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Billet de blog 12 oct. 2021

Souveraineté énergétique de la France : l’atout des SMR

Le Président de la république Emmanuel Macron pourrait dévoiler d'ici mi-octobre son intention de lancer la construction de mini-centrales nucléaires SMR (Small Modular Reactor de 340 MW) pour soutenir la production des centrales existantes et renforcer la souveraineté énergétique de la France.

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Le Président de la république Emmanuel Macron pourrait dévoiler d'ici mi-octobre son intention de lancer la construction de mini-centrales nucléaires SMR (Small Modular Reactor) pour soutenir la production des centrales existantes et renforcer la souveraineté énergétique de la France.

Une telle annonce pourrait être plus acceptable aux yeux de l'opinion publique, en particulier si ces SMR sont présentés comme une manière de réduire les coûts de l'énergie qui ont flambé ces derniers mois. Ces réacteurs nouvelle génération permettraient aussi de renforcer la souveraineté énergétique de la France, alors que le reste de l'Europe doit composer avec le gaz provenant de Russie et les centrales à charbon très polluantes.

Le gouvernement prend probablement cette décision « raisonnable » sous l’impulsion d’EDF qui fait tout pour reprendre son destin en main, en ce recentrant sur le nucléaire, suite à la perspective d’un démantèlement organisé par la commission européenne avec le projet Hercule.

En Septembre 2019, le consortium Nuward composé des partenaires industriels EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group, a décidé de lancer le développement d'un projet compact de centrale SMR innovante, s'appuyant sur toute l'expérience du secteur français dans les réacteurs à eau pressurisée.

Le groupe TechnicAtome a conçu et fabriqué 20 réacteurs de ce type pour les besoins de la marine nationale à propulsion nucléaire, en partenariat avec Naval Group.

Le PDG de TechnicAtome (Loïc Rocard) a rappelé que le projet NuwardTM qui sera basé sur le développement d'une solution de SMR de 340 MW, composée de 2 réacteurs identiques de 170 MW chacun . Il fonctionnera sur le modèle des réacteurs REP, dont bénéficie le parc actuel français et ses 58 réacteurs actuellement en fonctionnement.

Naval Group, quatrième partenaire de ce consortium français. construit des sous-marins nucléaires et des porte-avions dont la propulsion est réalisée au moyen de petites unités de production d’énergie nucléaire.

EDF est sur le point de racheter les activités Nucléaire de GE Steam Power. C’est cette même branche qui avait été vendue par Alstom à GE en 2014, Emmanuel Macron, avait à l’époque fortement encouragé cette vente. Cette annonce pourrait s’inscrire dans la volonté d’Emmanuel Macron de donner un nouveau souffle à la filière nucléaire française. Ainsi la France retrouve les turbines Arabelle, fabriquées à Belfort, qui sont un élément essentiel pour les sous-marin nucléaires français.

Depuis plusieurs mois la France se bat auprès de l’Union Européenne pour que le nucléaire soit reconnu comme étant une énergie verte et pouvant ainsi bénéficier des investissements massifs du Green Deal. Emmanuel Macron a notamment répété plusieurs fois que “l’avenir de la France passait par le nucléaire”. L’acquisition par EDF de la technologie permettant de construire des turbines nucléaires permettrait à la France de retrouver un vrai savoir-faire et de s’offrir une chance dans le développement à venir de l’énergie nucléaire. Reste à savoir si cela sera possible financièrement et si la France dispose d’une vraie stratégie sur le nucléaire civil.

En France, il y a des régions qui sont loin des grosses unités de production d’électricité, tel que la Bretagne et Paca, et les pertes en ligne, sur le réseau de transport RTE, représentent un casse tête pour garantir la tension en bout de ligne. Ainsi en ayant des petites unités de production reparties sur tout le territoire, cela permettrait d’ajuster la tension en tout point du réseau, en injectant du réactif. Cela fait partie des avantages des Smart Grids.

Objectif de réduction de la part du nucléaire

La programmation pluriannuelle de l’Energie (PPE) paru le 25 Janvier 2019, prévoyait notamment la suppression de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035, pour atteindre 50% d’électricité nucléaire dans le mix énergétique.

En prenant les objectifs médians du PPE en matière de production d’électricité renouvelable par filière (tableau 5) :

Dans le PPE de 2019, les filières photovoltaïque et éolien ont été largement privilégiées pour assurer le mix énergétique, alors que les filières hydraulique et bioénergie présentent bien plus d’avantages économiques et de réduction d’émissions de CO2.

En effet les filières photovoltaïque et éolien sont toutes deux dépendant de la météo (faible efficacité), sont toutes deux sans stockage d’énergie, sont toutes deux consommateur de surface agricole (diminution de la surface pour nourrir la France).

La filière hydraulique (au fil de l’eau) présente l’avantage de marcher 24h / 24h, et la France a des compétences dans le domaine (création d’emploi), voir le projet « Renouv Eau » d’EDF Hydro.

La filière bioénergie, permet de valoriser les déchets agricoles en local (gain de transport, donc d’émission de CO2).

Révision des objectifs

Le 25 Février 2021, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) prend la décision de prolonger la durée de vie de dix ans pour les 32 réacteurs les plus anciens du parc nucléaire français au-delà de quarante ans prévu initialement, afin d’assurer la production d’électricité en France.

Il faut bien se l’avouer les objectifs fixés en 2019 ne sont pas atteignables pour de multiples raisons, et il faut bien assurer la continuité de la fourniture de l’électricité, en re-investissant dans dans les centrales nucléaires les plus anciennes, pour garantir la sûreté de fonctionnement de ces dernières.

L’analyse des risques potentiels prévoit notamment :

- la réduction des conséquences des accidents graves, tel que la fusion du cœur du réacteur,

- le renforcement aux agressions qui peuvent survenir sur ces installations ( séisme, inondation, incendie, chaleur extrême…).

Réacteur EPR en construction à Flamanville

Le réacteur à eau pressurisée de génération III+, de type EPR (puissance 1 600 MW), dont le mise en service est planifiée pour 2023, a explosé les budgets et les temps de fabrication, pour de multiples raisons.

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