Pour en finir avec les radars et les caméras vidéos

Pour en finir avec les radars et les caméras vidéos

 

 

On a tous repéré cette annonce rassurante placée en dessous d’une caméra vidéo : « Pour votre sécurité ». Notre sécurité n’a rien à voir avec les 25 millions de caméras vidéos qui, comme Big Brother – environ 6 millions au Royaume-Uni, une pour onze habitants – nous regardent de par le monde.

 

La vidéo surveillance a commencé en Grande-Bretagne dans les années 1970. Il s’agissait, en principe, de prévenir les attentats terroristes de l’IRA. Très préoccupée – à bon droit – par ces attentats, la population a volontiers accepté ce système de surveillance que l’on trouve désormais partout, y compris dans les hôpitaux et les écoles.

 

Aux Etats-Unis, ce sont bien sûr les attentats du 11 septembre 2001 qui ont multiplié les caméras vidéos. Il est difficile de connaître le nombre de caméras en activité dans la mesure où la surveillance est largement privée. Les caméras se de plus en plus perfectionnées : elles zooment, parlent, sont en couleur. Certaines se déplacent à bord de camionnettes.

 

Les deux cents tués et les mille neuf cents blessées des attentats de Madrid en mars 2004, les 56 morts et 784 blessés des attentats de Londres en juillet 2005, les 86 Niçois massacrés par le terroriste islamiste Mohammed Lahouaiej-Bouhlel au volant de son camion, les New Yorkais victimes des frères Tsarnaïev ont eu beau savoir qu’ils vivaient dans quatre des villes les plus surveillées au monde, cela ne les a pas empêché de mourir. La fonction des caméras vidéos n’est en aucun cas de nous protéger, ni même de veiller à notre « sécurité » mais de nous surveiller. Ces caméras permettent à la police – ce qui n’est pas rien – d’intervenir plus rapidement et de retrouver les criminels après que les forfaits ont été commis.

 

Les caméras vidéos portent atteinte à notre vie privée. Au Royaume-Uni, une personne est filmée au moins 300 fois par jour. Les séries policières, où le bien l’emporte sur le mal, ancrent dans l’esprit des gens que c’est une bonne chose puisqu’on retrouve toujours les méchants. La “ CCTV ” est en tout état de cause inefficace car, comme on ne peut pas en placer tous les deux mètres, les délinquants commettent leurs forfaits dans les angles morts et dans les endroits où il n’y en a pas.

 

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La fonction des radars n’est pas d’améliorer la sécurité des usagers de la route mais, comme les caméras, de surveiller, de conditionner, ce persuader que Big Brother est non seulement nécessaire mais naturel.

 

La France compte 4 700 radars. Le Danemark 14. Le nombre de victimes de la route y est proportionnellement inférieur à ce qu’il est en France. En Grande-Bretagne, la vitesse sur les routes secondaires est limitée à 96 km/h (80 en France). La mortalité routière y est la plus faible de toute l’Union européenne. 96% des PV sont dressés pour des PV n’excédant pas 10 km/h. En perdant 1 point de-ci delà, on se retrouve vite sans permis. Malheur aux professions pour qui la voiture est vitale (commerciaux, infirmières) et aux millions de citoyens qui doivent faire 40 km pour rejoindre leur travail! En décembre 2015, 2016, 2017, les radars tournaient à plein régime. Il y eut plus de 300 morts ces années-là. En 2018, 60% des radars étaient hors service. Il eut à déplorer 290 morts. L’alcool au volant est la première cause de mortalité en France : environ 30%. Les mauvaises infrastructures routières sont la cause de 40% des accidents mortels.

 

Pour perfectionner ce système inefficace pour ce qui est de la sécurité, le gouvernement a pour objectif de multiplier par 6 les PV par l’entremise de voitures-radars banalisées et conduites par des chauffeurs privés, employés de sociétés privées. Il va poursuivre l’installation de radars-tourelles : 1 200 d’ici fin 2020 à raison de 145 000 euros l’unité. Ces radars peuvent flasher à 100 mètres de la voiture et repérer des infractions à l’intérieur des voitures. Combien d’accidents, mortels ou pas, seront causés par le stress dû à ce flicage toujours plus pesant ?

 

 

 

 

Pour en finir avec les radars et les caméras vidéos

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