Poursuivre dans ses engagements, lutter pour que ne meurt pas l'espoir

Face à l’obscurité qui semble prendre d’assaut jusqu’aux plus infimes recoins du quotidien, tout mon coeur me hurle qu’il voudrait que j'agisse. C'est modestement alors que je voudrais exprimer mon soutien. À tou·te·s celles et ceux que l’on calomnie et diffame, que l’on injurie et qui sans doute sont gagné·e·s par la peur, oppressé·e·s par les relents haineux et la menace qui gronde.

Samuel, je suis si désolée.

Désolée de la solitude qui a dû tant te peser. Désolée de la peur qui s’est sans doute immiscée en toi et a si durement dû malmener ton esprit des jours durant. Désolée que l’on ne puisse, le pire survenu, prendre le temps de faire convenablement ton deuil, accaparé·e·s par la nausée qui nous assaille, vertigineuse et bouleversante.

La haine. Elle fait tituber, nous assomme, me rend muette et nourrit les pires cauchemars. Tout semble sur le point de basculer vers le pire, si tant est que nous n'y sommes pas déjà. Je ne sais plus. Et, face à l’obscurité qui semble prendre d’assaut jusqu’aux plus infimes recoins du quotidien, tout mon coeur me hurle qu’il voudrait que j'agisse. Et il semble que je ne le peux, que je ne peux que hurler sourdement. Et je me sens démunie, illégitime et lâche. C'est modestement alors que je voudrais exprimer mon soutien. À tou·te·s celles et ceux que l’on calomnie et diffame, que l’on injurie et qui sans doute sont gagné·e·s par la peur, oppressé·e·s par les relents haineux et la menace qui gronde.

Effrayée et oppressée je le suis et le sens, dans ma chair fragilisée de jeune enseignante. Alors que je ne peux dire mot, la gorge toujours serrée, les conversations de plateau vont bon train quant à savoir ce qu’il faudra assener et affirmer à nos élèves, lundi. Elles vont bon train et ne se cachent d'aucune prétention, quand je ne sais, moi, pas même encore comment je me tiendrai debout, face à mes élèves.
Je ne le sais pas et sais pourtant qu’il le faudra : se tenir debout, et digne. Et trouver les mots, les mots justes et qui feront sens. Qui condamneront tout en interrogeant. Les mots qui laisseront ouverte en grand la porte de la discussion, sans peur des interrogations qui, oui, souvent, prennent la forme de provocations. Ces interrogations provocatrices qui remettent en question et scrutent la réaction. Et, si cela peut désarçonner, il me semble que cette capacité à interroger plutôt qu'à affirmer est précisément ce qui manque à celles et ceux qui voudraient asséner vérités et valeurs à coups de marteau dans les esprits en formation et devenir de nos élèves.

Nos élèves, ces enfants que l'on malmène quand elles et ils restent pour ma part les seul·e·s à posséder ce mystérieux pouvoir d'insuffler l'envie de continuer quand plus rien ne semble tourner rond. Elles et ils sont l'espoir. Poursuivre dans ses engagements, modestement lutter pour qu'il ne meurt pas, cet espoir qu'elles et ils portent inconsciemment.

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