Après le coronavirus, la justice

Le sommet de l’Etat semble anticiper davantage la justice d'après crise qu’il n’a anticipé la crise elle-même. La rhétorique au sommet de l'Etat commence à prévoir le temps judiciaire et les enquêtes sur leur gestion. Ils ne sont pas seuls responsables mais pas irresponsables non plus. (écrit le 28/03/2020)

Difficile de reprocher aux actuels gouvernants les errances d’austérité dont sont coupables leurs prédécesseurs. On peut toutefois leur reprocher les leurs. « En même temps » que se multipliaient les alertes, les grèves et les démissions administratives du personnel soignant, Emmanuel Macron rognait sur le budget prévisionnel de l’hôpital sollicitant 960 millions d'€ d’économie en 2018. Pour 4,5% d’augmentation des dépenses de santé, le budget santé prévoyait d'augmenter de 2,1 à 2,45% par an. Déjà en amont notre système de santé était au bord du gouffre et déjà les moyens ne répondaient pas à l’enjeu. Si gouverner c’est prévoir, alors ils auront été peu précautionneux. Prenons cela en considération pour rendre un avis éclairé.

Dans un temps plus proche, Emmanuel Macron comme Edouard Philippe sentent la grogne gonfler. Ce dernier ne « laissera personne dire qu’il y a eu du retard dans la prise de décision de confinement » quand les commentateurs eux s’épanchent à faire le bilan. Quels que opportunistes fussent-ils (ou suis-je), rappelons le maintien des municipales, dont on commence à observer les conséquences désastreuses, alors que l’Italie était en confinement total depuis une semaine, la Chine depuis deux mois, et qu’autant Giuseppe Conte que l’OMS nous enjoignaient au confinement avant la catastrophe. Comparativement on s’en est bien sorti : il y aura sans doute plus à reprocher à Boris Johnson, Donald Trump ou Bolsonaro, qu’à Emmanuel Macron. Pour autant, dans l’absolu, son action sera-t-elle exempte de toute responsabilité ? J’en doute. Quel aura été le niveau d’information ? Quels intérêts ont pu primer à un instant t ? Qu’a-t-on fait du principe de précaution ? Pourquoi avons-nous été si peu préparé avec deux mois d’avance sur la Chine et 10 jours sur l’Italie ? Pourquoi, au regard de nos dépenses de santé, manquons-nous à ce point de matériels comparativement à l’Allemagne (7000 lits en soins intensifs et 20 à 30 000 test/semaine contre 25 000 et 500 000 pour l’Allemagne) ? Je déplore que l’exécutif prépare déjà sa défense d’après-crise quand ils devraient humblement baisser la tête et se concentrer sur la prise de décision.

Leur communication de crise je la trouvais grossière, elle commence maintenant à être indécente. Peut-être même narguante pour ceux qui protestent dans la rue depuis plusieurs années : « Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite, sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe » - Emmanuel Macron le 12 mars 2020. 
Quelle prise de conscience à retardement... Je maintiens qu’ils auront manqué, lui et ses prédécesseurs, d’anticipation. Je n’attends pas du nouveau chef qu’il soit aussi mauvais - ou pas pire - que le précédent, bien au contraire. C’est la base même du « progrès ».

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