Sheshonq : jusqu’où ira le bras de fer entre le système et les berbéristes !

Pour étouffer le mouvement populaire du 22 février 2019 et confisquer le processus démocratique qu’il a provoqué et dans lequel les Berbéristes Kabyles sont fortement et significativement actifs, le pouvoir algérien a dû satisfaire autant leurs revendications, aussi absurdes soient-elles, pour parvenir à ses fins.

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Youcef Benzatat

La statue de Sheshonq comme la mosquée d’Alger n’a pas laissé l’opinion algérienne indifférente.

Choquée et scandalisée par le choix du pouvoir, quelque peu ironique, voir cynique et méprisant envers la population Kabyle, pour avoir préféré implanter la statue anachronique et tragicomique de Sheshonq à Tizi Ouzou expressément et pas ailleurs, alors qu’il aurait pu l’implanter à Alger ou à Aïn Fakroun d’où Sheshonq était censé être originaire, voir dans n’importe quelle autre ville algérienne !

Comme elle a été choquée également par les dépenses faramineuses pour la construction de la mosquée d’Alger dans l’indifférence totale devant le déficit criant en hôpitaux et équipements divers, dont la population algérienne a crucialement besoin !

Bien que les spéculations aillent bon train devant ce comportement d’apparence irrationnel, par lequel le pouvoir est qualifié, néanmoins, pour lui, tout semble mesuré et calculé stratégiquement.

L’hypothèse qui nous semble la plus plausible, pour expliquer ce comportement douteux, serait une même stratégie à laquelle le pouvoir algérien recourt à chaque fois qu’il se trouve en difficulté. Pendant la décennie noire des années 1990, il avait confisqué le processus démocratique sous prétexte d’éradiquer le péril islamiste, pour ensuite mener une réconciliation nationale, en échange d’une réislamisation massive de la société, couronnée par l’érection scandaleuse de la Mosquée d’Alger.

Aujourd’hui, pour étouffer le mouvement populaire du 22 février 2019 et confisquer de nouveau le processus démocratique qu’il a provoqué et dans lequel les Berbéristes Kabyles sont fortement et significativement actifs, au moment où « la communauté internationale », via le parlement européen, reproche au pouvoir de violer les droits de la « minorité ethnique kabyle », passible d’une intervention militaire de la part du conseil de sécurité de l’ONU, il lui fallait satisfaire autant leurs revendications, aussi absurdes soient-elles, pour parvenir à ses fins. On peut s’attendre dans l’avenir à des concessions de plus en plus spectaculaires aux Kabyles et aux berbéristes généralement les plus loufoques, tout en gardant le contrôle de la situation en toute circonstance, comme il l’avait fait avec les islamistes après la loi de la réconciliation nationale.

Pour le pouvoir algérien, cette position lui garantit une pérennité sans risques. Mais dans le cas où les Kabyles s’engouffrent dans une fuite en avant, pour demander leur autonomie ou leur indépendance, ce qui est fort probable, en provoquant de graves troubles, allant jusqu’à provoquer la menace d’une intervention étrangère, il sait le soutien inconditionnel des deux grandes puissances que sont la Russie et la Chine, conjugué à l’arsenal militaire dont dispose son armée, qui constitut en soi une force de dissuasion relative, comme il peut compter sur le patriotisme du peuple Algérien pour le soutenir. Bien que ce dernier soutien ne soit pas acquis de manière sûre, relativement à la rupture de confiance irréversible qui caractérise leur rapport. Pendant que ces probables troubles en Kabylie ne feront que se retourner contre sa population, qui en pâtira du chaos qui en résultera. Pendant ce temps, les activistes Berbéristes pour un état Kabyle sont en majorité à l’abri à l’étranger et ne sont aucunement inquiétés pour leur sécurité personnelle ni celle de leur famille. En tout cas le bras de fer ne fait que commencer.

Y.B.

 

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