Pour une vraie et couillue réforme de la langue française

Mon vieil ami P.G. n'est pas de ces chochottes qui croient avoir pris le Palais d'Hiver parce qu'elles écrivent “ une auteure ”. Linguiste authentique, P.G. sait de quoi il parle et les ressources de son inventivité sont inépuisables. Comme il a un certain âge – il est plus vieux que moi, c'est tout dire – il a tous les droits. je m'efface donc respectueusement et lui passe le relais.

 

 

Cher.ère.s. amie.e.s linguiste.teuse.s ou pas,  

 

 

C’est à la suite d’une longue réflexion sur l’avenir (pardon : le futur) de notre langue que je me suis décidé : le.la linguiste.euse doit-il.elle être un.e. observateur.euse curieux.se, impartial.e et neutre.e (c’est le cas de le dire) ? Ou doit-il.elle être le.la vigi.e. et sentinel.le de notre patrimoine linguistique ? Ou encore doit-il.elle être un.e. prescripteur.euse impitoyable ?

 

 

Pour sortir de cette situation schizophrénogène, je prône le passage de notre langue à une neutralisation totale. Cette réforme a un double but : d’une part éliminer l’écriture inclusive qui, à mes yeux, est une complication absurde et illisible de la langue, d’autre part mettre fin à la querelle des genres.

 

 

Je vais donc vous exposer ma réforme. Loin de moi l’idée d’employer une terminologie problématique au niveau du métalinguistique : tout sera clair, limpide, simple et non complexe, et vous constaterez que mes propositions, tellement qu’elles sont simples, n’impactent en aucune façon la langue française que je signale au passage que le génie unique de celle-ci est universellement reconnu, et que grâce à ma réforme il sera encore mieux connu. Je propose au passage quelques modestes réformes orthographiques.

 

 

Je démarre donc l’essentiel du process de mon propos.

 

 

1. Tous les noms sont neutres et ont 2 formes : un singulier et un pluriel en -chapeau/chapeaus.

 

 

 2. L’article défini est lu au singulier (l’ devant voyelle) , les au pluriel (le s final étant toujours prononcé : [s] devant consonne et [z] devant voyelle).

 

Pourquoi lu ? Parce que je, suite à mes récentes découvertes sur le passage du latin au français, lu est dérivé du neutre latin illud (tout comme l’article masculin le est dérivé du masculin latin ille, et l’article féminin la du féminin latin illa).

 

 

Le u apparaît donc comme la marque du genre neutre, qu’on va pouvoir généraliser et qui, quelle que soit sa position, doit toujours être  prononcé [y] comme dans turlututu ou dans pointu.

 

Exemples :  lu chapeau, lu femme, l’homme, l’enfant ; les hommes, les femmes.

 

 

J’avais pensé suivre l’exemple du roumain, où l’article défini est enclitique (= placé à la fin du nom), par exemple sous la forme ul. Exemple : train = tren ; le train = trenul.

 

 

On aurait ainsi en français : le train = trainul ; l’homme = hommulla femme = femmul.

 

 

Certes, on obtiendrait de choses très amusantes, comme :  

la mandibule = mandibule ; la rotule = rotulul ; le ridicule = ridiculul (cf. ridiculul ne tue pas !) ; J’ai lu fasciculul sur petit beurre luul.

 

J’avais pensé ensuite utiliser mon article neutre lu en le postposant comme en roumain : 

 

l’élu = élulu ;  l’hurluberlu = hurluberlulu ; le début = débulu ; la Goulue = Goululu.

 

 

Mais tout cela pourrait sembler très bizarre à certains, et les jeunes enfants qui apprennent à lire se demanderaient parfois s’il n’ont pas berluul/berlulu. De plus,  je ne tiens pas à être  farfeluul/farfelulu de service.

 

 

Restons donc raisonnable, et ne postposons pas : gardons la forme lu, qui donne d’ailleurs des résultats tout aussi linguistiquement intéressants :

 

lu garçon, lu fille, lu hurluberlu, lu lutin, lu lumignon ; lu soleil a rendez-vous avec lu lune.

 

 

2. Par analogie avec l’article défini, les démonstratifs sont aussi en -u :

 

 ce, cet et cette = çéu ; ces = çéus (noter la présence subtile de l’accent aigu qui évite l’emploi du tréma sur le u, un signe dont auquel beaucoup s’interrogent sur à quoi ça sert).

celui, celle = çéul ; ceux, celles = çéuls (prononcer le -s final).

 

 

3. L’article indéfini n’a qu’une forme, par analogie avec l’article défini :

 

un, une = unu ; toutefois les uns, les unes = les unus (prononcer le -s final).

 

 

4. L’article partitif a les formes suivantes, par analogie avec l’article défini :

 

du lait = du lait ; de la viande = du viande ; de l’eau = du l’eau ; des livres = des livres.

 

 

5. Les adjectifs n’ont que 2 formes, un singulier en -u et un pluriel en -us : grandu, grandus ; beau, beaus, velu, velus (noter pour ces derniers la fusion adroite du u du radical et du u de la désinence).

 

lu beau garçon, lu beau fille ; les beaus garçons et les beaus filles.

 

 

6.  Comme l’adjectif possessif s’accorde avec le nom qu’il détermine (mon livre le mien ; ma serviette, la mienne), il n’a désormais logiquement au singulier qu’une forme neutre : 

 

mon, ma = mu, mes = mus (prononcer le -s final) ; ton, ta = tutes = tus ; son, sa = suses = sus.

le mien, la mienne = lu mu ; les miens = les mus, etc.

 

 

 7. Les pronoms personnels désignant les humains ne changent pas. Ceux désignant des non-humains sont ilu au singulier, ilus au pluriel.

 

le livre > je l’ai lu = je ilu lu ; les livres > je les ai lus = je ilus lu (notez cette innovation foudroyante : le participe passé devient invariable).

 

8. Le -e final des noms, symbole exécrable de féminité, est supprimé pour tous les substantifs pour lesquels cela ne pose pas de problème :

 

lu vigi, les vigis ; lu sentinel, les sentinels ; lu estafet, les estafets (le -t final se prononce).

unu bougi, unu idiossi, unu geni, des jolius incendis.

 

 

Tout ce travail profondu et réfléchiu n’est encore qu’unu ébauch ; je prépare unu dico et unu gramère du français modernu qui, je l’espère sincèrement, vous seront utilus au niveau de l’excellence du processus d’expression oralu ou écritu.

 

 

 J’espère que vous m’avez lu attentivement et je vous donne lu salu.

 

Pour une vraie et couillue réforme de la langue française

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