Censure pas ordinaire au Royaume-Uni

Pas ordinaire parce que la démocratie au Royaume-Uni est de plus en plus un ventre mou où des minorités activistes, mais visibles et entreprenantes, peuvent oser de véritables coups de force en faisant se coucher des institutions séculaires. Dans ce qui suit, je vais être contraint de prendre – par principe – la défense d’un militant d’extrême droite (extrême droite de chez extrême droite, comme disaient récemment les djeuns).

 

Un juge britannique vient d’interdire aux médias de mentionner l’arrestation d’un militant d’extrême droite condamné à 13 mois de prison avec sursis, six heures après son arrestation devant un tribunal où il filmait le procès d’un réseau pédophile. Ce militant a été arrêté pour avoir troublé l’ordre public (breaching public order) par le simple fait qu’il filmait avec son téléphone portable. La justice a obligé la presse à retirer les articles précédemment publiés à propos de cette affaire et Google les a désindexés.

 

Bien connu outre-Manche sous le pseudonyme de Tommy Robinson (il s’appelle Lennon (sic) comme tout le monde), le militant en question n’en est pas à son premier coup d’essai. Il est devenu une référence en matières de prises de parole anti-islamiques. Il a milité au sein de l’English Defence League et a fondé la European Defence League afin de lutter contre l’acceptation – par les autorités britanniques – de la charia en matière de litiges entre musulmans.

 

En 2015, les médias britanniques s’intéressent à Robinson lorsqu’il révèle une offre de corruption d’Afzal Amin, étoile montante du parti conservateur d’origine pakistanaise. Amin avait proposé à Robinson d’organiser une fausse manifestation de l’English Defence League contre la très entreprenante mosquée de Dudley.

 

Le 25 mai dernier, Lennon/Robinson est donc arrêté devant le tribunal de Leeds pour trouble à l’ordre public alors qu’il filme des individus faisant l’objet d’une information judiciaire. Ces individus sont en majorité des Pakistanaisayant constitué des réseaux de jeunes prostituées anglaises, généralement blanche, à la rigueur sikhs. Alors que les Musulmans représentent environ 5% de la population britannique, ces souteneurs (grooming gangs) sont à 90% musulmans. Ces gangs sont actifs depuis près de 30 ans, en particulier dans le sud du Yorkshire. Pendant longtemps, les autorités locales ont fermé les yeux. Lucide, le travailliste Dennis McShane, qui fut un temps ministre des Affaires européennes, critiqua ceux qui « ne voulaient pas faire chavirer le navire communautaire multiculturel ».

 

 Dénoncer ces pratiques ignobles a donc été interdit par le tribunal de la Couronne de Leeds. Robinson, et les journalistes, se sont vus interdire de rapporter, d’analyser les procédures judiciaires concernant cette affaire. Après l’arrestation de Robinson, le juge Geoffrey Marson a interdit aux médias d’évoquer ce pourquoi Robinson était inculpé jusqu’au rendu du jugement. Après celui-ci, il leur fut interdit d’évoquer l’incarcération de Robinson. Une bonne partie de l’extrême droite européenne (britannique, allemande, hollandaise notamment) protesta contre le sort réservé à Robinson. Plus de 500 000 personnes – dont beaucoup n’étaient pas d’extrême droite – signèrent une pétition demandant la libération de Robinson. Les termes de cette pétition montrent à quel point le communautarisme est de plus en plus clivant outre-Manche : « Robinson a choisi d’agir sans se soucier de sa propre sécurité pour informer le public de toutes les malversations commises au nom d’Allah. Il s’est battu contre l’adversité et a mis au jour des problèmes que nos médias dominants sont trop timorés pour aborder. »

 

Ajoutons que l'accès à Twitter est désormais interdit à Robinson qui peut se consoler en suivant le compte qui le parodie.

 

 

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