Les mots chéris des médias et des politiques (6)

Ah, le “débat” mis à toutes les sauces. Surtout dans des phrases négatives: ”Il n’y a pas de débat.” Circulez, pas de discussion, ce que je dis est parole d’Evangiles, incontestable.

 

Débat est un déverbal de débattre, qui l’a précédé de deux bons siècle (1050). Dans débat, il y a battre, donc une certaine idée de violence. Il faut se méfier du débat : “ Il s’appliquait à ne pas passionner le débat, à lui garder un tour spéculatif ” (Roger Martin du Gard). En même temps, un débat implique une certaine organisation au préalable et un certain objectif a posteriori. Les débats les plus âpres sont peut-être les débats intérieurs, qui taraudent nos consciences parce qu’ils sont cornéliens.

 

La politique adore les débats : voir les débats parlementaires qu’on espère sans incidents et qu’il faut bien clôturer. Le Journal des Débats fut le premier organe de presse à rendre compte de ce qui se passait au Parlement. A noter également une acception purement juridique : le débat est “ la phase du procès qui débute par les plaidoiries des avocats et les conclusions du Ministère public et qui s’achève par la clôture prononcée par le Président avant de rendre le jugement ”.

 

En janvier 2019, le banquier éborgneur a organisé un “ grand débat national ” en espérant éteindre la révolte des gilets jaunes et des travailleurs en lutte en général, durant lequel il a beaucoup parlé. Il avait sûrement choisi le vocable “ débat ” en pensant qu’il fallait libérer un peu la parole des  gueux, des alcooliques et de ceux qui regardent passer les trains – le peuple vil selon lui. Mais de ce grand débat, la lumière n’a point jailli. Pas même une petite étincelle d’intelligence politique chez nos responsables. 

 

Les mots chéris des médias et des politiques (6)

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