Le café drôle

 La catastrophe qui a frappé Notre-Dame m’a remis en mémoire une anecdote bien prosaïque (on ne peut rien contre les associations d’idées).

La scène se passe dans le grand amphithéâtre de la Faculté des lettres d’Abidjan dans les années 80. Je donne un cours d’histoire de la Grande-Bretagne à 300 étudiants de licence. En anglais. J’ai abordé récemment le Moyen Âge, donc le temps des bâtisseurs. Je leur dis que, dans telle ville, un grand édifice religieux est en construction. Ils éclatent de rire. Je leur demande la raison de cette soudaine hilarité.

— Ah, Monsieur, vous venez de nous parler d’un « café drôle » et on se demande bien pourquoi.

Certes, je réside et travaille dans le pays premier exportateur de café au monde mais je ne comprends pas leur remarque. Je m’apprête à poursuivre ma narration lorsque, soudain, je comprends. Je viens de dire : « A cathedral was built » (on a construit une cathédrale). Et ils ont entendu, stupéfaits, « un café drôle ».

 

Sans me lancer dans un cours de phonétique de trois heures, je dirai qu’il n’y avait aucune raison objective à cela. Le “ ca ” de “ cathedral ” ne se prononce pas comme le “ ca ” de “ café ”. Le “ th ” de “ cathedral ” est différent du “ f ” de “ café ”. Dans “ café ”, il y a un léger accent tonique sur la première syllabe. “ Cathedral ” comporte un accent tonique majeur sur la deuxième syllabe.

Et pourtant ces étudiants ont entendu ce qu’ils ont entendu. La raison est que, lorsqu’on écoute une langue étrangère, on n’entend pas ce que l’on est capable d’entendre mais ce que l’on est capable de reproduire. On entend avec la gorge (pharynx, larynx).

 

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