Poétesses de la Résistance

Pour le soixante-dixième anniversaire de la Libération, le Ministère de la Défense, en partenariat avec l’Association « le Printemps des poètes », contribue à la réédition du recueil L’honneur des poètes, publié clandestinement en 1943 par VERCORS et Paul ELUARD.

Cette anthologie réunit vingt-deux poètes, dont dix-neuf hommes, une femme, et deux identités incertaines. Elle a été présentée aujourd’hui mardi 11 mars à 11h30 au Théâtre du Vieux Colombier, Comédie Française, lors d'une lecture de morceaux choisis de poètes exclusivement masculins, c’est à dire excluant Edith THOMAS, seule femme du recueil.

A l’heure où le Président de la République choisit d'inhumer au Panthéon deux écrivaines résistantes, Germaine TILLION et Geneviève DE GAULLE-ANTHONIOZ, et après le centenaire l’an passé de la naissance de l’écrivaine résistante Charlotte DELBO (…vous qui passez, bien habillés de tous vos muscles, comment vous pardonner…), une sélection aussi obstinément sexiste a de quoi étonner.

L’explication du Printemps des poètes est qu’il est "difficile de trouver des poétesses de la Résistance". Il suffit cependant d’inscrire ces quatre mots sur un moteur de recherche pour découvrir en première ligne le site poetesses.fr, et, sur cette page, Arlette HUMBERT-LAROCHE, Madeleine RIFFAUT, Marianne COHN, auteure peu connue du célèbre : « Je trahirai demain. Pas aujourd’hui, demain. »

Préface de l’ouvrage dans les deux éditions : « … Il est temps de redire, de proclamer que les poètes sont des hommes comme les autres, puisque les meilleurs d’entre eux ne cessent de soutenir que tous les hommes sont ou peuvent être à l’échelle du poète. / Devant le péril aujourd’hui couru par l’homme, des poètes nous sont venus de tous les points de l’horizon français. »

Un lapse de soixante-dix ans, le droit de vote pour les femmes,  un certaine féminisation des nom de fonctions et trois femmes au Panthéon (dont deux à venir) n’y changent rien : les femmes qui s’expriment et agissent demeurent éradiquées, et, dans les textes, l’homme en minuscules reste abusivement assimilé à l’Humain.

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