Réforme du marché du travail et investissements d'avenir : deux petites bonnes nouvelles ?

Des investissements mieux ciblés et régulés et la négociation sur le marché du travail qui aboutit : deux bonnes nouvelles sur le front économique et social ?La première bonne nouvelle s’inscrit dans le cadre d’une politique socialiste de l’offre : le retour de l’investissement avec des choix clairs comme le précise cette dépêche Reuters suite à un séminaire.Commençons par un sérieux bémol. Ces investissements engagent la France pour les 15 prochaines années.

Des investissements mieux ciblés et régulés et la négociation sur le marché du travail qui aboutit : deux bonnes nouvelles sur le front économique et social ?

La première bonne nouvelle s’inscrit dans le cadre d’une politique socialiste de l’offre : le retour de l’investissement avec des choix clairs comme le précise cette dépêche Reuters suite à un séminaire.

Commençons par un sérieux bémol. Ces investissements engagent la France pour les 15 prochaines années. Il est dommage, que les axes d’investissement ne soient pas plus discutées auprès de l’ensemble des forces politiques ou du monde de l’économie. En effet, si les conseils régionaux ou les entreprises vont dans une autre direction, l’effet sera plus limité. Pour s’assurer de la mobilisation de tous, le compromis, la négociation sont des leviers indispensables.
Les directions privilégiés sont : le numérique, l’immobilier, les universités, la recherche et développement, les infrastructures de transport et la rénovation thermique. Si la santé et le nucléaire ne sont pas abordés, les autres directions sont proches de celles évoquées par K. Berger et V. Rabault dans leur livre « les 30 glorieuses sont devant nous ».

 Mais passons maintenant aux outils, pour cette fois donner un satisfecit clair au gouvernement. En effet, l’ensemble des forces est mobilisée. Sur l’exemple du logement, l’Etat va mettre ces terrains à disposition des collectivités pour construire. Mais l’Etat ne peut pas tout, lorsqu’il agit seul. Les compagnies d’assurances et les français, via leur épargne, seront également mobilisés dans la même direction.

Les compagnies d’assurances seront incitées à investir dans l’immobilier résidentiel, alors qu’elles avaient tendance à privilégier l’immeuble de bureau. Le relèvement du plafond du livret A permet d’accroitre les ressources pour le logement social, en mobilisant l’épargne des classes moyennes aisées.

La deuxième bonne nouvelle est sur le front de la négociation du marché du travail. Le patronat accepte ainsi la taxation des contrats courts afin de les limiter. Cela a débloqué la signature de la CFDT. Que le CGT ne signe pas d’accord à ce stade était prévisible, tant les positions de départs étaient éloignées.
Mais la signature de cet accord est une bonne nouvelle politique pour François Hollande et sa méthode de gouvernement. C’est ensuite une bonne nouvelle sur la capacité de la France à se réformer via la négociation et non par des manifestations et clivages sur telle ou telle catégorie de population. C'est enfin une bonne nouvelle pour les salariés sans complémentaire de santé qui devraient en bénéficier dans les années qui viennent. C'est enfin une bonne nouvelle pour l’orientation du pays : après 30 ans de dérégulation financière, de flexibilisation du marché du travail au détriment des jeunes, nous retrouverions le chemin du progrès ?

Sur cet accord, il faut également écrire un bémol fort : la flexibilité accrue pour les entreprises pourrait s’accompagner d’une hausse des licenciements à court terme, en raison de la situation économique actuelle. Mais avec plus d’un million de ruptures conventionnelles, on peut presque considérer que le marché du travail est déjà flexible…

Il est manifestement temps et nécessaire de lire ce que contient précisement cet accord pour savoir s'il s'agit d'un vrai accord historique, ou d'un accord à minima.

Surtout, n’oublions pas que cet accord ne change pas un fait économique et social : il y a a toujours 4 millions de chômeurs. Pour réduire fortement le chômage, il faudra des changements autrement plus fondamentaux qu’un accord sur le marché du travail. Ces changements sont le retour au modèle social français, de revenir à une planification et surtout de réorienter l'Europe.


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