Henri Goursau. Dictionnaire des anglicismes.

 

Un homme qui aime les mots à ce point (et qui est de Saint-Orens) ne peut pas être totalement mauvais. Henri Goursau était déjà l’auteur d’une bonne vingtaine de dictionnaires. Il nous comble avec celui des anglicismes.

 

On ne frôle plus le ridicule, on s’y vautre. Combien de fois des directeurs de publications scientifiques ne m’ont-ils pas demandé de leur envoyer un « abstract » d’un article que je leur avais fait parvenir ? Vous me direz que, dans le même temps, outre-Manche, on vous écrit : « Could you send me a résumé of your article ? Mais le combat est très inégal. Actuellement, dans l’université française, on essaie de contourner par tous les moyens la loi (article L 121-3 du Code de l’éducation) qui veut qu’une thèse en France, préparée dans une université française, soit rédigée et soutenue en français. Personnellement, je serai pour le jour où, en Grande-Bretagne, on pourra soutenir des thèses en français.

 

I - Quelle est la différence entre « aparthotel » et « résidence hôtelière » ; « aquabike » et « vélo aquatique » ; « award » et « trophée » ; « babyliss » et « friseur », « badge » et « insigne » (« macaron ») ; « battle » et « bataille » ; « big bang » et « explosion originelle » ; « blind test » et « test à l’aveugle » ; « body » et « justaucorps » (mot du XVIIe siècle) ; « bodybuilding » et « culturisme » (ou « musculation », gonflette ») ; « broker » et « courtier » ; « business center » et « centre d’affaires » ; « challenge » et « défi » ; « challenger » et « concurrent » (« adversaire », opposant », « défieur », « compétiteur », « postulant », « prétendant », candidat au titre ») ; « faire son coming out » et avouer son homosexualité » ; « consultant » et « expert-conseil » ; « control panel » et « panneau de configuration » ; « dinghy » et « bateau pneumatique » ; « domestic flight » et « vol intérieur » ; « dream team » et « équipe de rêve » ; « eurobonds » et « euro-obligations » ; « fighting spirit » et « combativité » ; « flashmob » et « mobilisation éclair » ; « freezer » et « congélateur » ; « gang-bang » et « baise collective » ; « go » et « allez » ; « hoax » et « canular » ; « home-trainer » et « vélo d’appartement » ; « hooligan » et « voyou » ; « hovercraft » et « aéroglisseur » ; « ironman » et « homme de fer » ; « joint-venture » et « coentreprise » (« société en participation ») ; « jogging » et « course à pied » ; « klaxon » (nom de marque étasunienne que les Anglais n’utilisent quasiment pas) et « avertisseur » ; « leasing » et « crédit-bail » ; « lob » et « chandelle » ; « lobby gay » et « groupe de pression homosexuel ; « made in France » et « fabriqué en France » ; « Mae West » (hommage aux roploplos d’une actrice étasunienne) et « gilet de sauvetage » ou « brassière » ; « master class » et « classe de maître » ; « medley » et « pot-pourri » ; « melting-pot » et « creuset » ; « middle class » et « classe moyenne » ; « milk-shake » et « lait frappé » ; « mobile-home » et « maison mobile » ; « monitoring » et « surveillance » ; « mother fucker » et « fils de pute » (« nique ta mère », « enculé de ta race ») ; « motor show » et « salon automobile » ; « must » et « nec plus ultra » (« incontournable », indispensable ») ; « news magazine » et « magazine d’actualité » ; « nominé » et « nommé » (« sélectionné », « distingué », « en lice ») ; « offshore » et « en mer », au large », « extraterritorial ») ; « overbooké » et « débordé » (« surchargé de travail », « indisponible ») ; « overbooking » et « surréservation » ; « pacemaker » et « stimulateur cardiaque » ; « pancake » et « crêpe » ; « pay per view » et « paiement à l’émission » (« à la séance »), « pipeline » et « oléoduc » (« gazoduc ») ; « pitch » et « argument », « résumé », « condensé », « abrégé » ; « planning » et « plan de travail », « planification », prévision », « planigramme », « échéancier » ; « play-off » et « barrage », « série éliminatoire » ; « porter un toast » et « boire à la santé de » ; « prérequis » et « préalable » ; « prime time » et « heure de grande écoute » ; « private joke » et « blague intime » ; « profitable » et « rentable », « lucratif » ; « punchline » et « phrase forte », « réplique percutante » ; « queer-bashing » et « chasse aux pédés » (exact équivalent mais trop violent pour le politiquement correct) ; « random » et « aléatoire » ; « ranking » et « classement » ; « room service » et « service d’étage » ; « sampler » et « échantillonneur » ; « schedule » et « programme », « prévisions », « plan », « horaire », « barême » ; « être scotché » et rester interdit » ; « serial killer » et « tueur en série » ; « shopping mall » et « galerie commerciale ou marchande » (« mall » vient directement du français « mail ») ; « single room » et « chambre à un lit » ; « skate board » (ou « skate ») et « planche à roulettes » ; « spa » (du nom de la ville belge) et « station thermale », puis « baignoire à bulles » ; « spin doctor » et « façonneur d’image » ; « être en stand-by » et « être en attente » ; « storytelling » et « mise en récit » ; « superglue » et « colle forte » ; « trekking » (mot afrikaans) et « randonnée » ; « van » et « fourgonnette », « warm-up » et « échauffement » ; « what the fuck ! » et « c’est quoi ce bordel ? » (« merdier », « délire ») ; « work in progress » et « travail en cours » (« création évolutive » ; « wrap » et « roulé ».

 

La différence, c'est qu'il n'y a pas de différence !

 

 

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II- Lorsque les anglicismes changent le sens des mots français, c'est évidemment catastrophique pour nous car nous sommes en plein “ aliénation langagière ” (Henri Gobard).

 

En anglais, « activist » signifie « militant ». En français, l’activisme est une méthode préconisant l’action directe. Il s’agit donc d’une démarche assez violente (l’activisme de l’OAS). Hé bien, désormais, activiste s’utilise à la place de militant. Il n’y a plus d’ordre du jour en français, que des agendas. Car « agenda » signifie ordre du jour, sens qu’il avait autrefois (ce qu’il faut faire aujourd’hui : agenda diei), et non le carnet qui nous accompagne dans la vie de tous les jours. En bon français, une alternative, ce sont les deux aspects d’un même problème : soit je vais au cinéma, soit je reste chez moi. Un chant alternatif nous permet d’écouter deux chœurs, deux chanteurs, deux instruments chantent ou jouent alternativement, en se répondant. Mais, en anglais « alternative » est une solution de rechange, une contrepartie, une autre possibilité. Donc … Le verbe anglais « to complete » ne signifie pas « compléter ». Mais désormais, certains francophones utilisent « compléter » à la place d’« achever », « terminer », « remplir ». Le « dédié à » m’horripile car les Anglais n’utilisent pas les expressions crétines du style « espace dédié ». Mais depuis que des massacreurs du français ont repéré le verbe « to dedicate », ils ont oublié « spécialisé dans », « consacré à », « conçu pour », « voué à », « dévolu à ». Dans les médias, un autre glissement fait des malheurs : « éditer » (« to edit ») à la place de « mettre en forme ». On ne passera pas sous silence l’horrible « éligible » (en bon français « qui peut être élu » dans une élection). Aujourd’hui, si vous êtes « éligible » à la fibre », c’est que vous n’habitez pas un trou perdu et que vous êtes « raccordable » (ou « qualifié » ou « admissible »). En anglais, « to initiate » signifie à la fois « lancer », « amorcer » et « initier ». Naturellement, le français d’aujourd’hui a adopté le premier sens qu’il n’avait pas jusqu’à il y a peu alors qu’il dispose de « débuter », « engager », « mettre en place », « inaugurer », « instaurer », « fonder ».

 

Saint-Orens : Les Éditions Henri Goursau, 2015.

 

(à suivre)

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