ELGUERROUJ. Le père a remercié MORCELI. Il a remercié celui qui a tué son fils. Ceux qui prennent les armes ne sont pas toujours responsables. Seul responsable celui qui a ordonné la 1ère attaque, celui qui n’a pas résisté et a répliqué, celui qui n’a rien fait pour apaiser l’escalade... La lettre de MORCELI a été entachée de sang, elle était la dernière qu’il pouvait écrire. Il s’est amputé des deux mains pour ne plus ôter aucune vie, la sienne le sera bientôt. Jugé pour désertion, rébellion et refus de servir son pays. Une guillotine s’est dressée, en hommage à l’héritage français, et la tête de MORCELI est tombée dans un panier en osier. Tressée avec un savoir-faire marocain le panier sera bien accueilli par ELGUERROUJ, il lui rappellera l’odeur de son pays. Dorénavant les deux athlètes sont enterrés l’un à coté de l’autre. Et pour la première fois l’un contre l’autre ELGUERROUJ est arrivé en premier.

La guerre entame sa septième année, ceux qui avaient parié sur une guerre éclaire ont perdu. L’équilibre d’armement parfait des deux puissances de soutiens ne pouvait favoriser ni l’Algérie ni le Maroc. On comprend pourquoi les deux grandes puissances militaires du monde ne se livrent jamais à des entrainements militaires entre elles. Pourquoi s’en priver quand il existe encore des candidats prêts a payé le prix fort pour acquérir leurs armes et se livrer à un test réel pas virtuel. Dans ces pays la vie des gens ne compte pas et même si elle comptait un peu on saura comment galvaniser l’opinion car le sacrifice vaut l’effort pour venir à bout d’un ennemi satanique même si leur dieu est unique.

Dix ans après l’ennemi est toujours satanique et les amis des deux ennemis se sont bien installés dans le pays. L’effort, le soutien et les livraisons des armes de guerre méritent un bail d’au moins 25 ans sur le gaz et/ou le phosphate. Quand les deux puissances militaires ont compris qu’il n’y a plus de richesse à hypothéquer, elles se sont imposées une résolution avec la bénédiction des Nations Unies pour imposer un embargo sur leurs propres armes à destination du Maroc et de l’Algérie.

Et la France ? Cette fois son rôle était différent. Elle ne pouvait en aucun cas aider l’un ou l’autre enfants issus de sa liaison avec la colonisation. Certes la France chérissait son enfant docile et fier : le Maroc. Mais la France ne pouvait l’armer contre son enfant récalcitrant et rebelle. Les deux frères se livrent à une guerre chargée de mépris, de haine, de ressentiment et de vengeance dont les origines restent inconnues, incomprises et injustifiées. L’origine et la raison des haines permettent de les comprendre et de les combattre, leur ignorance assure leur la pérennité. Doit-on se résigner et dire que la violence a le droit de vivre paisiblement parmi nous, car la violence c’est nous. Depuis l’aube de l’humanité l’homme a compris que la terre a soif. Soif d’eau ou de sang ? L’eau destinée à nourrir son corps et le sang à satisfaire son esprit. La frontière entre le Maroc et l’Algérie a été bien arrosée et reste infertile.

La France ne pouvait creuser un fossé déjà profond avec une Algérie dont les plais tardent à cicatriser. La France a été grande et responsable mais moins grande que ses deux communautés d’origine algérienne et marocaine, le conflit n’a pas traversé la méditerranée. Le bénéfice de cet apaisement revenait à un admirable joueur de foot, apparemment respecté et écouté. Le jeune français est le fruit d’un amour d’un père algérien et d’une mère marocaine, comme quoi tout est permis dans le pays de la France.

Au premier jour de la guerre le jeune footballeur s’est adressé à la communauté algérienne et leur a dit : j’ai choisi l’équipe d’Algérie et je me battrai pour elle. Mais, je dois d’abord commencer par déclarer la guerre à ma mère. Après je donnerai l’ordre de l’assaut contre la communauté marocaine. Pendant ses 10 années de guerre le fleuriste du quartier a préparé les meilleurs bouquets sur ordre  du jeune footballeur. La maman marocaine recevait des fleurs deux fois par semaine depuis que la guerre a commencé. Le jeune footballeur a passé plus de temps avec son père et sa mère qu’à son club de Manchester City. Le club a gagné plusieurs étoiles, lui a préservé deux cœurs. Ceux qui attendaient le feu vert pour transférer la guerre en France ont perdu ou plutôt ont gagné la paix.

Cette guerre était nécessaire, maintenant les frontières sont ouvertes et les déplacements libres entre les deux pays ou plutôt le pays. L’un des deux pays a annexé l’autre, tout le monde le pense et personne n’ose l’assumer.

A la fin de la 10ème année de la guerre, le nouveau Roi du Maroc a pris son cheval blanc tacheté de violet souvenir de sa naissance sous un figuier. Accompagné par 12 de ses conseillers ruraux, ils ont pris leur départ de l’atlantique pour traverser le Maroc. A la frontière Algérienne le souverain n’a pas été inquiété, il a traversé l’Algérie jusqu’à la frontière tunisienne.

Par où il passait la guerre cessa. Apparemment c’est la Baraka des Rois. Les Algériens ont adopté ce Roi pour avoir sa traversée pacifiste et risquée en temps de guerre. Ils lui ont construit un palais à Constantine. Parce que ce geste ne comprenait ni assimilation ni annexion, le Roi à son retour au Maroc a construit le plus prestigieux plais présidentiel à Tanger pour le peuple d’Algérie. Le Roi a préservé la République et les Algériens ont maintenu le Royaume. On a assisté à la naissance d’un nouveau système politique. Sera-t-il en mesure de concilier les deux Palais de Tanger et de Constantine ? lassé par la guerre, les deux peuples s’en moquent du système politique, l’essentiel pour eux est que les frontières sont réouvertes et des opportunités s’offriront pour les jeunes Haraga des deux bords.

ACTE 2 : de la gloire imaginaire à la prison réelle. (A SUIVRE)

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