Notre rendez-vous avec l’histoire

"Notre planète est confrontée à une épreuve commune dont l’immédiateté nous frappe tous. Elle laissera une empreinte indélébile au plus profond de nous. Au-delà des frontières, des langues, des cultures. Au-delà des différences organisationnelles et sociétales. Au-delà de nos systèmes de croyances."

Notre planète est confrontée à une épreuve commune dont l’immédiateté nous frappe tous. Elle laissera une empreinte indélébile au plus profond de nous.

Au-delà des frontières, des langues, des cultures.

Au-delà des différences organisationnelles et sociétales.

Au-delà de nos systèmes de croyances.

Cette période difficile doit être notre rendez-vous avec l’histoire. Un rendez-vous qu’il s’agit de ne pas manquer. Honorer ce rendez-vous doit être une source d’espoir pour les générations futures. Une opportunité unique nous est offerte. Elle se doit d’être honorée.

Cette crise sanitaire mondiale est un révélateur de nos problèmes trop longtemps ignorés, trop longtemps balayés sous le tapis, laissés à l’appréciation d’autres acteurs qui n’ont eu de cesse de les habiller d’apparats, de nouvelles problématiques, nous éloignant chaque jour plus loin du cœur des problèmes au profit d’un hémisphère, d’un pays, d’une minorité.
Un système de Ponzi englobant tous les pans de notre vie. Celui-ci apparaissait déjà au grand jour lors des multiples crises, financières et économiques jalonnant notre histoire récente. Un système global et globalisé en constante fuite en avant. La durée sans précédent de cette fuite ayant permis à une minorité détentrice de moyens d’influence et d’action, d’y trouver son compte. Grassement et forcément au détriment des autres. Ces acteurs sont incapables d’un regard critique pouvant mener à des actions concrètes ne s’apparentant pas à des rustines, ignorant les retours critiques, les réalités des quotidiens et par conséquent les racines des problèmes, soit par idiotie, soit par aveuglement idéologique, soit par pure et simple malhonnêteté et appât du pouvoir et du gain. Vraisemblablement un mix de ses éléments.

Une confrontation des différents systèmes et des différentes périodes de ses systèmes, doit pouvoir nous permettre de mettre en place de nouvelles règles, structures et fondations pour notre futur et le futur de nos enfants.

Un autre système, une autre organisation est possible. La caricature systématique, bipolaire, d’un système néolibéral sous perfusion constante avec un communisme totalitaire stalinien n’est plus possible. L’opposition d’un système démocratique, qui n’a de démocratique que le nom, à un système fasciste et dictatorial n’est plus possible. C’est une négation de l’esprit humain et de sa capacité à concevoir autre chose et apprendre de ses erreurs. C’est une négation de la complexité et une simplification réductrice qui ne peut plus être acceptée.

N’est-ce pas ce que notre évolution nous apprend ? Nous sommes une espèce en constante évolution et apprentissage. Grâce à nos erreurs, nos découvertes, nos recherches, notre curiosité, que nous avons su mettre à profit pour dégager des externalités positives et négatives. Ces dernières ne cessent de croître et leurs poids de peser sur nous. L’accélération et le flux constant de notre société moderne nous interdit depuis trop longtemps toute pause. Il est temps de prendre le temps et le recul nécessaire pour rééquilibrer drastiquement la balance.

Une fois cette crise derrière nous, nous aurons la responsabilité collective de repenser tous nos systèmes. De prendre une distance nécessaire sur les choix qui ont été faits au nom du peuple par les gouvernements, les institutions et les organisations pour enfin prendre des mesures adéquates. Nous n’avons jamais été autant éduqués. Il est temps de mettre à profit cette éducation et de profiter de cette richesse collective pour le bien commun.

Ce processus sera long. Il sera difficile. Il sera complexe, et semé d’embuches.

Et il ne peut être laissé aux mains des personnes qui ont participé et continuent de participer à la marche en avant d’un monde en fuite. Ils ne peuvent pas devenir les pères et mères fondateurs d’un nouveau monde. Leur logiciels internes, biais et prismes de lectures intellectuelles et idéologiques se trouvent exposés au grand jour par ce contexte particulier. Leur incapacité à penser, à penser autrement, à penser différemment est visible quotidiennement dans leur langage, leur comportement, leur prise de décisions et leur actions passées, présentes et futures. Ces acteurs, peu importe leurs domaines d’activités, devront répondre de leurs actes. Qu’ils soient politiques, institutionnels, économiques, etc… , ils n’ont eu de cesse de clamer leur volonté d’engager leur responsabilité et de vouloir accéder à des positions de pouvoir. Ils ont tous fait de multiples choix pour obtenir ses positions. Il sera temps de les mettre devant leurs responsabilités. Il s’agit d’une étape essentielle. Processus élémentaire pour pouvoir aller de l’avant.

Nous devons être conscients collectivement que seul le peuple est à même de faire de cette première étape cruciale une réalité.
Une fois cette première étape franchie, il faudra repenser et reconstruire collectivement selon les termes du peuple nos constitutions , nos institutions politiques, économiques, sociales, environnementales, etc.
Il s’agit de dire stop aux non-sens que nous avons laissés se développer et qui ne peuvent plus être acceptés :

· Stop à un système financier sous perfusion, décorrélé de l’économie réelle et des besoins du peuple. Machine à aspirer la valeur produite par l’économie réelle vers une sphère et une minorité déconnectée de l’humain et de la vie.

· Stop à l’évaluation des entreprises fausse et changeante à la nanoseconde, milliseconde, seconde, minute, heure, journée, mois,..

· Stop à la redistribution inégalitaire des profits au détriment de la stabilité à long terme des entreprises et systèmes publics, des investissements, des employés sans qui les entreprises ne tourneraient pas.

· Stop aux paradis fiscaux et au dumping fiscal entre pays.

· Stop à la connivence et la porosité entre puissants et justice, législateurs, média, etc.

· Stop aux connivences entre représentants du privé et représentants du public.

· Stop au lobbying.

· Stop à l’impunité de ceux qui ont choisi d’être au pouvoir.

· Stop à la logique purement technocratique.

· Stop aux oligopoles privés

· Stop au capitalisme de surveillance qui vole nos données pour mieux nous asservir, nous museler et nous modeler.

· Stop aux non-sens écologiques.

· Stop aux inégalités de salaire fondées sur une évaluation faussée et limitée de la valeur produite et de la difficulté de la tâche.

· Stop à la doctrine d’universalité qui nie les différences et les richesses qui en découlent.

La liste est malheureusement bien plus longue et concerne tous les domaines.

Il est de notre responsabilité à tous de prendre conscience que la tragédie de cette crise sanitaire laissera place à une opportunité unique de se reprendre en main et d’infléchir le cours de notre histoire. Il s’agit dès à présent d’en prendre conscience et que chacun commence un processus de réflexion pour que nous ne soyons pas la génération qui a manqué son rendez-vous avec l’histoire. La balle est dans notre camp. A nous de la saisir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.