La gauche doit faire tomber le tabou de l'Euro

L'ensemble de la gauche et la France Insoumise en particulier ne peut faire l'économie, au minimum, d'un débat sur le bien fondé de l'euro, faire son bilan depuis 2002. Si elle a avancé sur la questions des traités européens, l'euro semble être aujourd'hui, au mieux un sujet secondaire, au pire un sujet totalement tabou. Or toute politique de gauche sera compromise par la monnaie commune.

L'euro, le grand mensonge

- L'euro, dès l'origine a été bâti sur une promesse mensongère. Il allait amener la prospérité à toutes les nations et une convergence des pays allait s'effectuer. C'est tout l'opposé qui s'est produit comme l'écrit Jacques Sapir "Les résultats économiques sont dévastateurs. L'impact de l'Union économique et monétaire est estimé à une croissance de 4,7% à 6,3%, soit très loin des estimations les plus pessimistes des travaux antérieurs qui plaçaient ces effets à 20%, et ceci sans même évoquer les premiers travaux d'analyse de Rose qui les situaient entre 200% et 300%."1

- L'autre mensonge est celui du budget fédéral. Les dirigeants de l'époque savaient pertinemment que l'euro ne pourrait pas survivre sans. Le rapport Werner, commandé en 1968 par la Commission européenne qui craignait, à juste titre, l'abandon du système de Bretton Woods par les américains expliquait très clairement "c'est une erreur dangereuse de croire qu'une union monétaire et économique peut précéder une union politique, ou qu'elle va fonctionner comme un ferment pour le développement de l'union politique dont  elle ne pourra, à la longue, se passer". Ensuite, le président de la Commission européenne en 1977, Roy Jenkins proposa la création d'une monnaie unique, avec la création d'un budget communautaire équivalent à 10% du PIB des membres. Ce fut rejeté. Et le projet mis en suspend.

Tout cela n'a pas empêché l'Union européenne de se lancer dans ce projet en 1992. Elle a fait l'euro sans ce budget " on l'a institué tout en sachant que le budget dédié (1,23% du PIB) à son fonctionnement était insuffisant et qu'il provoquerait des crises graves" 2 . Les créateurs de l'euro en étaient parfaitement conscient. François Mitterrand le savait comme l'explique Yanis Varoufakis: "Il (Mitterrand) voyait bien qu'en cas de crise financière violente l'euro ne serait pas à la hauteur. Mais il croyait aussi, viscéralement, que, lorsque viendrait la prochaine crise mondiale, ses successeurs et ceux de Kohl n'aurait d'autres option que d'accepter l'union politique nécessaire pour le sauver" 3. Aujourd'hui, l'Allemagne répète encore et toujours que la zone euro n'est pas une union de transfert. Mitterrand s'est lourdement trompé et a trompé le peuple français, cela n'a évidemment jamais été expliqué aux français durant la campagne de Maastricht. Jamais les critères d'entrées du traité de Maastricht n'auront été suffisant pour créer une zone de convergence.

- Troisième mensonge, l'euro n'est pas une monnaie unique. Non, l'euro c'est 19 monnaies soudées les unes aux autres par un taux de change fixe de 1:1. Ce n'est pas une monnaie unique car il n'y as pas d'union de transfert. C'est à dire qu'il n'y a pas de recyclage politique des pays excédentaires vers les pays déficitaires, on en reste au cadre national. Les banques centrales nationales existent toujours et sont soumises au diktat de la BCE, à savoir la limitation de l'inflation et l'indépendance vis à vis de la démocratie. Et il n'y a pas non plus d'union bancaire. Si une banque fait faillite, il n'existe aucun mécanisme fédérale pour la sauver, c'est à l'état concerné de s'y coller. Des événements sont d'ailleurs venus déchirer le voile de l'euro. En Chypre le 28 mars 2013, il a été mis en place un système réglementaire stricte, pour contrôler les capitaux, éviter leurs fuites et l'effondrement du système bancaire chypriote 4. Voila que par magie, un euro chypriote n'était plus égal à un euro mark ou un euro franc! Il n'y a en fait aucune magie, c'est le cas pour toute les monnaies, la crise n'agit que comme un révélateur, les murs se lézardent. Autre fait à noter, la bundesbank détenait en 2017 843 Milliards de créances de ses collègues européennes, quand au même moment la banca d'Italia avait une créance de 411 Milliards 5. L'euro mark semblent avoir étrangement beaucoup plus de valeur que les euro lire...

- Quatrième mensonge. Revenons sur le débat entre Mitterrand et Séguin pour l'adoption du traité de Maastricht. L'ancien Président de la République déclarait à propos de la BCE: "Les techniciens de la Banque Centrale sont chargés d'appliquer dans le domaine monétaire les décisions du Conseil européen (...) Or j'entends dire partout, à la radio, à la télé, que cette Banque centrale européenne sera maîtresse des décisions, ce n'est pas vrai". On connait la suite de l'histoire. Les statuts de la BCE se sont fait aux conditions de l'Allemagne car pour elle "l'adoption pure et simple de son modèle ordolibéral de politique économique et d'organisation monétaire a été posée dès le début comme le sine qua non de son entrée de la monnaie unique. La France a dit oui. Le reste s'en est suivi" 6 écrit Frédéric Lordon. Elle sera indépendante, hors de tout contrôle démocratique, et se concentrera sur la limitation de l'inflation.

Par dessus ces mensonges, une forte croyance va guider l'Union européenne dans la création de sa monnaie. Celle qu'une inflation basse, un déficit faible et une foi dans la toute puissance du Dieu marché, qui allouerait de la manière la plus efficace mains d'oeuvre et capitaux, allait faire de cette zone, une havre de paix et de prospérité. De cet édifice branlant, de cette construction bâtarde est née un monstre. Un monstre à la disposition des puissants pour dominer, humilier et soumettre les pays faibles ou récalcitrants.

Les conséquences de l'euro

Tout d'abord, la croissance depuis la crise de 2008 de la zone euro connait une croissance bien inférieur à ce qu'a connu les USA. La récession a été longue 7, à la place de la souplesse budgétaire des USA, la zone euro, empêtré dans ses dogmes a pratiqué l'austérité budgétaire. Et l'Allemagne, en position de force, grâce à une dévaluation interne unilatérale, dite du "dépouille ton voisin" et d'autres facteurs 8, l'a imposé à tous les pays. Pourquoi si cela réussit à l'Allemagne, cela ne peut-il pas réussir pour tout le monde? C'est l'angle mort allemand. Ici se trouve le noeud de l'histoire auquel je vais tenter de répondre.

Un taux de change soudé

En se ligotant avec un taux de change fixe de 1:1, un état renonce à un outil pour ajuster ses importations et ses exportations. Tout ajustement qui aurait dû avoir lieu, n'a plus lieu "Normalement quand on importe trop, le taux de change diminue, ce qui rend les importations plus coûteuses et les exportations plus attrayantes" affirme Joseph E. Stiglitz 9. L'euro est donc un vaste système de manipulation du taux de change. Sur quelle monnaie est arrimée l'euro? Le Mark. C'est dans l'optique de faire l'euro que la France s'est alignée sur le Mark en 1993 en faisant la politique du Franc fort. La même histoire est arrivée à l'Italie, la Belgique ou la Grèce. Chaque pays a des besoins différents pour son économie, sauf qu'en vérouillant ce taux sur le deutsch mark et en confiant à la BCE le soin de gérer cette politique, on fait comme si les 19 pays étaient forts semblables et avaient les mêmes besoins aux mêmes moments. Or, on ne peut pas satisfaire 19 nations avec des développements forts différents, en privant chaque pays de sa politique monétaire pour gérer les chocs économiques. Il y a des gagnants et des perdants. Résultat, L'euro est trop fort de 6% pour la France et trop faible de 18% pour l'Allemagne 10. Ce qui coûte très cher à l'industrie française, tout comme l'industrie italienne a souffert du passage à l'euro et la réévaluation de sa monnaie 11. A côté de cela, les exportations allemandes ont explosées. De plus, dans une union monétaire, sans risque de change ni aucune barrière aux mouvements de capitaux "le capital peut enfin s'établir librement où bon lui semble et le phénomène de polarisation reprendre ses droits. Le capital manufacturier choisit naturellement de s'installer en Allemagne (..)Pour un entrepreneur lambda, la réapparition de l'Europe sur les radars ne signifient qu'une chose: l'infrastructure de la moitié du continent est à vendre" comme le décrit David Cayla 12. Après avoir imposé ses conditions à la fabrication de l'euro, l'Allemagne a été aidée par des circonstances historiques et géographiques.

La libre circulation des capitaux

Autre conséquence de la construction bancale de la zone euro, le Marché Unique. Capitaux et mains-d'oeuvres sont libres de se déplacer comme bon leur semblent dans cette zone, et au-delà comme l'explique l'article 63 du Traité de Lisbonne:"Toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre Etats membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont interdites". Le festin peut commencer. Par capitaux, il faut aussi entendre produits financiers toxiques, et course au laxisme réglementaire, voir autoréglementation. En théorie, les capitaux devaient quitter les pays riches pour aller dans les pays pauvres, faire converger les économies des pays pauvres et la main d'oeuvre se répartir de façon adéquate selon les besoins du marché. C'était la théorie. En vrai ça ne se passe jamais comme cela, il suffit de voir l'Italie du nord et du sud pour le comprendre. Evidemment l'Union européenne n'échappe pas à cette règle, pire, sans union bancaire et sans union de transfert,  c'est l'inverse de ce qui était prévu est arrivé. Alors que s'est-il passé avec ce Marché Unique? Et bien les investisseurs ont confondu élimination du risque de change avec élimination de tous les risques, ces génies ont investi, faisant gonfler des bulles immobilières, financières ou de la dette publique. La folie s'était emparée d'eux. Yanis Varoufakis, décrit sa rencontre avec un banquier d'une grande banque allemande "Il devait satisfaire un quota hebdomadaire de prêts, quelle que fût la solvabilité des clients: on lui avait volé le libre arbitre qui le valorisait à ses propres yeux (...)Les professionnels comme Franz avaient pour ordre désormais, de fermer les yeux sur le risque (...) Votre travail est de chasser le rendement et de maximiser les sommes que vous prêtez"13L'argent n'a pas servi à rendre ces économies plus productives, juste à alimenter des bulles, qui vont s'effondrer et faire chuter les pays les uns après les autres.

Que s'est-il passé après l'éclatement des bulles? Dans une zone où les risques d'effondrement du système bancaire reste au niveau national, l'argent est parti des pays faibles de la zone euro, pour aller dans les pays forts. Il s'ensuit une réduction du crédit dans les pays en crises, une montée des intérêts, engendrant une austérité privée, qui a coupé les crédits notamment aux PME, qui représentent 67% des emplois de l'Ue. Les états, dans l'incapacité de renflouer leurs banques, de restaurer la confiance ont payé le prix fort de cette austérité privée, avec une fuite des capitaux comme le souligne Joseph E. Stiglitz: "quel riche espagnol ou riche grec laisserait tout son argent dans une banque locale quand il est presque aussi commode et infiniment plus sûr de le déposer dans une banque allemande?"14Pour survivre les banques augmentent leurs intérêts ce qui rend les entreprises moins compétitives, donc l'économie s'affaiblit, donc la confiance à remettre son économie à flot s'affaiblit aussi, faisant monter les taux d'intérêts, enchaînant un cercle vicieux.

Cette fuite des capitaux, l'effondrement de la Grèce, est la conséquence directe de l'architecture de l'euro. Si la Grèce n'était pas entrée dans l'euro, aucun investisseur n'aurait pris le risque d'investir plus que de raison, dans la dette publique grecque. Suite à cela, lorsque ces bulles ont éclatée, et en l'absence d'amortisseurs (dévaluation de la monnaie par exemple), et de garantie fédérale des dépôts pour toutes les banques de la zone euro - qui aurait permis d'annuler toute incitation à placer son argent dans un pays fort - la Grèce n'aurait jamais connu une telle crise.

La fuite des cerveaux

Dans le Marché Unique en crise, la fuite des capitaux mènent à la fuite des cerveaux " L'Espagne perd 500.000 résidents entre 2012 et 2015. De même, l'Irlande perd 160.000 habitants (2009-2015), la Grèce 240.000 (2010-2015). Le Portugal environ 140.000 (2011-2015). Même la petite île de Chypre est touchée et accuse un déficit migratoire de 30.000 personnes depuis 2012" explique Coralie Delaume et David Cayla 15 ajoutant "la plupart des départs concernent les forces vives du pays: de jeunes actifs, souvent diplômés du supérieur et qui ne trouvent pas d'emploi dans leur pays du fait de l'explosion du chômage". Où vont ces jeunes diplômés? En Allemagne par exemple "l'Allemagne, voit son solde migratoire multiplié par 3,9 par rapport à la période 2000-2008. Aux Pays-Bas il est multiplié par 2,4 (...) l'Allemagne a directement profité de la crise de la zone euro en attirant une immigration de jeunes travailleurs européens qualifiés qui, alors même qu'elle n'avait pas eu à financer leurs formations, ont contribué au dynamisme de son industrie et de son économie"16La dépression économique, la dette héritée (du secteur privé) par l'état engendre une augmentation des impôts, une austérité sans fin. Associée à la libre circulation de la main d'oeuvre dans toute la zone, le résultat est inéluctable: fuite de la matière grise des pays en crise. Ils sont les plus mobiles, et peuvent trouver facilement un travail dans un pays riche de la zone. Le retard s'accumule pour le pays tandis que le pays hôte se renforce avec une main d'oeuvre très diplômée qui ne leur a pas coûté un seul centime à former. La libre circulation des capitaux et des personnes dans la zone euro, tout en maintenant la gestion de la crise et des dettes à un niveau national, sans aucune institution fédérale, renforce donc la divergence entre pays de la zone euro au travers de la fuite des capitaux et de la main d'oeuvre qualifiée.

La BCE

Alors évidemment, faute de garantie des dépôts (ou union bancaire) et sans budget fédéral d'au moins 10%  du PIB de la zone pour gérer politiquement les excédents et garantir un développement juste dans la zone, nous sommes arrivés à des crises terribles. Qu'est-ce qui a maintenu la zone euro en vie malgré tout? Une institution, bras armé de l'eurogroupe, puissante, en dehors de tout contrôle démocratique, la Banque Centrale européenne. Vous savez, cette banque centrale dont parlait Mitterrand, qui devait être contrôlé par le politique. Elle s'est certes arrogée un droit à prendre des décisions politiques, pas vraiment comme l'avait imaginé notre ancien Président.

Cette institution a été bâti avec pour modèle la bundesbank allemande, elle est indépendante, donc hors de contrôle du champ démocratique et son mandat se concentre sur la maîtrise de l'inflation. La croyance était que la politique monétaire devait être dépolitisée pour être la plus efficace possible. C'est évidemment un mensonge. Il y avait derrière le bras de fer perdu de Mitterrand, qui avait voulu en prendre le contrôle, et l'Allemagne qui avait réussi à imposer ses conditions "Sinon rien!" au sujet de la BCE. Thatcher, elle-même, entrevoyait en 1991, la future dérive de cette institution "avec ce type de banque centrale, il n'y aura aucune démocratie, elle va ôter ses pouvoirs à tous les parlements jusqu'au dernier, et elle pourra avoir une monnaie unique, et une politique monétaire unique, et une politique des taux d'intérêts, qui nous enlève à tous tout pouvoir politique". La BCE applique une politique, mais elle ne peut pas être adaptée à 19 pays différents, à des stades de développement différents. Certains auront besoin d'une politique pour lutter contre le chômage donc besoin d'inflation, d'autres pays auront d'autres nécessités. alors au fond, qui sont les perdants?

Les perdants de la politique de la BCE, ce sont les peuples européens, les gagnants, les créanciers. Il faut regarder du côté de la Grèce, quand en 2015, la BCE a refusé de lui prêter en dernier ressort, alors que Tsipras était en pleine négociation avec la Troïka. La BCE était devenu le bras armé de la Troïka et tordait le bras aux grecs pour forcer à rembourser les banques allemandes et françaises quoiqu'il en coûte. En 2010, Jean-Claude Trichet, boss de la BCE d'alors, a exigé que l'Irlande assume les dettes de ses banques en faillite. Les profits étaient restés privé, les dettes privées, elles, sont devenues publiques. Joseph E. Stiglitz explique qu'il n'y a pas "d'institution indépendante, elles sont capturées par un petit groupe d'humains, le marché financier. Les intérêts, les croyances des marchés financiers ne sont pas ceux du reste de la société"17. Pour se convaincre de cette allégation de l'économiste américain, il suffit de voir les liens de Mario Draghi, ancien banquier de chez Goldman Sachs, avec les milieux financiers 18. L'institution est donc capturée par les milieux financiers et applique des décisions qui renforce ce secteur, au détriment des peuples européens. La limitation de l'inflation au détriment du chômage est bien le choix de la préférence de la rente. Aujourd'hui, malgré l'assouplissement quantitatif qui a donné des poussées d'urticaire à l'Allemagne dernièrement sans efficacité notoire, car l'argent ne va pas où on en a besoin, la BCE n'a jamais été en capacité de maintenir un niveau de chômage raisonnable dans la zone euro et encore moins sa stabilité. On se souviendra de Trichet qui a augmenté les taux d'intérêts en pleine crise de 2008. Dans tous les cas on retient que cette institution a toujours pris le parti des intérêts financiers, sans qu'aucun contrôle démocratique puisse venir la censurer et la réorienter.

Pour résumer, nous avons une zone avec des monnaies soudées entre elles avec un taux de change de 1:1, une libre circulation des capitaux et de la main d'oeuvre, sans le budget nécessaire pour la faire fonctionner ni aucune institution fédérale adaptée, qui laisse aux états la charge de se débrouiller lorsque les dysfonctionnements de cette zone apparaissent, soumettant ces pays à une austérité sans fin grâce à son bras armé, la BCE, qui a le droit de vie ou de mort sur les systèmes bancaires des pays. Chaque pays ayant son idée du bien être, de ce que doit être une politique économique, budgétaire, monétaire, un développement différent et des besoins différents, cette zone est bloquée à la faveur des pays excédentaires à cause de son architecture rigide.

La gauche française de gouvernement ne questionne jamais l'existence de l'euro, alors que c'est le coeur du problème de l'Union européenne. Il ne peut y avoir une seule politique économique, monétaire et budgétaire pour 19 pays à différents stades de développement, avec des cultures différentes et une idée du bien-être différent. L'UE nie cette réalité, et a transformé la zone euro en un espace de guerre économique où le "dépouille ton voisin" est devenue la règle. Elle a institué la toute puissance du marché, la liberté de circulation des capitaux, une inflation basse. Dans ce cadre belliqueux, les pays n'ont plus qu'un moyen pour se faire la guerre: compresser les salaires et précariser les travailleurs, faire une contre révolution fiscale pour faire concurrence aux états voisins et espérer attirer plus de capitaux qu'eux. C'est un cercle vicieux: le moins disant social et fiscal provoque de la pauvreté partout en zone euro, même dans les pays qui profitent de cette situation, tel que l'Allemagne. 20 ans que les gauches européennes vantent l'Europe sociale. Elles l'attendront aussi longtemps que certains ont attendu le grand soir et la société sans classe et sans domination. Pire, en France, l'ancien parti majoritaire de gauche, le PS, a activement participé à l'institution de la concurrence comme principe ultime de la zone. Aujourd'hui, la France insoumise ne peut se permettre d'écarter le débat sur l'euro, faute de quoi, elle risque de se retrouver comme Alexis Tsipras si elle arrive un jour au pouvoir. A ne pas parler du mal, on entretient le flou sur sa volonté réelle et on y risque de tout perdre, la bataille politique et le peuple.

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