Benjamin Joyeux
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Billet de blog 10 nov. 2021

Un nouvel horizon pour la santé

L’allocution télévisée du Président Macron hier soir sur le volet de la pandémie n’a pas proposé grand-chose en dehors de la prochaine 3e dose vaccinale pour les plus de 65 ans. Or face à cette pandémie, c’est bien toute notre approche de la santé qu’il faut envisager sous un jour nouveau, celui du respect du vivant.

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Devanture d'une pharmacie à Genève, avr. 2021 © Benjamin Joyeux

Epuisement des soignants et destruction continue de l’hôpital public, explosion de la précarité, augmentation des troubles psycho-sociaux, désespoir des étudiants, angoisse des personnes âgées, détresse des commerçants… N’en jetez plus ! Les espoirs du premier confinement de l’année dernière, où promis, plus rien ne serait jamais comme avant, ont laissé la place aux détresses, individuelles et collectives, des vagues successives de Covid 19 (on parle de cinquième vague mais bientôt on ne les comptera plus). 

La vie avant le virus semble désormais très lointaine, et l’avenir plus que jamais compromis. Dans ce contexte d’incertitude totale, les promesses du vaccin constituent un phare dans la nuit auquel s’accrocher pour espérer sortir du temps de la pandémie et en revenir à la vie d’avant, celle des libertés de déplacement et de rassemblement, des embrassades amicales et familiales, de la consommation sans entrave, bref de l’insouciance. Or avant l’apparition du Covid 19 en 2020, nombreuses étaient les personnes, dont beaucoup de scientifiques, qui avaient d’ores et déjà pleinement conscience du « malaise dans la civilisation » : changement climatique et phénomènes météorologiques extrêmes, multiplication des mégas feux, éradication de la biodiversité, tsunamis de plastique, creusement des inégalités… L’état de la planète n’était pas glorieux avant la pandémie, et cette dernière n’est que le résultat direct de notre rapport profondément perverti avec le reste du vivant. Transmise de l’animal à l’être humain, que ce soit dans un laboratoire ou sur un marché ouvert aux animaux sauvages de Wuhan, la Covid 19 est née du massacre du règne animal et de l’éradication de son habitat par une espèce, Homo Sapiens devenu Homo Apocalyptus, qui n’a de cesse de scier la branche sur laquelle il est assis. Alors il est plus que temps de tirer enfin les leçons de l’immense crise actuelle, pour nous-mêmes mais surtout pour nos enfants, premières victimes innocentes d’une situation dont ils sont les derniers responsables. Surtout en pleine COP 26 à Glasgow. 

Et la première des leçons de cette pandémie est que nous sommes toutes et tous interdépendants, entre êtres humains et avec l’ensemble du vivant. Il s’agit donc d’opérer d’urgence une révolution de notre conception du monde et une évolution accélérée de notre niveau de conscience pour sortir des dichotomies stériles et du monde binaire dans lequel la majeure partie d’entre nous vivait jusqu’alors : nature-culture, homme-animal, corps-esprit… Ce n’est pas une nouvelle religion mais les dernières découvertes scientifiques, en particulier en physique quantique, qui nous le disent. Nous ne sommes pas séparés et encore moins « maîtres et possesseurs de la nature » mais en faisons intrinsèquement partie. En la détruisant, nous nous détruisons nous-mêmes, la preuve par la Covid.

Et c’est bien là que le bât blesse avec le vaccin. Si les taux de confiance envers la vaccination ont progressivement remonté en France, c’est que beaucoup de nos concitoyens ne comptent uniquement que sur le vaccin pour en finir avec le cauchemar actuel. Notre tentation est ainsi grande d’y consacrer tous nos espoirs. Et la tentation est tout aussi grande pour une petite part d’entre nous d’y consacrer toutes nos colères et nos frustrations, venant alimenter à l’inverse toutes les théories complotistes sur lesquelles surfent toujours les mouvements les plus opportunistes et les moins recommandables. Or visiblement aucun des vaccins actuellement disponibles ne nous garantit la possibilité d’agir avec certitude sur la transmissibilité de l’épidémie[1] et donc d’éradiquer celle-ci à court terme. Ainsi, vaccin ou pas, nous allons devoir apprendre à vivre encore de longs mois avec la crainte de la maladie. 

Il est donc peut-être temps d’apprendre à prévenir autant que de guérir. D’apprendre à renforcer nos systèmes immunitaires en nous ré-harmonisant avec nous-mêmes et avec les cycles naturels. D’apprendre à manger, à respirer, à se mouvoir sainement. Le tout premier des médicaments est notre mode de vie et en particulier notre alimentation. L’élevage intensif pour l’alimentation humaine industrialisée et carnée est un des principaux responsables de l’émergence de tous ces nouveaux virus, dont la Covid n’est malheureusement pas le dernier des avatars[2], sans compter toutes les maladies dites « de civilisation » que nous voyons augmenter depuis des décennies, cancers, diabètes, obésité… Changer le contenu de notre assiette pour une alimentation végétalisée, relocalisée et respectant le cycle des saisons devrait faire partie intégrante d’une stratégie sanitaire globale. Tout comme la promotion de tous les produits naturels disponibles et qui sont utiles contre la maladie, comme les vitamines C et D ou le zinc. Tout comme les activités physiques et sportives essentielles… Face à une maladie « de civilisation », il faut absolument promouvoir une approche globale de la santé, respectant enfin l’ensemble du vivant, au lieu de se contenter de tout miser sur la vaccination en observant dubitatif les débats stérilisants entre pro et anti-vaccins, caricaturés entre VRP de Big Pharma et complotistes d’extrême-droite. 

Dans la tempête actuelle, le rôle de celles et ceux qui exercent des responsabilités politiques doit donc être de dire la vérité et de montrer un horizon, plutôt que de gérer sans boussole au fil de l’eau et de surfer sur les angoisses en restreignant toujours davantage nos libertés au nom d’une illusoire sécurité. Nos dirigeants doivent prendre des décisions éclairées par la science mais guidées avant tout par l’intérêt général. Ce dernier nous dicte certes surtout de changer drastiquement notre rapport au vivant. De prévenir les futures zoonoses, en écoutant vraiment l’ensemble des scientifiques, comme les experts de l’IPBES[3] pour qui la seule solution consiste à changer nos modes de production et de consommation en préservant la biodiversité et en luttant contre le changement climatique. Et de le faire tout de suite, à l’échelle territoriale, comme nationale et internationale.

C’est ce que propose de faire les écologistes depuis des années, au début dans le désert, et aujourd’hui enfin pris au sérieux. Partout nous avons des réserves de biodiversité menacées par l’artificialisation des sols, de grands et plus petits projets inutiles et dévoreurs d’espaces naturels qui, toujours au nom de l’emploi et de la croissance à court terme, finissent par détruire notre environnement et donc nous-mêmes à plus ou moins long terme. Partout, et en particulier dans notre région de hautes montagnes et de grands fleuves d’Auvergne-Rhône-Alpes, nous pouvons et devons influer sur les activités humaines pour tenter de les ancrer sur le territoire et de les ré-harmoniser avec le vivant. Non pas pour continuer de favoriser le tourisme de quelques-uns dans une nature artificiellement préservée, mais pour permettre à tous de profiter des bienfaits de nos espaces naturels. 

La question actuelle n’est donc pas tant d’être pro ou anti-vaccin, légitimiste ou complotiste, défenseurs du passe sanitaire perpétuel contre libertaires inconséquents, mais d’avoir une approche globale de la santé pour proposer enfin une vision, un nouvel horizon, guidé par un idéal désirable et nécessaire et éclairé par l’ensemble des apports de la science, pas uniquement ceux qui nous arrangent. Comme le dit très justement le géophysicien grenoblois Aurélien Barrau, « il s’agit enfin d’être sérieux ».

Benjamin Joyeux

Conseiller régional écologiste d’AuRA, membre de la commission santé

[1] https://www.liberation.fr/checknews/2021/01/11/covid-19-le-vaccin-empeche-t-il-la-transmission-du-virus_1810859

[2] Lire à ce propos le dernier ouvrage de Marie-Monique Robin : https://www.editionsladecouverte.fr/la_fabrique_des_pandemies-9782348054877

[3] https://www.novethic.fr/actualite/infographies/isr-rse/infographie-pandemies-sans-changement-profond-de-nos-activites-le-pire-est-a-venir-149441.html

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