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Billet de blog 20 oct. 2021

Ferments de la haine zemmourienne : écrire pour réagir

Étudiant, j’ai côtoyé un groupe local d’une association confessionnelle et antiraciste, certains ont basculé dans la nébuleuse irrationnelle que le polémiste alimente, il me semble important d’en rendre compte afin d’en comprendre les mots (maux ?) et mécanismes, pour mieux les défaire.

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Il y a quelques temps, j’ai décidé de ne plus totalement suivre l’actualité, de ne plus écouter la radio, de ne plus regarder la télévision. Je lis cependant et parfois des articles Mediapart sur des sujets variés. J’essaie globalement de ne plus être dépendant de l’irrationalité des réseaux sociaux afin de pouvoir réfléchir plus librement.

Malgré tout, je continue toujours à percevoir la déferlante médiatique réactionnaire qui frappe le pays, elle m’inquiète.

Je me suis alors posé la question de savoir comment agir voire agir ? Ce billet est une forme de réponse à ce questionnement. J’ai moi-même été confronté à cette montée identitaire dans un microcosme que je me permets ici de très brièvement analyser en ce qu’il est parlant et intéressant afin de peut-être mieux saisir la nature et les points saillants du phénomène.

L’entrée en faculté de droit peut être impressionnante, on pénètre un nouvel univers bien plus vaste que celui du lycée, il nous faut des repères. Les associations étudiantes peuvent servir de refuge à l’étudiant-e égaré-e. Ce fut mon cas : alors en deuxième année de licence, j’ai décidé de me rendre régulièrement aux déjeuners des étudiants juifs réunis sous forme d’union.

Le groupe devait se constituer de quelques dizaines de personnes, il était rattaché à une structure nationale à visée politique antiraciste dotée d’un bureau élu et d’une présidence.

Fruit d’un mariage mixte et d’une scolarité en école publique, je compris rapidement que la plupart des gens rassemblés à ces déjeuners ne me ressemblaient pas, qu’ils avaient eu des expériences de vie différentes, des marqueurs culturels autres : par choix, parce que je souhaitais m’intégrer à cette nouvelle collectivité qui m’était étrangère et qui ne pouvait – pensais-je – que m’ouvrir des horizons plus larges, je suis resté. Et j’ai continué à me rendre à ces rendez-vous hebdomadaires.

Vite, je fis la connaissance de quelques personnes : elles étaient sympathiques, elles me permettaient alors de rompre l’inconnu que représentait jusqu’ici pour moi, la foule étudiante qui m’entourait en cours. Je connaissais des gens. Je les côtoyais un peu plus de jour en jour.

Plus tard encore, je pus participer à des événements organisés ou en lien avec le bureau national : un voyage mémoriel en Pologne organisé par une autre section universitaire où nous fûmes quelques uns de mon groupe à participer, celui-ci fut d’une grande richesse et me permit de découvrir des participant-e-s suivant d’autres formations mais animé-e-s par une même curiosité, cela me conforta dans ce choix initial de rester actif au sein de cette association.

Quelques semaines plus tard, après qu’il m’ait contacté, je partais (le seul de ma section) avec un membre de la cellule nationale pour une ville du sud de la France dirigée par le Rassemblement national. L’objectif du déplacement était d’assister (et de remplir) à un colloque sur la lutte contre l’extrême-droite locale. A la suite de cette virée expresse où je constatais l’étendue du problème, j’ai écrit ce billet inspiré par mes rencontres sur place : https://blogs.mediapart.fr/benjamin-h/blog/260720/recit-dun-petit-fait-divers-dans-une-petite-ville-dirigee-par-lextreme-droite.

Puis, ce fut le retour à ma vie d’étudiant. Les examens rapidement suivirent. Je restais proche des mêmes personnes. L’été suivant, celle dont j’étais la plus proche me proposa en sa qualité de futur président du groupe local de prendre la direction du secrétariat général, ma réponse fut positive.

Je n’ignorais pas à ce stade, l’orientation générale des opinions de celles et ceux que je côtoyais désormais de manière quotidienne : à la bibliothèque, au café, parfois en soirée. S’ils s’intéressaient à la chose politique, ils étaient majoritairement de droite (ils avaient souvent voté Fillon lors du premier tour de la dernière présidentielle), souvent admirateurs de Nicolas Sarkozy, la plupart habitant l’Ouest parisien.

Déjà, certains m’avaient dit assez tôt ne pas être en accord ou ne pas comprendre la ligne politique du bureau national : parce que celui-ci prenait position d’abord sur les questions d’antisémitisme, il abordait aussi d’autres thématiques touchant les discriminations. Par exemple, sur les bavures policières : « en quoi ce sujet concerne-t-il les étudiants juifs ? ».

Ce premier constat fait :  « ils (le bureau national) dévient de la cause première (c’est-à-dire l’antisémitisme) », nombre d’entre eux tournaient en ridicule les actions qui – précisément – visaient à éliminer la menace antisémite, à l’aide du dialogue entre communautés : par exemple, via des rencontres organisées. « Cela ne sert à rien ».

Longtemps à leurs côtés, je me suis dit que ce serait une erreur de m’en aller, de les laisser : partir en raison de désaccords politiques, quelle drôle de fin pour une amitié. Je suis resté. Nous sommes restés proches.

Vint la pandémie. Si rien n’avait été fait (pas de conférence ou autre initiative culturelle ou festive) au premier semestre, la menace sanitaire venait clore l’année : maigres résultats.

L’année suivante (celle écoulée : 2020-2021), j’ai continué à discuter avec eux, de loin en loin – en prenant peu à peu mes distances malgré tout. J’ai – par ces échanges – découvert qu’ils (la nouvelle direction locale, dirigée par la même personne que lors de mon mandat) avaient crée un compte Twitter au nom du groupe (voir : https://twitter.com/AssasUejf) : en reprenant leur affiliation à l’association nationale.

Je me mis à le suivre, à m’y rendre régulièrement pour savoir ce qu’ils devenaient. Vite, le compte devint une forme de caisse de résonance aux divers psychodrames quotidiens du réseau : le hashtag flambant du moment (souvent en lien avec le triptyque médiatique : islam, identité, immigration) se retrouvait dans leurs communications, où le lien était fait (parfois maladroitement) avec un antisémitisme (ou antisionisme) qui en découlerait naturellement.

Se prenant au jeu, certains messages ont pu viser nommément des personnalités : comme l’avocat Arié Alimi (qui a d’ailleurs vertement répondu au lynchage). Jour après jour, l’année vint extrémiser les propos du compte.

Récemment : alors que Kaboul tombait aux mains des talibans, un message du compte s’insurgeait de la présence de l’organisation nationale au rassemblement parisien en soutien au peuple afghan, quelques semaines plus tard – alors qu’E. Zemmour réitérait ses propos négationnistes sur Vichy et Pétain – un message issu de la même source provoquait en débat (idée du duel médiatique) l’organisation nationale référente après que celle-ci ait communiqué quant à sa décision de poursuivre en justice le polémiste pour ses saillies.

Depuis plusieurs mois, je ne suis plus en contact avec ces personnes, nous ne nous parlons plus. Je leur ai signifié mes profonds désaccords et quelque part, mon dégoût. Ceci fait suite à un retweet sur ledit compte d’un message du maire d’extrême-droite de la ville sudiste que j’étais venu combattre sur ses terres dans le cadre de mon engagement avec les instances nationales de la structure.

Ces personnes continuent, sous un pseudonyme faisant référence à une organisation antiraciste, à répandre un virus haineux. C’est regrettable et quelque part, c’est aussi ridicule.

Certainement voteront-elles Zemmour s’il se présente ? Toujours est-il qu’il me fallait mettre cela par écrit, raconter ces quelques faits marquants afin de les dénoncer – pour apporter un éclairage de terrain en ayant en tête la définition du racisme que donne Albert Memmi : le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression.

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