Le banquier et les handicapés

Il y a sûrement quelque chose de très freudien chez notre banquier. Ce qui n’a rien d’exceptionnel, après tout. Ainsi, il ne faut jamais oublier que ce fils et petit-fils de fonctionnaires, lui-même ancien haut fonctionnaire, a démissionné avec fierté de la Fonction publique. Il s’apprête, incessamment sous peu et peut-être même avant, à mettre en pièce le statut de cette même FP. Avec, on peut le parier, une vraie jouissance qui n’aura d’égale que l’incapacité des agents de l’État à se mobiliser avec une énergie comparable à celle des cheminots dans la lutte.

 

Pour le moment, et depuis quelques temps, c’est – avec grand courage – aux handicapés qu’il s’en prend. Avec l’aide de sa cohorte de godillots à l’Assemblée nationale. Le 1et juin 2018, les députés ont adopté un volet important de la loi ELAN (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique), à savoir la diminution du quota obligatoire de logements neufs accessibles aux handicapés, qui passe de 100% à ... 10%. Le banquier au regard bleu glacé et glaçant n’y va jamais de main morte, en particulier lorsque la résistance est faible. Le processus enclenché par Macron en septembre 2017, qui annonçait vouloir réduire les « normes qui relèvent de très bons sentiments », est parachevé.

Je cite Marianne : « Le raisonnement du gouvernement est simple : jusqu'à présent, tout nouveau logement devait être construit de manière à être accessible aux handicapés. D'après l'exécutif, cette réglementation dissuadait les promoteurs de construire, et faisait partie des causes de la crise du logement en France. L'idée est donc de substituer à “ l'accessibilité ”, considérée comme dogmatique et peu flexible, la notion “ d'adaptabilité ” : 10% seulement des nouveaux logements devront être aux normes handicapés mais les 90% restants seront censés être “ évolutifs ” et pouvoir être rendus accessibles grâce à des travaux simples. »

En l’affaire, l’objectif prioritaire du banquier est de faire plaisir à ses amis les promoteurs immobiliers, qui ont l’oreille des parlementaires. S’il avait pu leur faire plaisir en sens inverse, il ne se serait pas gêné. Le combat des handicapés n’est pas totalement perdu car cette loi ELAN est contraire à la convention internationale des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la France, qui proclame le droit à choisir librement son lieu de vie. Jacques Toubon, le Défenseur des droits, est sur la même ligne qui estime que cette politique est « totalement contraire au droit car susceptible de remettre en cause l'accessibilité universelle ».

On nous a dit et répété que, s’il est une personne qui avait beaucoup compté dans la jeunesse du banquier, c’est sa grand-mère Manette. Un pur produit de l’école de la République. Or “ Manette ” a terminé sa carrière comme directrice d’un des tout premiers collèges d’enseignements secondaires de France (peut-être même le premier) ayant scolarisé des handicapés moteurs (dont certains vraiment lourds) en milieu “ normal ”. L’expérience fut totalement concluante, et pour les handicapés, et pour les non handicapés. Je parierais même qu’elle fit faire des économies à l’Éducation nationale. Cela se passait sous le banquier Pompidou, donc avant la naissance du futur prodige de la finance. Les employés de Rothschild du XXIe siècle sont  beaucoup plus féroces que ceux du XXe siècle…

 

Le banquier et les handicapés

Le banquier et les handicapés

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