«On va renverser la honte»

«On va renverser la honte» proclame Edouard Louis à la fin d'une conférence avec Youcef Brakni et Fatima Ouassak sur le monde rural et les quartiers populaires mardi soir à Bagnolet. Pourquoi est-ce-que le Comité Adama appelle à manifester auprès des Gilets jaunes sur les Champs Elysées ce samedi ? C'est une des nombreuses questions abordées dans ce débat passionnant.

Résumé libre de la conférence :

Malgré tout ce qui les oppose, les habitants du monde rural et des quartiers populaires partagent le même sort de corps broyés et de vies interrompues prématurément par les violences institutionnelles d'un État et d'une caste déconnectés de la réalité. Certes les blancs qui peuplent les petites villes et la campagne du monde rural ne font pas face aux meurtres de leurs enfants par la police "républicaine" comme ceux des cités du neuf trois et du nord de Marseille, mais les deux univers sont "cloués dans le réel" de problèmes économiques, de chômage, de santé, d'exclusion et de toute l'angoisse liée à une pauvreté qui marque les corps et raccourcit les vies et qui est créée par les politiques de privilégiés qui n'ont jamais eu à subir "l'urgence du quotidien".

Le racisme d'une partie FN du monde rural le divise bien évidemment des quartiers populaires. Mais le racisme des bourgeois et surtout de la gauche - la fausse gauche ainsi que la vraie - est souvent encore plus nocive même si généralement plus subtile. Pour les habitants des quartiers populaires, le refus de la vraie gauche de mettre les violences policières et le racisme d'État au même niveau que d'autres luttes prioritaires telles que, mais pas que, les droits des femmes est un mur qui doit impérativement tomber pour que des alliances soient possibles. Et s'il y a récemment eu un peu de progrès dans ce domaine, ce mur reste pour le moment très solide.

"C'est nous la gauche" exclame Youcef Brakni. Le comité Adama veut construire une gauche intersectionnelle qui remet le corps et le réel au centre de la politique. Une gauche inventé par un peuple en dehors du système des organisations, des syndicats et des partis traditionnels, par un peuple qui se révolte dans la spontanéité des ultimes gouttes. Aussi le comité oeuvre depuis ses débuts à construire des ponts avec et à soutenir d'autres secteurs de luttes tels que les étudiants, les cheminots et les postiers. Il est donc normal qu'il appelle à manifester auprès des Gilets jaunes le premier décembre.

Suite à la manifestation sur les Champs Élysées le 24 novembre dernier, Macron a déclaré avoir honte des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des gens exaspérés qui ont eu le courage d'entamer un débordement salutaire seul capable de changer le rapport de force face à un droit de manifestation étriqué, face à un parcours imposé par l'État et sa violence illégitime policière et ce alors que "cause toujours" est la réponse presque exclusive des gouvernements depuis Sarkozy. Macron a honte du peuple, des gens "qui sont riens", des citoyens qu'il violente avec son monde alors qu'il a pour charge de les servir. Il en a honte ouvertement, sans complexe, dans une arrogance insoutenable et ce faisant il atteint lui-même les sommet de ce qui est honteux. "On va renverser la honte" proclame Edouard Louis. Il est plus que temps de renvoyer la honte dans les gueules de celui et de ceux qui voudraient qu'en plus de toute la misère sociale qu'elles subissent, les classes populaires aient aussi honte d'exister et, encore plus, honte de se révolter et de se défendre.

Vidéos :

1. Larges extraits de la conférence :

Youcef Brakni et Edouard Louis © Béatrice Turpin

2. Conclusion d'Edouard Louis

"Nous allons renverser la honte." Edouard Louis du Comité Adama © renaissancebt

Une vidéo de la conférence dans son intégralité sera bientôt disponible sur Youtube (et rajouté à ce billet).

 

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