Fliquer toujours plus l'université française : l'exemple de Poitiers

Ce qui suit reflète parfaitement la manière dont fonctionne la France macronienne. Nous sommes ici dans la Faculté de Lettres et Langues de l'université de Poitiers, où j'ai enseigné pendant 20 ans et que j'ai quittée il y a dix ans. Une éternité, donc.

 

Je n'ai pas connu ce flicage des enseignants et des personnels administratifs, et pourtant j'ai travaillé dans une institution sérieuse et efficace. Les aménagements (j'utilise un terme modéré) fort bien décrits par la section SUD Education et Recherche 86 ont été imposés de manière non démocratique et ne servent strictement à rien, si ce n'est à humilier les universitaires et les administratifs et à faire des économies de bout de chandelle. Le capitalisme financier cher aux macroniens aménage toujours plus d'espaces de libertés pour les actionnaires, comme quand il exige et obtient la légalisation du secret des affaires. En revanche, le secteur public est chaque jour davantage réduit à la portion congrue, l'objectif final à moyen terme étant de le faire disparaître pour laisser la place à un ensemble d'exécutants taillables et corvéables à merci, sans aucun espace de liberté et d'initiative.

 

Si l'on se place au niveau prosaïque – et vulgaire – des responsables de cette faculté, on découvre sans peine que de l'argent pour les imprimantes, en France, il y en a : 300 milliards de fraude fiscale, 5 milliards de cadeaux aux actionnaires, 4 milliards de cadeaux pour les “ victimes ” de l'ISF, des milliards de charges (plus exactement : de cotisations) sociales impayées par les entreprises. Sans parler du CICE (20 milliards d'euros par an) qui dépouille le secteur public et les contribuables au profit des entreprises privées et publiques alors qu'il était censé être une incitation à l'embauche, n'est-ce pas La Poste, n'est-ce pas Radiall, l'entreprise du patron du Medef, qui a touché plusieurs millions d'euros sans embaucher qui que ce soit ?

 

 

 

Reporting (1) syndical

 

 

 

Un projet de réorganisation des services retoqué par le conseil d'UFR Lettres&Langues revient insidieusement par la fenêtre : comment l'administration – avec ses as du management – et la direction de l'UFR Lettres & Langues parviennent à leurs fins...

 

 

Rappel des faits, d'abord. A l'automne 2017, la responsable administrative, soutenue par la direction de l'UFR de Lettres et Langues, présente un projet de restructuration des secrétariats, géographique et administrative. Les secrétaires, dont les bureaux se trouvent dans les divers départements de l'UFR, doivent être regroupés dans un open space divisé en boxes par des panneaux amovibles. Cette réorganisation spatiale s'accompagne d'une restructuration des missions des secrétaires, qui devraient désormais être placés sous le contrôle renforcé d'une responsable de scolarité. Malgré l'absence de concertation, le projet est déjà bien avancé, puisqu'un architecte d'intérieur est convoqué pour présenter ses propositions.

 

 

Le projet fait l'objet d'un refus massif au conseil d'UFR du 26 octobre 2017 : les représentants BIATS et une majorité d'enseignants s'y opposent. Cependant, dans les semaines qui suivent, il s'avère que l'administration et la direction de l'UFR ne lâchent pas le morceau de la réorganisation des services : il n'est certes plus question d'open space, chaque secrétaire aura son bureau, néanmoins tous les secrétariats doivent être regroupés sous l'autorité directe d'un responsable de scolarité, et le secrétariat des RI de l'UFR doit également être rattaché à la scolarité. Les justifications avancées sont fumeuses : difficulté pour la chef de service ou les étudiants de circuler entre des services administratifs éclatés dans l'UFR (!), nécessité d'améliorer la communication entre la scolarité et les divers secrétariats (en particulier celui des RI, dont les secrétaires estiment pourtant n'avoir aucun problème de communication avec leurs collègues)... Il convient ici de préciser que l'ensemble de la communauté enseignante de l'UFR, qui travaille en étroite collaboration avec les secrétaires, estime l'organisation actuelle parfaitement efficace et satisfaisante. Le projet est inscrit à l'ordre du jour du CTE du 22 janvier 2018, sans même avoir été soumis au vote du conseil d'UFR (et malgré l’avis négatif majoritairement exprimé au conseil d’UFR du 26 octobre face aux arguments oiseux de l’administration), comme l'exigerait le fonctionnement démocratique des instances universitaires. Alertés par les personnels administratifs et enseignants de l'UFR L&L, les élus du CTE refusent de se prononcer sur la question tant que le conseil d'UFR n'aura pas voté. Elle est renvoyée au conseil d'UFR du 1er février 2018 dont les membres élus, sans surprise, se prononcent contre le projet de réorganisation des services, qui est donc abandonné... en principe.

 

 

Mais, coup de théâtre ! Lors du conseil d'UFR du 23 mai 2018, on apprend à la surprise générale que les secrétaires auraient « demandé » à être réunies dans des bureaux situés au 1er étage du bâtiment C, supervisées par la responsable de la scolarité. Comment expliquer cet étonnant revirement ?

 

 

Il s'avère que leur « demande » n'a rien eu de spontané. En fait, l’administration a allégué un prétexte purement matériel (qui serait par conséquent « non politique ») pour convaincre des personnels de quitter leurs bureaux actuels : la nécessité de faire des économies et l'impossibilité de fournir désormais une imprimante à chaque secrétariat... Ces personnels ont ainsi été mis devant le choix suivant par leur hiérarchie : rester dans leur bureau sans imprimante ou accepter de déménager à proximité d’une imprimante. On est en droit de se demander comment on peut justifier le fait de supprimer l’imprimante d’un secrétariat. Soit : 

 

          A. la secrétaire n’en a pas besoin pour travailler (!) 

 

          B. l’usage de l’imprimante par une secrétaire va mener sa composante au bord de la faillite 

 

          C. c’est un moyen un peu sournois de l’obliger à déménager en contournant un vote de conseil d’UFR...

 

C'est alors que par solidarité, l’ensemble des gestionnaires de formation ont demandé à rejoindre leurs collègues déplacés. Et, sans même attendre que la deuxième session soit passée, le déménagement a commencé… Cette réorganisation à marche forcée n’a pas affecté que les secrétaires : plusieurs enseignants ont été délogés de leur bureau pour leur céder la place, sans même avoir été consultés ni mêmes avertis pour certains d’entre eux ! Soit dit au passage, c'est étonnant qu'on ne puisse assumer le coût annuel de quelques imprimantes (cartouches, éventuelle maintenance), mais qu'il y ait l'argent pour financer les travaux de rénovation auxquels le réaménagement va donner lieu...

 

 

Nous précisons que ce courrier est écrit à la seule initiative de SUD Education & Recherche 86, qui juge nécessaire d'informer la communauté universitaire de certains procédés et de leurs effets néfastes sur les personnels – démarche qui ne devrait pas poser de problème dans une université qui prétend se soucier du « mieux-être au travail ». Nous resterons néanmoins vigilants, en tant que syndicat intercatégoriel, pour éviter toute tentative d'intimidation ou de réprimande envers les secrétaires de la part de leur hiérarchie à la suite de ce courrier, comme cela s'est déjà produit depuis le début de ce bras de fer. Informer ou parler autour de soi de ses conditions de travail est un droit ; qu'on doive ici le notifier en dit long sur les atmosphères détestables qui pèsent actuellement sur des personnels pourtant dévoués et irréprochables.

 

 

SUD Education et Recherche 86, section Enseignement Supérieur et Recherche /université de Poitiers & CNRS, Poitiers le 7 juin 2018

 

 

1 Technique de management que l'administration souhaite mettre en place à l'UFR L&L, comme nous l’avons appris au Conseil d’UFR du 23 mai 2018 ; le reporting consistera, pour les secrétaires (départements et scolarité), à rendre compte de leur activité de façon détaillée, toutes les semaines, à leur supérieur hiérarchique. Officiellement destiné à améliorer l'efficacité du service, il peut aussi constituer un bon outil de flicage et renforcer l'emprise de la hiérarchie sur les personnels.

 

Fliquer toujours plus l'université française : l'exemple de Poitiers

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