Résistance au Kurdistan irakien

 

Dans les montagnes décharnées et impraticables du Kurdistan d'Irak, se réfugie depuis 1984 le principal parti politique kurde iranien : le Komalah. Pendant deux mois, le photographe Gaspard Thiekaro a suivi quatorze jeunes au cours de leur "formation" militaire et politique.

 

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Kurdistan d'Irak, Kurdistan Irakien ou Kurdistan. Peu importe le terme utilisé, chacun constitue une déclaration politique formulée en termes historiques et géographiques.

 

Depuis 1991, la région semi-autonome du Kurdistan d'Irak bénéficie d'une stabilité relative, confortée par l'intervention américaine de 2003, dont les Kurdes sont les principaux bénéficiaires. Fort d'un essor économique sans précédent qui assure une indépendance de fait garantie par un gouvernement et une armée régionale, le Kurdistan d'Irak est aussi une terre d'accueil pour des "frères" venus de Syrie, de Turquie et d'Iran que l'histoire n'a pas encore libéré de l'oppression.

 

C'est dans ces montagnes décharnées et impraticables, où se perdent les frontières des pays voisins et résonne l'histoire du peuple kurde, que s'est réfugié le Komalah : "l'organisation révolutionnaire du peuple ouvrier du Kurdistan". Créé en 1969, le Komalah, réfugié en Irak depuis 1984, est le principal parti politique Kurde Iranien.

 

Perché dans les montagnes de Quandil, ses militants mènent une résistance armée contre la République Islamique et l'oppression subie par les Kurdes d'Iran. Cependant, depuis 2005, l'organisation a officiellement arrêté les actions militaires sur le territoire iranien et ne mène plus que des actions de "propagandes armées".

 

Chaque année, des dizaines de militants persécutés par le régime fuient l'Iran pour venir grossir les rangs de l'organisation. Souvent jeunes, ces hommes et ces femmes (le Komalah est le premier parti à permettre aux femmes l'accès à tout les grades de l'armée), bercés depuis leur enfance par les chants révolutionnaires, les exploits des martyres, la mémoire d'un père ou d'un frère mort au combat ou emprisonné, quittent clandestinement un présent sans avenir pour s'engager dans la "résistance".

 

Pour atteindre leur objectif, ils doivent d'abord devenir Peshmerga, soit "celui qui regarde la mort en face". Le Peshmerga, combat pour son peuple, pour la justice, pour sa famille et doit être prêt à se sacrifier pour ses idées. Ces aspirants suivent une formation militaire et politique de deux mois au cours desquels ils apprendront à se battre, à penser, à obéir et à fondre leur identité dans celle du parti.

 

J'ai suivi quatorze jeunes au cours de leur "formation", tenté de comprendre leurs espoirs, leurs stigmates et leur histoire. Celle du peuple kurde entre présent et passé.

 

Figés dans le temps, bercés par des mythes et des fantasmes pourtant éloignés de la réalité, ils rêvent de liberté, de victoire et d'identité.

 

Texte et photo de Gaspard Thiekaro

 

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