« L'Europe doit financer la Palestine jusqu'en 2020 »

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Filippo Grandi, le commissaire général de l’Agence de secours et de travail des réfugiés palestiniens de l’ONU (Unrwa) était invité, mercredi, à participer au groupe de travail sur le Moyen-Orient que préside Hans Gert Pöttering, l’ancien président du Parlement Européen. Devant députés et ambassadeurs, le patron de l'Unrwa a réaffirmé sa volonté d'un partenariat durable avec l'UE.

Cette invitation ne doit rien au hasard. Quelques heures plus tôt dans l’hémicycle, les députés votaient une augmentation de plus de 20 millions d’euros de l’aide allouée à l’Unrwa. Mais Filippo Grandi a exhorté l’assistance à continuer ses efforts en 2011 et pendant les dix prochaines années.

Conscient que cette vision au long terme du conflit israélo-palestinien pouvait sembler politiquement incorrecte, le commissaire général de l’Unrwa a estimé important de préciser que « si le processus de paix en cours fait progresser la résolution du conflit, l’Unwra peut y contribuer par son expérience. Ne pas représenter les réfugiés palestiniens dans les négociations revient à faire d’eux un facteur d’instabilité ».

Sur ce point, H. G. Pöttering, a voulu intervenir et préciser les paroles de Filippo Grandi, considérées trop diplomates. « Pour être clair, si vous ne construisez pas d'écoles à Gaza et ailleurs pour les réfugiés, les jeunes ont beaucoup plus de chance de tomber dans les bras du Hamas ou ceux du terrorisme ». Et le patron de l’Unrwa d’approuver d’un hochement de tête.

« Penser la stratégie post-2014 »

Depuis maintenant cinq ans, Filippo Grandi sillonne les bureaux politiques du monde entier et multiplie les poignées de mains dans un seul but, celui d’augmenter les financements de son agence. En ce qui concerne l’Europe, ses appels à l’aide ont finalement été entendus. « Je suis aujourd’hui en contact avec des représentants influents de tous les groupes politiques européens » a-t-il soutenu lors de son discours introductif. « Je pense avoir obtenu un partenariat solide de trois ans. Mais il faut penser la stratégie post-2014 dès maintenant. »

L’Unrwa revendique près de cinq millions de réfugiés palestiniens au Proche-Orient. Certains dans la bande de Gaza, d’autres dans les pays voisins, Liban, Syrie ou Jordanie. « Nous sommes des prestataires de services pour les réfugiés » a expliqué Filippo Grandi. « Notre action se concentre principalement sur l’éducation, mais nous traitons aussi la santé, les services publics, l’humanitaire et même les micro crédits ».

« Nous payons, vous construisez, et Israël détruit »

Mais dans l’assistance, les députés réagissent. La danoise Margrete Auken, membre du groupe des verts européens s’étonne : « C’est toujours la même chose, nous payons, vous construisez, et Israël détruit. N’est-ce pas le rôle de l’État hébreu de s’occuper des réfugiés palestiniens ? ». Si Filippo Grandi a botté en touche sur cette question, il a tenu à préciser les négociations intensives qu’il menait avec le gouvernement israélien pour l’ouverture des points de passage vers Gaza aux matériaux de construction. « Mais le problème est bien plus grave, nous construisons une dizaine d’écoles par an dans la bande de Gaza, quand il en faudrait 100 pour pallier l’inflation démographique de la région ».

En 2010, plus de 88 millions d’euros sont destinés à l’Unrwa dans le budget de l’Union. C’est à peine moins que l’aide financière apportée par les États-Unis pour le secours des réfugiés palestiniens. Cette année, l’Union européenne subventionne la Palestine à hauteur de 356,4 millions d’euros. Cet argent sert, entre autre, à payer les salaires de plus de 80 000 employés de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Et pourtant, l’Europe, du fait de sa division politique, n’a toujours pas le droit de cité à la table des négociations.

 

Basile Lemaire

 

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