Bernard Cauet

 Ces dernières années, il fut, si je puis dire, le correspondant de mon blog overblog en Côte d’Ivoire et dans le Lot-et-Garonne. Il m’envoyait des textes savoureux, à l’écriture élégante et précise, celle des bons instits’ de la IVe République. Je les publiais anonymement car il ne souhaitait pas que son nom apparaisse. Comme celui-là, ocelui-ci. Sans parler de ces deux textes formidables sur le rugby “ profond ”, le premier, et le second.

 

Nous nous connaissions depuis le milieu des années cinquante. Mes grands-parents avaient acheté la maison de ses parents à Monclar d’Agenais. La famille Cauet avait alors emménagé dans l'appartement de la Poste de Monclar, dont la mère de Bernard était la receveuse. Deux ou trois fois par semaine, Bernard se rendait auprès de mon grand-père, directeur d’école d’application en retraite, pour réviser ses maths. Comme mon aïeul était très bavard, il avait fini par connaître ma famille aussi bien que la sienne ! Bernard fréquenta l’école primaire du village, puis le collège de Villeneuve-sur-Lot.

 

 

Il se dirigea très naturellement vers la profession d’instituteur. Lorsqu’il s’est agi de satisfaire aux obligations du service militaire, il partit comme VSNA en Côte d’Ivoire. Il fut conquis par ce pays, qui devint sa vraie patrie, et par ses habitants qui l’adoptèrent, et que lui-même adopta.

 

 

Je le retrouvai en Côte d’Ivoire au milieu des années soixante-dix. Il occupait un poste très sensible à la Direction des Examens. Nous partagions régulièrement un tiep bou djien ou un poulet yassa. Je savais qu’il ne rentrerait plus jamais en France, sauf pour les vacances. D’autant que, plus tard, il épouserait une enseignante ivoirienne qu’il aiderait à gérer une école primaire dans un quartier populaire d’Abidjan.

 

 

Nous étions restés quelques années sans correspondre. La vie, quoi ! Un soir, il me téléphone d’Abidjan. « J’ai découvert ton blog », me dit-il. « Je viens de passer la semaine à lire tous les articles, sans exception, du début jusqu’à aujourd’hui. » Cela représentait au moins deux mille pages. On ne s’est plus lâchés depuis.

 

 

En mars dernier, sa sœur cadette rencontra Pierre Lemaitre lors d’une séance de signature à Barcelone. Elle lui dit ce qui nous liait dans ce tout petit monde. Surprise de Lemaitre, bien sûr.

 

 

Fin octobre, comme je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis quelques temps, je lui envoyai un très bref « Quoi de neuf, ça va bien ? » qui resta bizarrement sans réponse. Bernard était mort, frappé par une maladie foudroyante. Il avait 74 ans.

 

 

Ma mémoire est pleine de lui, de la lumière du Lot-et-Garonne, des habitants de Monclar – les Guyennais pur sucre comme les immigrés – qu’il racontait comme personne en en faisant des personnages de roman, de la touffeur de la lagune Ébrié, des « 166 logements » à Cocody où il aura passé la plus grande partie de sa vie.

 

 

Il repose chez lui, en paix car c’était un homme de paix, dans le grand cimetière de Williamsville, au nord d’Abidjan.

 

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