Connaissez-vous le père de Tariq Ramadan ?

  

Chaque fois que l’on écrit sur Tariq Ramadan, on n’oublie jamais de rappeler qu’il est le petit-fils du fondateur des Frères musulmans Hassan el-Banna. Fondée en 1928, la société des Frères musulmans visait à lutter contre la colonisation britannique par le biais d’un islam social et la stricte observance de la loi islamique. Hassan el-Banna sera assassiné le 12 février 1949, vraisemblablement par des membres des services secrets égyptiens. Il ne mourra pas sur le coup : on le laissera baigner dans son sang pendant des heures. Son gendre et héritier spirituel Saïd Ramadan poursuivra son projet panislamiste.

 

Né en 1926, Saïd Ramadan fondera la branche palestinienne du mouvement lancé par son beau-père. Puis la Société islamiste d’Allemagne, enfin la Ligue musulmane mondiale. On peut d’ailleurs se demander si son fils n’éprouva pas un malin plaisir à enseigner dans la plus prestigieuse des universités anglaises alors que le combat de son grand-père avait été motivé par l’impérialisme britannique.

 

Saïd épouse la fille aînée de Hassan qui lui donnera cinq garçons, dont Tariq, et une fille. Il crée la branche de Jérusalem des Frères musulmans en octobre 1945. Il prêche à la mosquée Al-Husseini d’Amman fréquentée par le roi Abdallah. En mai 1948, il repart avec des volontaires pour la Palestine aider Abdel-Kader al-Husseini à lutter contre le tout récent État hébreu. Le roi Abdallah le nomme chef de la cour militaire de Jérusalem, mais il démissionne après deux mois. Certains pensent qu’il entretient alors une relation privilégiée avec les États-Unis dont la politique au Moyen-Orient est de limiter l'influence de la France et du Royaume Uni. Il part au Pakistan, pays fondé en août 1948 – sur des bases islamiques – après la partition de l’Empire des Indes. Très apprécié, il intervient régulièrement sur Radio Pakistan et va jouer le rôle d’ambassadeur culturel du Pakistan dans les pays arabes. Il se coiffe du jinnah, le chapeau rendu célèbre par Muhammad al-Jinnah, fondateur du pays. Il reçoit un passeport diplomatique qu’il utilisera lorsque sa nationalité égyptienne aura été révoquée.

 

Le 8 décembre 1948, après l’assassinat du Premier ministre égyptien par les Frères musulmans, le mouvement est déclaré illégal. Saïd Ramadan retourne en Égypte en 1950 et publie à partir de 1952 le mensuel Al-Muslimun où il défend les idéaux de Sayyid Abul Ala Maududi, théologien pakistanais partisan d’une application rigoureuse de la Charia (l’un de ses préceptes favoris étant : « Toute chose dans l'univers est ‘ Musulman ’ car obéissant à Dieu en se soumettant à Ses lois »).

 

Au début des années cinquante, les États-Unis nouent des relations avec les Frères musulmans en qui ils voient des alliés contre Nasser et les mouvements panarabes au Moyen-Orient. En 1953, Saïd Ramadan participe à un colloque sur la culture islamique à l’université de Princeton, sous l’égide de la Bibliothèque du Congrès, congrès qui concrétise les relations entre le gouvernement des Etats-Unis et les islamistes. La même année, le président Eisenhower reçoit à la Maison Blanche une délégation incluant Saïd Ramadan.

 

En 1954, Saïd Ramadan est arrêté suite à la dissolution des Frères musulmans, puis relâché et expulsé. Il s’établit à Damas et étend l’influence des Frères musulmans en Syrie, au Liban et en Arabie saoudite. Dans son esprit, l’Arabie saoudite doit devenir la base de l’islamisation mondiale.

 

En 1958, il s’établit à Genève, où naîtra Tarik. Il se rend en Allemagne où il prend contact avec les fondateurs du futur Centre islamique de Munich (Islamische Gemeinschaft in Deutschland, IDG). En 1959, il obtient un doctorat de droit (jurisprudence de la charia) de l’université de Cologne. Son directeur de thèse le trouve « intelligent mais un petit peu fanatique » [sic]. Fondé pour d’anciens transfuges de l’Armée rouge issus des républiques musulmanes de l'URSS, l’IGD devient la branche allemande des Frères musulmans. Puis il s’intéresse au Centre islamique de Genève qu’il a fondé en 1961. Il établit un centre à Londres en 1964. Ces fondations sont facilitées par des contributions saoudiennes.

 

Le 30 août 1965, Nasser accuse les Frères musulmans d’avoir reconstitué leur organisation et de fomenter un coup d’État. Leur leader est arrêté, jugé et pendu le 29 août 1966. Saïd Ramadan est au nombre des accusés. Condamné par contumace à trois peines de 25 ans, il perd sa nationalité égyptienne. À Genève, il est un temps menacé de kidnapping par des agents égyptiens. Là, il devient l'ami de François Genoud, banquier suisse proche des nazis depuis sa rencontre avec Hitler et converti à l’islam. En 1973, il participe à l’établissement du Conseil islamique européen à Londres. On le soupçonne d’être l’auteur d’un plan d’islamisation de l’Europe daté de 1982 et découvert en 2001 par les renseignements suisses.

 

Il meurt le 4 août 1995 et est enterré au Caire, l’Arabie saoudite lui ayant refusé une sépulture.

 

Jésus, Marie, Joseph ! On peut donc dire qu’en ce qui concerne Tariq, bon sang ne saurait mentir.

 

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