Quelle place pour le journaliste ?

Je l'avoue, dans tout ce bordel ambiant, retraites, manifs, pouvoir autocratique et performatif, je me sens un peu perdu.

Perdu en tant que journaliste, perdu en tant que citoyen. Je sens confusément que ces deux parties indissociables sont entraînées dans la même direction, mais si l'une aspire à une certaine retenue, l'autre, semble beaucoup moins pacifiste.

Dès lors, que faire?

Adopter une attitude privilégiant le calme, le sang froid et cultivant le détachement. Tenter de préserver l'équité à défaut de l'objectivité dans mes commentaires. Oui, le journaliste demeure... indépendant, mais esseulé. Volontaire, mais sans matière.

Mais de l'autre côté, le citoyen se profile qui, comme le journaliste tente de démêler l'écheveau et dont les conclusions, si elles ne diffèrent pas radicalement de son alter ego, l'amènerait probablement sur des barricades.

C'est une crise de schizophrénie... doublée d'une crise de conscience.

D'autres ont pensé le cas de conscience bien avant moi, au premier rang desquels Albert Camus. Malheureusement, l'expérience étant à usage unique, la lecture de Camus n'aide en rien à faire la synthèse du Moi, tiraillé entre le journaliste posé et le citoyen révolté.

Un journaliste révolté reste-t-il un bon journaliste ? Un citoyen dépassionné reste-t-il un bon citoyen ?

L'influence du journaliste sur le citoyen et sa réciproque ne semblent pas produire une synthèse cohérente. L'un ne satisfaisant pas aux exigences de l'autre...

Entre journalisme dévoyé et journalisme factuel sans âme, où est ma place?

Entre citoyen résigné et barricadier, où est ma place?

Et vous, où est la vôtre ?

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