Que se serait-il passé si Mohamed Hicham Medjoub n’avait pas raté son coup ?

Que se serait-il passé si son attentat avait occasionné quinze morts, 50 blessés graves à quelques heures d’élections importantes qui font vivre notre démocratie ?

 

Comment se seraient justifiés le banquier éborgneur et le client des tripots d’avoir donné la possibilité à un étranger en situation irrégulière depuis plus d’an an d’organiser un massacre collectif ?

 

Pour des raisons que les enquêteurs connaissent peut-être désormais, la bombe de Medjoub n’a occasionné que des blessures légères. Physiques, car les blessures psychiques sont graves et marqueront les victimes jusqu’à leur mort.

 

De quoi la violence terroriste (présumée, bien sûr) de Medjoub est-elle le nom ?

 

Le tueur raté a déclaré dans un premier temps avoir voulu réagir contre les pratiques de l’administration française hostile aux migrants. On note qu'il ne s'en est pas pris à la vilaine administration d'un État de droit mais à des gosses qui achetaient des brioches. Il a ensuite expliqué être un soldat de Daesh ayant agi dans le but de braquer les – disons – communautés autochtones contre les musulmans et vice-versa, comme par hasard juste avant les élections européennes. En tout état de cause, et par delà les justifications fumeuses de ce jeune homme, le discours daechien est en train d’évoluer. Comme l’État Islamiste a perdu, non pas la guerre, mais la bataille engagée en gros depuis une vingtaine d’années, son discours et ses pratiques reviennent désormais à assimiler le combat des migrants pour intégrer les pays européens à une lutte sacrée, djihadiste, contre la violence occidentale.

 

Il y a plus de quarante ans de cela, Georges Marchais avait parfaitement perçu l’étendue du problème. Si Giscard et Chirac avaient facilité l’implantation durables, par centaines de milliers, de familles d’immigrés, ce n’était pas  pour des raisons humanitaires, mais parce que, à la demande du patronat, il fallait briser la classe ouvrière française, instaurer dans l’industrie et les services le moins-disant social et faire sauter toutes les solidarités. La réussite fut totale, parachevée dans les années 80 par les fauxcialistes qui décrétèrent que la classe ouvrière n’existait plus – en tout cas en tant que leur électorat – et qu’il fallait désormais favoriser ceux qu’on n’appelait pas encore les bobos et, à l’autre bout du spectre sociétal, les immigrés.

 

La violence terroriste (présumée, bien sûr) de Medjoub est donc une synthèse du djihad et du combat immigrationniste. A quoi servent les immigrés, en particulier ceux qui sont en situation irrégulière ? Principalement à faire tourner les entreprises que le système situe partiellement ou totalement en marge des lois. Demandez leur avis aux maçons pakistanais qui triment pour trois fois rien dans nos chantiers pharaoniques. Demandez leur avis aux prostituées de Berlin sous le joug de maquereaux nigérians. Ou aux prostituées de Paris ou de Toulousesous le joug de caïds albanais. On sait bien qu’en Europe la délinquance allochtone est de plus en plus massive, d'autant que le statut de réfugié politique est accordé de manière assez fantaisiste.

 

A l’échelle européenne nous sommes en présence de plusieurs centaines de milliers (plusieurs millions ?) d’irréguliers. Le discours dominant consiste donc à légitimer cet état de fait et sa violence invisible concomitante : violence de l'exploitation et violence de ceux qui sont ou se pensent exploités. L’Occident judéo-chrétien a tort, il est marqué au fer rouge par son passé de colonisateur et d’exploiteur. Le migrant, même illégal, a raison. Sa souffrance et son ressentiment sont légitimes.

 

Contrairement, semble-t-il, à ses parents et à son frère, Medjoub a choisi de se désintégrer, de se désassimiler suite à la violence de l’État français qui lui a refusé des papiers. Que risquait-il pendant qu’il faisait son marché et ses petites expériences de Dr Folamour ? Rien. Il avait bien vu que neuf immigrés irréguliers sur dix condamnés à quitter le territoire français n’étaient pas expulsés. Il avait bien vu qu’il en allait de même dans la plupart des pays européens.


 

 

 

Que se serait-il passé si Mohamed Hicham Medjoub n’avait pas raté son coup ?

 

Que s’est-il passé dans la tête de Medjoub – et pas dans celle des autres membres de sa famille ? Il a fondu la violence terroriste djihadiste dans un certain discours progressiste sur l’immigration (les immigrants sont une richesse). En Italie, où les violences interraciales sont quotidiennes et âpres, on a vu, en mars 2019, un chauffeur de bus né en France de parents sénégalais, installé en Italie depuis 2004, naturalisé italien, père de deux enfants italo-sénégalais de 12 et 18 ans, empêché d’extrême justesse par les forces de police de brûler vif 50 enfants pris en otage dans son bus. Au cours d’une sortie scolaire, il a pris la direction de l’aéroport de Milan, a arrêté son bus, a fait entraver les collégiens par leurs accompagnateurs, récupéré tous les téléphones avant d’asperger le bus d’essence. Sa tentative échoua par miracle (ici les enfants fuyant ce qui aurait pu être un holocauste). Il déclara avoir voulu répondre au crime des Européens qui laissent « mourir les enfants migrants africains en méditerranée », qui seraient «hostiles aux musulmans et aux Africains ».

 

Est-il besoin de rappeler que le Sénégal est l’un des pays les plus démocratiques et relativement prospères d’Afrique ? Le problème est que l’Occident fait – à tort – tourner bien des têtes et que l’on se retrouve en Europe avec des centaines de milliers de migrants (hommes pour la plupart) déboussolés, déstructurés, sans famille, sans femme, ne se sentant plus ni de là-bas ni d’ici et que le moindre coup de chaleur amène à en découdre violemment avec les populations d’accueil, voire avec les institutionnels. Ayant conduit en état d’ivresse et ayant été accusé d’avoir harcelé sexuellement une mineure, le chauffeur de bus avait un casier judiciaire déjà chargé. Cela n’avait pas empêché les autorités de lui confier le transport collectif de jeunes enfants. Et cela n’a pas empêché non plus Livia Turco, une ancienne ministre d’origine bourgeoise et membre du parti communiste de déclarer qu’il fallait « comprendre le geste » de cet homme, même si cela « créait de l’angoisse ».

 

Depuis plusieurs décennies, la bourgeoisie financière mondiale poursuit plusieurs objectifs. L’un d’entre eux, et non des moindres car il conditionne tout le reste, est de détruire les États-nations. Le chauffeur de bus fou est un des soldats de l’immigration sans retenue, de l’idéologie du métissage à tout prix. Ce chauffeur doit être considéré comme irresponsable, c’est-à-dire comme non responsable de sa tentative de massacre car il est une victime d’une politique migratoire répressive et raciste, alors que, jusqu’à son acte terroriste, il avait été l’un des meilleurs exemples d’une intégration réussie.

 

En France, des consciences éclairées ont estimé que Mohamed Medjoub avait agi par « réaction de désespoir », lui qui était si « gentil, pacifique et sans problèmes », après s’être vu refusé un visa étudiant, alors que sa radicalisation avait commencé bien avant qu’il fût débouté.

 

Il n’est pas certain que l’on reverra avant longtemps des actes de terrorisme aussi efficace et calculé que la destruction des tours jumelles de Manhattan. Mais des cas de gens qui perdent la boule risquent d’être légion. En juillet 2018, des passagers du Diciotti s’en sont pris à un équipage italien qui avait eu ordre de les ramener en Libye : « Si vous ne nous faites pas débarquer en Italie, on vous tue », avaient-ils menacé. Les immigrants sur ce navire provenaient du Pakistan, du Soudan, de la Libye, de la Palestine, de l’Algérie, du Maroc, de l’Égypte, du Bangladesh, du Tchad, du Ghana, du Népal et du Yémen. Plusieurs de ces pays n'était pas en guerre.

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