DSK/Nafissatou Diallo

Je viens de regarder le film de Jalil Lespert consacré à l'affaire DSK. C'est plutôt bien fait. Je ne m'étais jamais fait la réflexion que l'“ échange ” entre les deux personnes s'est fait en anglais alors qu'ils étaient tous les deux francophones.

Je fais l'hypothèse que, en français, les choses se seraient passées autrement, ne seraient peut-être pas allées aussi loin. Cet échange s'est déroulé dans une idiome désincarné qui a permis à l'agresseur d'être dans la distance par rapport à un être humain qu'il a considéré comme un objet. Si Nafissatou avait su qui il était et qu'il était, comme elle, francophone, elle lui aurait parlé dans sa langue, ce qui l'aurait désarçonné et il aurait été encore plus nu qu'il n'était physiquement.

On peut se protéger lorsqu'on parle une langue étrangère, ne serait que parce qu'elle est “ étrangère ”. En latin, extraneare c'est traiter quelqu'un comme un étranger. C'est ce qu'ont fait, sans en être pleinement conscient, DSK et Diallo avec, en plus, de la part de l'assaillant, la problématique du droit de cuissage. C'est d'ailleurs ainsi qu'avaient spontanément réagi certains amis de Do comme Jean-François Kahn qui avait parlé d'un “ troussage domestique ”, en le regrettant par la suite.

La communication par le langage n'existe que si elle signifie. Lorsqu'on parle une même langue, on ne peut pas ne pas échanger. C'est possible lorsqu'on parle une langue étrangère. Si DSK et Diallo s'étaient exprimés en français, ils auraient ressenti que, quelque part, ils avaient une identité en commun.

Nous savons depuis les Évangiles qu'au commencement était le Verbe. Lorsqu'il n'y a pas de Verbe, il n'y a pas de commencement. Nous n'existons pas en tant qu'humains pensants.

 

 

DSK/Nafissatou Diallo

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