Sheshonq 1er, l’Etat Kabyle et les fourberies du pouvoir algérien

Les Berbéristes réagissent aux critiques en justifiant le calendrier « Sheshonquien » par un nouveau mensonge !

L’image contient peut-être : plein airL’image contient peut-être : texte

Youcef Benzatat

 

Les Berbéristes réagissent en justifiant le calendrier « Sheshonquien » par un nouveau mensonge !

Après que nous ayons dénoncé la construction mythologique suspecte du calendrier Amazighe, afin de servir de fondement à l’idéologie Berbériste séparatiste, par la supercherie de l’appropriation du Pharaon Egyptien Sheshonq 1er, en affirmant que ce dernier avait conquis l’Egypte au nom de la civilisation Amazighe 950 ans avant l’ère chrétienne, date à laquelle ils rattachent le début de leur calendrier et dont l’objectif était de nier l’existence d’un état algérien avant la colonisation française, pour pouvoir justifier la création d’un état Kabyle, ces derniers reviennent à la charge par un nouveau mensonge aussi grossier et invraisemblable que ne l’était la conquête de l’Egypte par le fantasme d’une armée Amazighe guidée par le Général Sheshonq 1er.

C’est dans le journal en ligne, Le Matin d’Algérie, la principale vitrine et relais de la propagande séparatiste Kabyle, que le Berbériste, Tahar Khalfoune, un activiste Kabyle, à la plume fourbe, vient renchérir par l’introduction d’un nouveau mensonge, commis dans un article du 15 janvier 2021 « La reconnaissance de Yennayer : symbole de l’amazighité renaissante", en affirmant que « les Amazighes continuent à présent à désigner Yennar ou Yennayer par l’expression berbère « Ass n’ferraûn », soit littéralement « le jour du Pharaon » !

Pour rappel, nous avons montré dans un article du 10 janvier 2021 « Comment Yennayer a été instrumentalisé pour renforcer la matrice néocoloniale », comment les idéologues Berbéristes instrumentalisent leur calendrier Amazighe en tant que référant à une temporalité fantasmée, pour fixer l’entrée dans l’histoire d’une société transnationale, Nord-Africaine, Amazighe (Tamezgha), pour nier l’existence d’un état Algérien dans l’antiquité, afin de justifier la création d’un état Kabyle.

Nous avions alors montré que Yennayer n’est en fait qu’une association d’un rituel agraire de fécondité de la terre avec l’ancien Calendrier solaire de 365 jours, en usage depuis la nuit des temps dans le pourtour méditerranéen chez tous les peuples du Proche et Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, notamment les Babyloniens, les Mésopotamiens, les phéniciens, les Philistins, les Egyptiens, les Grecs et les Romains, etc., ayant lui-même inspiré le calendrier Julien, puis Grégorien, par des réaménagements successifs pour corriger définitivement les erreurs qu’ils engendraient cycliquement et n’a aucun rapport établi avec l’intronisation de Sheshonq 1er Pharaon d’Egypte.

Nous avions montré par la suite que cette supercherie avait pris forme en 1966, quatre années à peine après l’indépendance nationale, après que l’homme politique et haut fonctionnaire Français, Jacques Bénet, - un proche de De Gaule, soupçonné par certains milieux Algériens comme étant un ancien membre des services spéciaux français et de l’OAS et proche du Mossad, affecté au ministère de la Coopération avec l’Afrique francophone, où il exerça ses fonctions jusqu’à 1980, devenu par la suite le sinistre ministère de « La France Afrique », - avait créer l’académie Berbère avec Mohand Arab Bessaoud, un militant Berbériste exilé en France. De ce fait, le travail de l'académie berbère de Paris sera profondément influencé par cet homme d’état Français et s’orienta principalement sur une idée héritée de l’époque coloniale française, celle qui consistait à nier l’existence de l’Algérie en tant que Nation et société, ayant fondé son premier état dans l’antiquité sous l’impulsion de Massinissa, pour justifier sa colonisation et son rattachement à l’empire Français. Mais cette fois-ci, ce n’était pas pour la rattacher à cet empire, aujourd’hui disparu, mais pour intégrer à sa matrice néocolonialiste, la Kabylie, en provoquant l’affaiblissement de l’Algérie et la partition du territoire national, par la création d’un état Kabyle indépendant et souverain. Une idée ayant fait son chemin depuis le XIX° siècle déjà, où la Kabylie fut instrumentalisée pour diviser la population Algérienne, en l’ethnicisant, par l’opposition entre Kabyles et Arabo Musulmans, identifiés comme habitant les autres régions du vaste territoire algérien, pour mieux affaiblir toute résistance à la colonisation. Il leur fallait donc, inventer des mythes fondateurs pour alimenter l’idéologie berbériste et dessiner les contours de la future nation Kabyle, qu’il faudra intégrer à son tour à une entité plus vaste, Tamazgha, en recourant au même procédé, par la création d’états Amazighes sur toute la rive Sud de la Méditerranée. C’est donc cette orientation néocolonialiste qui amènera l’académie Berbère, sous l’orientation de Jacque Bénet, à créer un drapeau, une langue avec son alphabet latin, une histoire et un calendrier original. Le choix de l’intronisation du Pharaon d’Egypte, Sheshonq 1er, comme début du calendrier Berbère et par extension du début de l’ère Amazighe, est donc motivé essentiellement par cette orientation néocolonialiste. Comme ce fut le cas de la négation de l’Algérie en tant que Nation et société par la colonisation française pour la rattacher à l’Empire.

Car, on aurait pu choisir par exemple de faire débuter ce calendrier avec un fait réel, vérifiable historiquement, celui de l’unification de la Numidie orientale de Massinissa avec la Numidie occidentale de Syphax, au moment des guerres fratricides qui les opposaient en permanence. D’autant plus, que le plus grand spécialiste de l’Afrique du Nord, le géographe Yves Lacoste, affirme que les frontières algéro-tunisiennes et algéro-marocaines sont les plus vielles frontières du monde. Ce qui atteste que l’unité du territoire algérien s’est réalisée depuis l’antiquité déjà, contrairement à la thèse colonialiste et néocolonialiste française. Cela aurait eu du moins un sens. Mais, les idéologues Berbéristes ne pouvaient pas choisir ce référent comme le point de départ d’un état Amazighe, car cela ne peut pas coller à la logique coloniale et néocoloniale, qui consiste justement à nier toute existence d’une nation et d’un état algérien dans la période pré coloniale et encore moins depuis l’antiquité, dans le but de légitimer la partition du territoire national et la création d’un état Kabyle indépendant et souverain, détaché de l’Algérie dans ses frontières actuelles. C’est la justification récurrente dans le discours de Ferhat M’Henni, lui-même, reprenant les orientations néocolonialistes de Jacques Bénet, qui affirme que l’Algérie est une création française.

Il fallait donc allez le plus loin possible dans le temps, au moment où la population vivant sur le territoire algérien actuel, n’avait pas encore réalisé une unité territoriale ni n’avait constitué un état souverain, pour trouver un référent commun aux populations amazighes vivant en Afrique du Nord pour fixer le début de l’ère amazighe et justifier la création de son calendrier. C’est alors que l’académie berbère de Paris, s’appuyant sur la supercherie, tout à fait fantasmée, que les Algériens fêtent Yennayer en célébration de la prise du pouvoir en Egypte de l’un de leurs ancêtres Amazighes, qui aurait selon elle battu Ramsès III à Beninesnouss avant de partir à la conquête de l’Egypte, pour y fonder la XXIIe dynastie, une dynastie amazighe, dont l’avènement mérite d’être pris comme référence à l’établissement du calendrier berbère !

 Elle a donc choisi une référence historique, celle de l’intronisation de Sheshonq 1er, un Pharaon d’origine amazighe et fondateur de la XXIIe dynastie pour débuter le calendrier berbère, soit 950 avant Jésus-Christ, ce qui nous situera aujourd’hui aux environs de 2971. Elle ne lui restait qu’à l’associer à une fête locale, en l’occurrence la célébration par les Algériens de Yennayer. Elle conclut donc, que les Algériens fêtent Yennayer en célébration de la prise du pouvoir en Égypte de l’un de leurs ancêtres amazighe, parti à la conquête de l’Égypte, pour y fonder la XXIIe dynastie, une dynastie amazighe dont l’avènement sera pris comme référence à l’établissement du calendrier berbère ! L’académie berbère de Paris semble ne pas tenir compte de la réalité historique telle que produite par les historiens. En fait, selon les livres d’histoire, Sheshonq 1er n’a jamais battu Ramsès III, ni que ce dernier soit parvenu jusqu’à Beninesnous, encore moins que notre héros imaginaire ne soit parti à la conquête de l’Egypte à partir des terres algériennes. Cette victoire sur Ramsès III ne pouvait même pas se produire, car ce Pharaon est tout simplement mort deux siècles avant l’intronisation de notre héros national. Il est largement décrit dans les livres d’histoire en tant que militaire au service du Pharaon. Sheshonq 1er était général dans les armées égyptiennes et à la mort du Pharaon c’était l’homme le plus puissant, et le pouvoir lui revenait naturellement. C’est ainsi qu’il fonda une dynastie égyptienne, qui n’a rien à voir avec une quelconque dynastie amazighe. Il est certes d’origine amazighe, mais ses parents et grands-parents se sont établis en Egypte et se sont complètement égyptianisés. Par ailleurs, pour pouvoir lever une armée et partir à la conquête de la civilisation la plus puissante de l’époque, en l’occurrence l’Egypte Pharaonique, ensuite la battre et s’emparer de son trône, il aurait fallu au minimum que cette armée soit aussi puissante et aussi organisée et disciplinée. Or, l’embryon du premier royaume apparu dans la région où naquis les Sheshonq, – à savoir le sud constantinois actuel selon les historiens, soit environs à une cinquantaine de kilomètres, entre l’actuelle commune de Sigus et Ain Fekroun – et qui était capable potentiellement de lever une armée, se situe aux environs du III° siècle av. J.-C., avec Massinissa comme roi, qui fut le premier à avoir unifié la Numidie orientale et s’être doté d’une armée. Car, pour lever une armée, il aurait fallu au préalable, le développement de structures urbaines, l’apparition d’une classe sociale susceptible de verser l’impôt et payer les soldats, leur acheter des armes et les entrainer au combat. Alors que Sheshonq 1er avait vécu au X° siècle avant notre ère, soit VII siècles avant l’apparition du premier royaume dans la région, celui de la dynastie de Massinissa, descendant de Gaïa son père et de Zelalsan son grand père, qui avaient certainement posé les premiers jalons du royaume Numide et que Massinissa avait consolidé.

Après cette déconstruction irréfutable de la supercherie du calendrier Amazighe, le Berbériste, Tahar Khalfoune, n’hésite pas à venir renchérir avec effronterie, par l’introduction d’un nouveau mensonge, faisant dire aux Chaouias que « les Amazighes continuent à présent à désigner Yennar ou Yennayer par l’expression berbère « Ass n’ferraûn », soit littéralement « le jour du Pharaon » ! Affirmant ainsi, que les Chaouias fêtent Yennayer en souvenir de l’intronisation de Sheshonq 1er Pharaon d’Egypte. Ce mensonge, il l’attribut au créateur du calendrier Amazighe, en l’occurrence, Amar Negadi, un des principaux membres de l’académie Berbère de Paris, qui est lui-même d’origine Chaouia. Il a échappé peut-être à l’auteur ayant rapporté ce mensonge, en l’occurrence, Tahar Khalfoune, malgré qu’il a consacré plus que la moitié de son article à la Jahiliya, que l’imaginaire religieux des Algériens, comme de tous les musulmans, divise le temps historique en période poste islamique (El foutouhat el islamya) et près islamique (Jahilya), qui est souvent associé à l’ère pharaonique, comme l’atteste le coran lui-même dans de nombreux versets. Que Amar Negadi aurait entendu l’expression « Ass n’ferraûn » chez ses compatriotes Chaouias, cela est fort possible, mais certainement pas par association à l’intronisation de Sheshonq 1er Pharaon d’Egypte avec Yennayer. En Oranie par exemple, on l’appelle la fête des Arabes, par opposition au jour de l’an fêté par les colons français. Mais généralement, ce qui est retenu comme essentiel de cette fête reste sa baraka pour la fertilité de la terre et l’espoir dans une bonne saison agricole. Aux Aurès même on continu jusqu’à ce jour à jeter des racines et des plantes sur les toits des maisons, tel que El Barouag pour que ça porte bonheur pour une bonne saison agricole. On s’aperçoit finalement que l’entêtement des Berbéristes à vouloir propager des références historiques mensongère pour assoir leur construction idéologique, rappelle les méthodes Nazies, lorsque Goebbels soutenait que plus le mensonge est gros et plus il est répété inlassablement, plus que la population y croit et y adhère sans résistance ni critique.

 

Les fourberies du pouvoir

Cette situation ne laisse pas l’opinion algérienne indifférente, qui est choquée et scandalisée par l’indifférence du pouvoir, voir sa collaboration active dans la mise en scène de ce mensonge, en ayant aidé à l’érection de la statue de Sheshonq 1er au centre-ville de Tizi Ouzou !

L’hypothèse qui nous semble la plus plausible, pour expliquer la position du pouvoir, serait la même stratégie dont ce dernier a eu recours pendant la décennie noire des années 1990, lorsqu’il avait confisqué le processus démocratique sous prétexte d’éradiquer le péril islamiste, pour ensuite mener une réconciliation nationale, en échange d’une réislamisation massive de la société, couronnée par l’érection scandaleuse de la Mosquée d’Alger. Aujourd’hui, pour étouffer le mouvement populaire du 22 février 2019 et confisquer de nouveau le processus démocratique qu’il a provoqué et dont les Berbéristes sont fortement et significativement présents, il lui fallait les instrumentaliser, en satisfaisant autant leurs revendications, aussi absurdes soient-elles, pour parvenir à ses fins.

Pour le pouvoir, cette position lui garantit une pérennité sans risques. Car en cas de troubles en Kabylie, malgré tout, la menace d’une intervention étrangère est totalement inenvisageable du fait du soutien inconditionnel des deux grandes puissances que sont la Russie et la Chine, conjugué à l’arsenal militaire dont dispose l’armée algérienne, qui constitut en soi une force de dissuasion relative. Alors que ces probables troubles en Kabylie ne feront que se retourner contre sa population qui en pâtira du chaos qui en résultera. Pendant ce temps, les activistes Berbéristes pour un état Kabyle sont en majorité à l’abri à l’étranger et ne sont aucunement inquiétés pour leur sécurité personnelle ni celle de leur famille.

Y.B.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.