LES TROUS NOIRS DE L’ÉCOLOGIE POLITIQUE

Les petits trublions de l’ordre productiviste se sont mus depuis 40 ans en foules expérimentatrices, ont promus des solutions viables et soutenables, ont conquis des pouvoirs d’agir. Ils ont aujourd’hui l’écoute attentive d’un nombre croissants de citoyens Ils héritent d'histoires politiques porteuses de doctrines usées qu'ils doivent revisiter pour prétendre diriger la destinée de notre société

 

LES TROUS NOIRS DE L’ÉCOLOGIE POLITIQUE

 

Une page se tourne dans l’histoire politique récente de la France. L’écologie politique semble désormais incontournable pour réorienter la trajectoire de notre société qui,comme d’autres, visent, désespérément fascinées, le mur des finitudes en s’imaginant s’abstraire des contingences planétaires.

Les petits trublions de l’ordre productiviste, les chenapans vélocipédiques, les sorcières anti-machistes, les atom-pourfenders enchaînés, se sont mus depuis 40 ans en foules expérimentatrices, ont promus des solutions viables et soutenables, ont conquis des pouvoirs d’agir. Ils ont aujourd’hui l’écoute attentive d’un nombre croissants de citoyens

En France, le nombre des climatoseptiques fond au rythme du recul de la Mer de glace et de l’écroulement de la voie Bonati vers le sommet des Drus. Les tendances s’inversent car le ressenti est là, palpable par toutes et tous. Ils ne restent plus que les responsables de l’ordre économiques, qui, s’imaginant en passes muraille, osent encore prétendre s’affranchir du mur du réel, en nous concédant un greenwashing de pure convenance.

Les phénomènes climatiques hyperboliques sortent du cadre habituel de notre climat tempéré et les experts ont précisé les objectifs rationnels et nécessaires à atteindre en matière d’émission de GES. Le camp de l’humainement raisonnable devient une option politique définitivement sérieuse.

Pour autant l’écologie politique ne dispose pas d’un corpus doctrinal suffisamment précis et suffisamment partagé pour être en mesure d’assumer le leadership politique dont la société aurait besoin. Les petits partis de l’écologie politique flottent dans le costume que la société leur a taillé. Ils leur faut structurer, ensemble une force sociale et politique de masse, car la partie démocratique sera rude et les conservatismes coriaces

Force émergente sur la scène politique européenne et nationale, elle peine à porter et à fondre l’héritage historique d’une gauche dont les différentes chapelles actuelles témoignent des strates successives des forces de progrès à travers les âges. L’écologie politique est dans l’état où se trouvaient le socialisme à la fin du XIX ème siècle, éparpillé en chapelles historiques rivales et pourtant complémentaires. Les strates qui subsistent aujourd’hui constituent la mémoire des combats sociaux inoubliables y compris dans ce qu’ils ont pu être vécus comme profondément contradictoires. On voit des organisations qui ont réfléchit sur les raisons de leur échec, d’autres qui ont préféré passer à autre chose sans remise en cause des concepts qui les ont successivement portés au pouvoir, précipité dans la défaite ou devenir obsolète.

De tout cela, l’écologie politique hérite, malgré elle, simplement parce qu’elle porte l’espoir d’un monde moins dur qui fut celui des républicains contre les royalistes, des partageux contre les bourgeois, des résistants contre les collabos, des tiers-mondistes contre les colonialistes, des féministes contre les sexistes, des syndicalistes contre les exploiteurs et j’en passe.

Il y a dans ce pays, un désespoir indicible et froid, une haine sourde qui suinte de chaque plaie sociale qui s’ouvre et qui n’en finit pas de fracturer en tout sens une société mise à mal par des politiques de coupe et de sabordage du bien national. Notre société, les sociétés européennes ont les moyens de réussir une transition écologique heureuse. Mais à une condition : que l’oligarchie qui les dirige directement ou en sous main, cesse de les diriger pour son seul avantage à court terme. Il n’y a pas de fatalité à la désespérance et à la haine, une force politique de l’espoir de la sauvegarde et du bien vivre, peut émerger… Doit émerger.

De cela, le peuple de gauche est conscient, sans s’attendre à un sauveur suprême qui ne vient pas. Et les dirigeants des officines défaites n’en finissent pas de ne pas vouloir comprendre les paroles de l’internationale « ni dieu ni césar ni tribun » en esquivant l’impérieux devoir de mémoire des succès mais aussi de remise en cause en fonction de l’heure du temps. L’heure est à la redéfinition d’une doctrine d’émancipation adaptée à notre monde. Entre les dogmes pétrifiés et les dénis, les gauches transportent dans leurs valises un monceau de cadavres. Et il revient à l’écologie politique d’en faire un cadavre exquis capable de soulever les foules.

Alors que le dernier sursaut de la social-démocratie Mitterandienne s’estompe dans la grande prédation Macronienne, il est plus que temps de redessiner une doctrine qui tende le fil conducteur d’un nouvel espoir politique et social. En cela, l’écologie politique, tout en reprenant l’héritage, innove en convoquant la dimension de terriens dans le débat politique, au moment où le monde découvre que l’espèce humaine a la puissance d’agir sur les phénomènes planétaires et qu’il est juste temps de maîtriser cette puissance et de la réorienter.


« Unité, unité, convergeons, convergeons », de tribune en slogan, chacun chacune y va de sa recette unitaire. Mais la nouveauté de ces temps réside dans l’hypothèse, plausible, raisonnable d’un leadership de l’écologie politique sur les gauches. La période historique que nous abordons en fait la seule doctrine en capacité d’appréhender l’entièreté des enjeux pour affronter les forces conservatrices de la destruction aveugle.

Les écologistes postulent à ce leadership, pour la simple raison qu’ils ont eu raison avant que les autres s’en rendent compte. Certes, il y a primauté historique mais c’est un peu court comme justification, car on ne passe pas innocemment d’une posture de dénonciation et d’alerte « contre » à la déclinaison d’un ensemble de politiques publiques globalement cohérentes et articulées entre elles dans l’espace et dans le temps. Les écologistes ont pensé global et agit localement. Il leur faut désormais agir localement ET globalement. Les leçons des vieilles gauches sont là pour les y aider, à conditions qu’elles soient comprises, sincèrement, honnêtement. Or pour chaque politique, il y a autant de cadavres que de dossiers dans les placards. Et sur chaque cadavre, trône un mot valise intouchable.

L’écologie politique n’a pas d’intention hégémonique, mais elle ne sortira pas toute seule l’inventaire nécessaire des doctrines, sans le concours sincère et lucide des chapelles historiques pour, enfin, solder certains comptes de l’Histoire. L’écologie politique ne s’écrit pas sur une page vierge, mais sur un vieux papier chargé d’écritures, parfois de surcharges tel un palimpseste, mais il reste à écrire, ensemble, dans la marge, les annotations des sentences partagées.

La tentation est grande pour les vieux appareils d’en rester aux combines électoralistes à court terme, où l’on sauvegarde l’aire de son parti d’élection en élection. Mais l’urgence est là, l’effondrement est possible, alors arrêtons avec le dérisoire.

Pour l’instant ces marge vierges parsèment la doctrine écologique de trous noirs, dont on n’ose pas trop s’approcher de peur d’aviver les fractures idéologiques qui structurent la désunion. Pour autant les écologistes voient, en toute modestie, que le leadership dont ils se sentent investis, impose d’en arriver à une lecture partagée, apaisée, de l’histoire des gauches.

Le but de ce qui va suivre est d’explorer ces trous noirs d’en dénouer si possible les fils contradictoires. Il risque de valoir à son auteur un flot d’injures et de coups sur la tête pour sa prétention à interroger les mots valises, mais qu’importe, ce travail est d’utilité écologique. Il n’a pas la prétention de clore le débat, mais il peut, au moins, l’ouvrir….

 

La gauche, les gauches, de gauche, à gauche

Tout d’abord, posons nous la question : « mais , au fait, pourquoi l’écologie politique serait elle , de gauche ? »

La première raison, simple , évidente, est qu’elle propose de bousculer l’ordre établi. Elle s’est opposé, elle continuera à le faire, au monde économique tel qu’il va. C’est une raison nécessaire. D’ailleurs, elle a inventé un mot pour tout ce qui colore l’ordre établi en vert, qui stigmatise l’opposé sournois de l’écologie politique : le greenwashing. Le paradigme de l’EP est antinomique du ronron des machines à produire, des cerveaux connectés sur la croissance et des prédateurs par habitude. Il y a une dimension « anti-système » dans l’écologie politique, même si, quand elle s’est approché du pouvoir, la gauche de la gauche lui a reproché de le cautionner.

La deuxième raison est que la société qu’elle imagine s’inscrit dans une continuité philosophique d’émancipation collective, prétendant légitimer le droit de chaque individu à une vie libre et épanouie, prôner les égalités sociales et civiles des individus, promouvoir la paix et la coopération au sein du peuple et entre les peuples. L’écologie politique est un humanisme.

La troisième raison tient à la tradition politique française qui place à gauche de l’hémicycle des assemblées parlementaires, les représentants du peuples opposés à l’ordre établi. Cette configuration propose des proximités de combat législatifs, des connivences dans les tactiques électorales, des solidarités dans les luttes politiques.

Mais il y a une lecture biaisée de ce contexte politico-parlementaire qui tient aux années d’hégémonie de la doctrine social-démocrate sur l’orientation de la gauche présente au parlement. La simplification qui en découle amalgame en une seule masse une gauche allant se perdre dans le social-libéralisme le plus traître qui soit. La social-démocratie historique a fait son temps et son paradigme n’est plus pertinent. Encore faut il que cette évidence soit partagée.

L’écologie politique ne peut pas en rester là et doit de toute urgence, tout en s’affichant « à gauche » réfuter toute responsabilité dans cette dérive et travailler avec les autres gauches à un bilan sincère. Elle doit lancer une interrogation lucide sur les évolutions nécessaires des systèmes de représentation politique qui structurent la démocratie au travers du paradigme écologiste.

 

Les gauches en héritage, mais pas que…

Dans sa façon d’être « à gauche », l’écologie politique se distingue des courant antérieurs par une origine différente.

Les trois grand courants historiques de la gauche, l’anarchisme, le socialisme et le communisme (toutes variantes confondues), s’ils sont nés dans les cercles intellectuels avaient tous en commun un sujet social dont ils portaient l’espérance émancipatrice. Dans les sociétés bourgeoises de la révolution industrielle, la classe ouvrière s’est peu à peu structurée de façon autonome, à l’intérieur du salariat et au coeur de la production industrielle. C’est la jonction de l’explication intellectuelle du monde avec la pratique sociale des ouvriers qui a construit la force sociale et le poids politique de ces trois idéologies, appuyée sur « les bataillons ouvriers » structurant une véritable contre société, dans une guerre sociale de position. Les politiques issues de ces trois idéologies convergeaient vers un seul but : la répartition égalitaire des richesses, le droit au bonheur pour toutes et tous.

L’arrivée au pouvoir en France en 1936 d’un président du conseil socialiste, marque une rupture historique fondamentale en sortant, par la loi, la classe ouvrière de son ghetto social et politique. De ce jour, les ouvriers rentrent en république et s’y installent. Le programme du CNR à la libération, les lois sociales, le droit de vote des femmes parachèvent l’absorption des salariés en général dans le concert de la Nation. La classe ouvrière, en s’intégrant, dépérit en tant que contre société en s’ouvrant finalement à tout le salariat. Quelques soient les reculs sociaux, les extensions du capitalisme à toutes les facettes de la société, la démocratie républicaine concerne tout la société et la société fait Nation au sein de ses institutions. c’est le chemin politique parcouru par le mouvement ouvrier dans lequel le projet politique vient du mouvement lui-même et en est la synthèse, via le syndicalisme.

 

L’écologie politique n’est pas née de cette histoire, elle en hérite dans une continuité qu’elle ne peut pas renier. Elle ne se situe pas, à priori, dans le rapport de classe, mais le partage est son maître mot . Son programme n’est pas issus d’une synthèse des revendications ouvrières. Dans un certain nombre de cas, elle va les intégrer dans une vision plus globale du rapport de la société à la nature terrestre et ses limites. Dans d’autres cas, elle s’y oppose, notamment lorsque des politique environementicides s’appuient sur le prétexte de l’emploi.

L’Ecologie Politique vient d’au-delà des rapports sociaux. Elle est une héritière dont le propos dépasse l’héritage. En replaçant la société humaine au sein de la nature, et non plus contre elle , elle propose une révolution copernicienne aux gauches, celle de ne plus faire de l’humain le centre du monde social, mais une partie indissolublement solidaire de la nature planétaire. Partie seulement, mais partie intelligente, capable de comprendre et de maîtriser sa trajectoire. En cela elle remet en cause l’irresponsabilité du salariat dans la finalité du travail et prend partie vis à vis de cette finalité.

Ce faisant, l’écologie politique recrute au-delà du cercle du salariat. Elle n’est pas issue de la classe ouvrière et ne prétend pas s’appuyer sur elle, « es qualité », mais la rallier à sa vision du monde en redonnant un sens au travail. Cet état de fait pose crûment la question de la force sociale capable de porter l’écologie et faisant découler d’elle les mesures politiques, à chaque niveau institutionnel et les programmes généraux. Entre les préjugés petit-bourgeois vis à vis des organisations ouvrières et la défiance des syndicalistes à l’égard d’une doctrine étrangère à leurs rangs, l’état major de l’écologie politique cherche désespérément ses troupes et surtout, peine à les organiser.

La classe ouvrière avait construit le rapport de force social sur sa maîtrise collective de la production industrielle et par sa capacité à cesser le travail productif, son corollaire. Le peuple de l’écologie n’a pas trouvé de terrain social qui puisse lui donner cette puissance. Le prolétariat délimitait son périmètre par des liens sociaux particuliers au sein du syndicalisme. Les écologistes sont répartis dans toutes les couches sociales sans liens particuliers, sans sentiment d’appartenance à une vision du monde commune, de ce fait le peuple de l’écologie peine à exister en tant que sujet collectif, et c’est sa faiblesse. Les admonestations théoriques sur la nécessité d’une écologie populaire, resterons sans effet, tant que les chemins de traverse pour contourner les fractures sociales n’auront pas été défrichés.

 

 

 

 

Premier « trou noir » : À gauche, pour quelle démocratie ?

Il y a un fait de circonstance qui, dans le contexte présent, impose le débat. C’est la question de la représentativité des élus du peuples et de la fonction parlementaire. On ne peut passer la poussière accumulée par la social-démocratie sous le tapis de l’unité politique, tellement la gauche parlementaire, la gauche de gouvernement a pratiqué une politique anti populaire cette dernière décennie. Et les cendres des espoirs déçus sont assez chaudes pour justifier la défiance populaire vis à vis de leurs représentants. Il faut souligner le silence pesant des partisans de gauche d’une 6 eme république, devant le mouvement des gilets jaunes qui est fondamentalement un mouvement de type constitutionnel dont la préoccupation principale est la représentativité. Preuve s’il en est, qu’un monde sépare le personnel politique tout partis confondu du peuple électeur. Or les bouleversements constitutionnels qu’il faut proposer pour générer une représentativité admise et partagée, sont beaucoup plus profonds que le toilettage des rapports entre l’exécutif et le législatif autour desquels tournent en rond les promoteurs de la 6ème république.

C’est le premier « trou noir » de l’écologie politique.

Quelle réforme radicale (au sens premier, c’est à dire qui remonte à la racine de la représentativité) faut il proposer ? Quels sont ou quels ont été les éléments destructeurs de la confiance populaire dans la députation ? Le populisme est une mauvaise réponse à une bonne question, mais quelle est la question ? Le mouvement de GJ a exprimé une colère, pas une revendication et encore moins un programme, mais le RIC est devenu symboliquement l’essence même de ce désir de représentativité régénérée. De même l’attaque outrancière des journalistes, a révélée un refus de la manipulation médiatique, une soif d’information sinon objective, mais honnête intellectuellement.

Il semble bien que l’exercice de la démocratie au sein d’une Nation repose sur 3 piliers :

1 une citoyenneté formée et informée ,

2 une hiérarchie d’instances de pouvoir politique bien délimitée et pratiquant le principe de subsidiarité,

3 un travail législatif qui co-écrit la loi avec le concours des corps intermédiaires plutôt que sous la dictée des cabinets ministériels.

 

1 la citoyenneté formée et informée :

La démocratie est une pratique à rebours du comportement naturel, qui bornent les formes de pouvoirs en les soumettant , soit au débat d’orientation, soit en regard de ce que dit la loi. Dans les deux cas, pour comprendre le sens du débat ou se référer à la loi, une formation à la citoyenneté est nécessaire, or elle n’existe pas. Dans la plupart de circonstances, l’information et l’objet du débat émanent de médias dans la finalité n’est pas l’intérêt général, soit par logique commerciale, soit par inféodation au pouvoir gouvernemental. La suzeraineté du commentaire sur l’information brute, renforce les capacités de manipulation de l’opinion publique par les médias. Ce n’est pas par amour de la presse que les oligarques investissent dans ce secteur. C’est à travers les souvenirs d’une éducation civique, plus moraliste que politique et la jungle intéressée des commentaires politiques que les individus tentent de se forger un avis. L’apprentissage de la citoyenneté est un vrai sujet, dans et hors de l’école, à la fois par la compréhension des phénomènes collectifs pour distinguer le vrai du faux et à la fois par la pratique à différents niveaux de la vie sociale. Les mutations sociales à venir qui impliqueront directement les individus dans leur vie imposent de redéfinir cette éducation. L’écologie politique a une forte expérience du travail explicatif à travers notamment l’action des associations environnementales qui , depuis des années expliquent, démontrent, empêchent les projets destructeurs. Il y a aussi une dérive moraliste qui réduit la portée politique de l’explication au seul comportement individuel. Dérive appréciée par la machine économique, puisqu’elle explique que la planète sera sauvée par la multitude des comportements individuels et que finalement l’écologie n’implique pas la sphère politique, ou si peu…

Or aujourd’hui, devant le développement des phénomènes climatiques majeurs, la logique des villes et territoires en transition, le besoin partagé d’anticiper les formes d’effondrements possibles, ces explications accumulées forment une vraie culture populaire sur laquelle les responsables politiques pourraient s’appuyer, s’ils le voulaient vraiment, pour lancer des politiques hardies et salvatrices. Il n’y aura pas de transition écologique démocratique sans l’implication des populations concernées. C’est à partir de pratiques locales collectives que la citoyenneté engagée fera reculer l’impact de la propagande des climato-menteurs. Mais pour en faire un fait majoritaire dans la société, encore faudra t il donner de larges moyens aux mouvements d’éducation populaire, dors et déjà mobilisés.

 

2 une hiérarchie d’instances de pouvoirs délimitées et fonctionnant en subsidiarité.

Il est démagogique de penser que les problèmes généraux et complexes puissent être appréhendés aussi facilement qu’une grille de loto. Le populisme , le vrai, en niant la complexité des phénomènes, ouvrent en réalité la porte à tous les excès technocratiques dès lors qu’il sont portés par une communication efficace. Le débat citoyen se fait à trois : le citoyen, le spécialiste et le politique. De l’analyse à la solution, le cheminement du débat devrait constituer l’essentiel de la vie politique. La tradition jacobine amène les média à focaliser sur la scène politique nationale.Trop souvent le débat s’instaure à des niveaux de responsabilités qui ne correspondent pas aux véritables périmètres des pouvoirs. Pourtant, ce que les technocrates appellent « le mille feuille » n’est autre que l’État dans une forme démocratique, avec , pour chaque niveau de compétence, une assemblée délibérative et un exécutif disposant d’un budget. Nous devons réinterroger la répartition des compétences en réfléchissant à l’efficacité du débat et de la décision politique. La vision « à gauche » est celle qui ne confond pas l’intérêt public avec la taille du marché public pour les entreprises privées. La vision démocratique est celle qui privilégie la réponse politique rapide à la demande sociale ou environnementale.

 

 

3 un travail législatif qui co-écrit la loi avec le concours des corps intermédiaires plutôt que sous la dictée des cabinets ministériels.

 

Les termes de la constitution, dans leur ambiguité même ont conduit à une dérive des pratiques qui fait de la représentation nationale, une simple chambre d’enregistrement des textes initiés par les cabinets ministériels. Le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier ont totalement rompu l’équilibre ténu de la constitution originelle. La verticalité du pouvoir atteint un degré tel que l’opinion publique ne voit plus dans les députés que des vassaux ayant fait allégeance au monarque républicain. De ce fait les députés les plus démocrates, qui s’astreignent à rendre compte de leur mandat se confrontent à un vide. Comme si les électeurs d’un jour étaient des citoyens absents, la situation démontre la disparition du lien politique concret.

Un fait est significatif. Dans le langage médiatique, dès qu’il est question de politique « courageuse », vous êtes à coup sûr devant un dispositif de régression sociale. D’où émane la loi, si le courage consiste à gouverner contre le peuple ? Quand la constitution dit que « le premier ministre conduit la politique de la Nation », elle dit , premièrement qu’il conduit et non pas qu’il écrit, ni lui ni ses ministres. Elle dit deuxièmement qu’il y a une politique de la Nation et non des cabinets ministériels, ou de missions commandées par le gouvernement à des « sachants ». Dans la pratique la Nation a disparu au profit des alliances douteuses et incestueuses entre les promotions issues des grands corps de l’État, réparties entre les ministères et la haute finance. L’entre soi de l’État et du haut patronat, ruine toute représentation démocratique à ce niveau.

Pour espérer en revenir à l’émergence d’une politique « de la Nation » il faut sortir de cette verticalité exacerbée et de cet entre soit managérial. D’autant que, les problèmes concrets d’adaptation de notre société au changement climatique, sont incommensurablement plus divers et plus transversaux que ne pourront jamais imaginer des cabinets ministériels.

Si le compte rendu du travail d’un député intéresse si peu de personnes dans les circonscriptions, c’est pour deux raisons. La première c’est qu’il n’y a plus de confiance dans la qualité de la représentativité, nis dans la forme ni sur le fond. La seconde c’est la complexité du travail législatif qu’il est difficile d’aborder ex-abrupto entre le commentaire sur le match de foot et la rubéole du petit dernier.

Pour retisser un lien politique entre citoyen et député, il va falloir inventer un flux ascensionnel émanant de l’inventivité collective née au sein des corps intermédiaires locaux, mouvements,syndicats, associations et municipalités. Notre société ne pourra pas s’adapter sans un capacité à faire que, rapidement, le légitime illégal devienne légal, que l’expérimentation sans cadre à petite échelle puisse essaimer dans un cadre évolutif, etc, etc. Sans attendre un hypothétique réforme constitutionnelle, la pratique d’un tel flux peut être revendiqué en tant que tel par le regroupement de ces corps intermédiaires vis à vis du ou de la députée locale.

La question de la planification écologique ne peut se poser qu’à partir de cette inversion des flux politiques. Aujourdhui, planifier à partir du savoir d’un ministère, ne servirait qu’à créer des niches d’opportunités pour des lobbys en recherche permanente de secteurs de prédation nouveaux.

c’est sur la base de ces 3 évolutions qu’on peut espérer, me semble t il, reconstruire une démocratie salvatrice pour toute le société

 

 

 

 

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