Les mots chéris des médias et des politiques (28)

 

 

 

Traçabilité

 

En anglais, « to trace » signifie tracer, esquisser, dessiner (tracing paper = du papier à décalquer). Par extension, suivre la trace, dépister, retrouver.

 

Le mot « traçabilité » date de 1994. Il a été emprunté à l’anglais « traceability » qui date de 1891. Il implique la possibilité d’identifier un produit, son origine, son évolution.

 

D’abord utilisé pour les animaux, pour un steak de bœuf dont on veut connaître la vie depuis l’abattage de la bête jusqu’à la mise en vente chez le boucher, on l’applique désormais aux humains. Toujours pour la bonne cause, bien sûr. Depuis les attentats de 2015, la France a réclamé et obtenu les données des dossiers passagers (passenger name record, PNR). Pour, prétendument, prévenir et détecter des velléités terroristes et d’autres formes de criminalité. Les données donnent tous les détails d’un voyage pour des passagers voyageant ensemble. Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ont adopté le système de surveillance Semaphore. Après des années de tergiversation, la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen a adopté un fichier identique.

 

Dans les années 1980, cette traçabilité fut rendue célèbre par l’épisode fou de la vache folle. Il n’était pas aberrant que le pays le plus fliqué d’Europe, la Grande-Bretagne, comptât le plus grand nombre de « mad cows ». Ce qui était un peu embêtant pour nous vu les importations considérables de viande d’outre-Manche. C’est pourquoi nos bouchers nous proposent désormais de véritables cartes d’identité pour le moindre steak que nous achetons. Il n’y a pas si longtemps, on se contentait de traquer du gibier ou des criminels en fuite. Maintenant, on trace des œufs ou de la crème fraîche.

 

capture-d-ecran-2020-11-20-a-07-37-45

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.