Au 20H de France 2, Fillon ressort indemne, Melenchon diabolisé

En ce soir de primaire socialiste, un vent de liberté soufflait sur les plateaux télé de France 2 : celle de la parole des politiciens LR, François Fillon et François Baroin. Une liberté peu soucieuse de vérité.

Quel est le rôle premier du journaliste? Dans la presse, recouper les informations, en télévision, veiller à ce que le moins de contre-vérités possibles ne soient dites. Exercice de direct difficile, qui mérite respect lorsqu’il est bien fait.
Le présentateur de France 2, Laurent Delahousse, jeune et énergique, fait sa une sur la victoire des « experts » de hand ball, reléguant le match de la primaire Valls-Hamon au rang subalterne. C’est un choix.
Puis un montage du meeting de François Fillon à Paris où il déclare à propos du “Penelope Gate“ : « à travers elle c’est moi qu’on cherche à casser ». Quels que soient les intentions de ces “on“, ils ont transmis des documents publiés par le Canard Enchainé, lesquels documents ont été jugés suffisamment authentiques et compromettants pour que le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits ». Laurent Delahousse rappelle-t-il ces faits basiques? Non.
Son interview de l’UMP François Baroin, venu défendre Fillon, ne nous en apprend pas plus. Quand le journaliste pose une question pertinente, il regarde Baroin botter en touche, émerveillé par une telle dextérité. En pleine confiance, François Baroin étend la discussion au paysage présidentiel, affirmant tout de go : « […] Mélenchon qui a le même programme que Le Pen ».
Une contradiction aussi flagrante, alors que les programmes ont été publiés au moins partiellement, ne doit pas échapper à un journaliste politique. Delahousse laisse filer sans sourciller.

Le téléspectateur n’a plus qu’à puiser dans ses vagues souvenirs, les vagues accusations de populisme (aux vagues et diverses significations) adressées à Mélenchon et Le Pen, entendues de ci de là dans les gros médias depuis des années. Et finir de ranger les deux candidats dans le même panier.

De telles approximations - ou amateurismes si elles sont involontaires -, répétées sur un temps long, s’apparentent à de la manipulation. La réalité se mue en une matière molle, pâteuse, malléable.

La déférence médiatique permet aux politiciens et gouvernants de garder la face, quelle que soit la nature du scandale ou du renoncement qu’ils s’évertuent à nier. Les effets sont à terme délétères, et ne rendent service à personne : ni à la population qui se sent flouée, ni aux politiciens, ni aux gouvernants eux-même finalement. La profonde crise que subissent les deux partis « de gouvernement » PS et LR, le montre. De moins en moins légitimes, les gouvernements travestissent de plus en plus la réalité. Et ainsi de suite. Nous assistons consternés, à la fin de cycle d’un cercle vicieux, dont une manifestation est la dangereuse montée du FN.

Il est tentant de placer ces constatations sous le signe de la "post-vérité" (définition ci-dessous). Pas sûr que cela éclaire notre sujet, le concept lui-même n'est pas sans certaines ambiguités. Si les "vérités" des politiciens s'exprimant face aux caméras, étaient dûment recadrées par ceux sensés le faire, en tous cas, les raisons de parler de "post-vérité" seraient moins nombreuses.

Introduite en 2016 par l’Oxford Dictionary, la «post-vérité» serait devenue « un pilier du commentaire politique ». Elle s’inscrit dans « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence pour modeler l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux opinions personnelles ».

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