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Billet de blog 29 oct. 2021

De l’art de salir Mélenchon.

Ce vendredi 29 octobre, un sujet enflamme Twitter. Jean-Luc Mélenchon, candidat de l'Union populaire à l'élection présidentielle, est accusé d'antisémitisme. La réplique de ses militants est massive... et le bad buzz ressemble à beaucoup d'autres portés contre l'Insoumis. Analyse.

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C'est reparti. Les détracteurs de Jean-Luc Mélenchon ont tenté, une fois de plus, de le salir au détour d’une accusation nauséabonde. Rien de bien nouveau : l’argument utilisé est celui de l’antisémitisme. Déjà vu en 2013, en 2015, en 2017, en 2019, en 2020 et en 2021. Chaque fois évidemment, la même conclusion : Non, Jean-Luc Mélenchon n’est pas antisémite.

Cela n’empêche pas l’attaque de revenir... car les détraqueurs ne débattent pas. Ils ne démontrent rien. Il n’ont que faire de l’objectivité ou de la vérité. Leur seul objectif est de blesser leur cible. De vomir leur haine et leur bêtise crasse, ou d'affirmer leurs convictions basées sur rien.

Et depuis quelques années, la méthode est chaque fois la même. Un article de Libération s’était d’ailleurs penché sur la question en juillet dernier.

Une mise en scène politique

À l’aide d’une cartographie établie avec le médialab de Sciences-Po, le journal affichait la manière dont les utilisateurs de Twitter avaient réagi aux propos du candidat de l’Union populaire sur le lien entre campagne électorale et insécurité. Le résultat était un réseau particulièrement polarisé, influencé par l’univers médiatique… et surtout par l’extrême-droite.

Résultat : les personnalités ayant à l’époque pris la parole se sont retrouvées “à proximité des sphères d’extrême-droite” dans ce bad buzz. Servant ainsi l’objectif politique de ceux qui visaient à atteindre l’image du candidat de la France insoumise.

Une mécanique bien huilée

C’est toujours la même méthode. D’abord, des comptes Twitter à faible audience et souvent anonymes (pas toujours) portent l’accusation. Plusieurs tweets démarrent ainsi l’incendie, et l'offense est diffusée hors-radar. Des comptes plus influents embrayent ensuite le pas, reprennent l’accusation, commentent... Et c’est au final, en quelques heures, tout un réseau qui se mobilise pour construire l’histoire de toutes pièces, lui donnant de la visibilité avec un effet “caisse de résonance”.

Pratique : les portes-paroles identifiés peuvent ainsi reprendre l’accusation comme s’ils n’en étaient pas à l'origine. De fait, ils n’ont donc pas le mauvais rôle du premier coup porté… mais participent tout de même au bad buzz.

Dans le cas de l’accusation de complotisme, du mois de juin dernier, l’analyse avait montré le rôle essentiel de l’extrême-droite dans le buzz. Une partie de la gauche, sur la ligne du Printemps Républicain, avait également repris l’accusation. Car évidemment, certains malins reprennent l’accusation sans s’interroger sur sa provenance ou son utilité. Pire, certains calculs peuvent mener au cynisme : si l’image de Mélenchon est atteinte, est-ce que cela ne peut pas, après tout, servir à d’autres personnages politiques ? Et c'est ainsi que l'audience s'élargit un peu plus à chaque reprise.

D’Hidalgo à Valls, en passant par Carole Delga, toute une frange du PS et de ses alliés se sont ainsi mis au service de l’agenda politique de l’extrême-droite en juin dernier. Idiots utiles se pensant stratèges...

Le rôle des médias

Dernière étape, caisse de résonance ultime lorsqu'elle est atteinte : les médias ! Une fois le buzz devenu un sujet de discussion sur Twitter, ces derniers ont toute liberté pour le reprendre... et porter ainsi l’accusation dans une sphère beaucoup plus vue, lue, écoutée et commentée que la bulle Twitter. Les chaînes infos passent leur bandeaux spéciaux, des experts de tout et rien viennent donner leur avis. Le fait est commenté, analysé, décortiqué. Il devient sujet à débat, point central de l’actualité pendant de longues heures.

Le buzz devient ainsi national... et l’accusation arrive aux oreilles de millions de personnes. Le coup porté au départ touche ainsi sa cible : la campagne de calomnies et de mensonge est beaucoup plus puissante, beaucoup plus massive qu’elle n’était au départ.

Un travail efficace ?

Reste à nous interroger sur la pertinence d’une telle méthode.

Est-elle efficace ? En termes d’audience, c’est évident. Mais en termes de conviction… À l’heure où l’actu chasse l’autre en quelques heures, il y a peu de chances que ce genre de buzz montés de toutes pièces marquent durablement l’opinion. Tout au plus aura-t-elle passionné les foules pendant quelques heures. Quelques jours, grand maximum.

Les Français pensent-ils aujourd'hui que Jean-Luc Melenchon est complotiste ? Non. Antisémite ? Pas plus. Car son parcours, son expérience et son bilan politique parlent pour lui.

Il faut dire que l'homme ne se laisse pas faire. Démonstration aujourd'hui : les tweets le soutenant ont été plus nombreux que ceux l'incriminant. Le hashtag #MelenchonBashing s'est ainsi inscrit comme première tendance sur Twitter tout au long de la journée. Avec un mot d'ordre : ne rien céder. Ne pas accepter l'injure et l'outrance.

L’alerte porte donc davantage sur ce qu'une telle mécanique révèle du monde politico-médiatique :

Que faut-il penser de journalistes reprenant une accusation sans même en interroger la pertinence ? Balayant ainsi le parcours politique d’un homme d’un revers de la main,  pour un extrait vidéo de quelques secondes diffusé par ses adversaires politiques ?

Que faut-il penser de médias qui se mettent, sciemment ou non, au service d’un agenda politique ?

Que faut-il penser d’un débat public pourri par les buzz de cette nature et les polémiques outrancières d’un homme comme Eric Zemmour, mais qui laisse si peu de place à des sujets comme la justice sociale ou l’urgence écologique ?

Que faut-il penser de ce mépris de la vérité et de l’adoration sans limite de l’audience, du buzz, du clash ?

L’art de salir Mélenchon ? C’est avant tout l’art de créer de toutes pièces des accusations outrancières, et de les faire reprendre en masse. En bref : c’est le débat public, et la politique, qui meurent à petit feu.

Car, si c'est aujourd'hui le candidat de l'Union populaire qui subit ce traitement honteux, que ceux qui observent sans broncher en soient conscients : ne rien dire aujourd'hui, c'est accepter que la pratique s'installe... et fasse donc, un jour ou l'autre, d'autres victimes. Jusqu'à devenir monnaie courante.

Est-ce vraiment souhaitable ? A quelques mois de l'élection présidentielle, faut-il laisser les boules puantes prendre le pas sur les débats de fond ? Évidemment pas.

Bastien PARISOT

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