Bernard Gensane
Retraité de l'Éducation nationale
Abonné·e de Mediapart

945 Billets

1 Éditions

Billet de blog 21 févr. 2021

Frédérique Vidal voit des islamo-gauchistes partout (et privatise l’université)

Bernard Gensane
Retraité de l'Éducation nationale
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Alors que l’on a compté récemment plusieurs suicides chez les étudiants, que nombre d’entre eux crèvent littéralement de faim et que l’avenir semble bouché à la majorité de tous ces jeunes, la ministre Frédérique Vidal a demandé au CNRS – qui n'a pas apprécié cette patate chaude – d’enquêter sur l’islamo-gauchisme dans l’université.

Que le gouvernement ait fait mine de critiquer cette démarche ne trompe personne : elle s’inscri(vait) dans le cadre d’une politique générale de flicage de la population, de la jeunesse plus particulièrement. Mais pas uniquement. Si cette enquête avait pu se dérouler selon les vœux de la ministre et du banquier éborgneur, c’est tout le corps enseignant qui eût été épié de près puis mouchardé. 

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a eu une carrière de chercheuse plus qu’honorable. Mais elle fait partie de ces quinquagénaires sans complexes pour qui l’idéal républicain est une vieille histoire à consulter dans les livres de Marc Bloch quand on a le temps. Elle fait partie de ces universitaires pour qui les concours nationaux sont une survivance du passé – après tout, il n’en existe pas outre-Atlantique –  et qui rêvent de manipuler des millions.

Avant d’être appelée au gouvernement, Frédérique Vidal avait présidé l’Université de Nice. Son initiative la plus remarquée fut l’instauration de « diplômes d’établissement » acquis en deux ans pour la modique somme de 4 000 euros alors que les diplômes usuels, comme les masters, coûtent 256 euros de frais d’inscription. Vidal a donc transformé – au nom de « l’expérimentation », naturellement – une formation qui était publique, et donc presque gratuite, en une formation payante mais qui pourront recevoir une équivalence nationale.

Comment mieux privatiser sans vergogne une université, par ailleurs exsangue, qui recrute à tour de bras des personnels sans statut percevant des salaires de Zimbabwéens ? Comment faire payer aux étudiants, et à leurs parents, le remplissage des caisses vides de l’université – en attendant, demain, celles des lycées puis des écoles primaires – alors que que cela doit rester l’apanage de l’État ?

PS : Rappelons que Vidal a confié l’organisation de tests d’anglais à l’université à une entreprise immatriculée à Chypre et adepte de l’optimisation fiscale, pour plus de 8 millions d’euros par an. 

Par ailleurs, les nominations et promotions des enseignants du supérieur sont décidées par le Conseil national des universités (CNU), un organe démocratique composé d'universitaires élus par leurs pairs. Au service des désidérata du banquier éborgneur, Vidal veut vider ce conseil de sa substance, l'empêchant, par exemple, de se prononcer sur la nomination des professeurs des universités (en attendant celle des maîtres de conférences). Ceux-ci seraient choisis par les universités elles-mêmes, selon des critères locaux et changeants (d'une élection du président à une autre). C'est ce qui se passe dans des “ grands ” pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne. L'objectif final – et à peine caché – du banquier étant que cette procédure soit appliquée à tous les recrutements dans l'Éducation nationale.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les Ukrainiens écartelés entre la dureté des batailles, les tourments de l’exil et la peur de rentrer
L’Ukraine, qui entre dans son quatrième mois de guerre, a pour le moment échappé au pire : l’invasion totale du territoire national. Mais le pays reste déchiré, entre celles qui ont fui à l’étranger la menace russe, celles qui rentrent d’un exil forcé, parfois dans une grande détresse matérielle, et ceux qui se battent, à l’est et au sud.
par Mathilde Goanec
Journal — France
Législatives : dans le Sud, le pas de deux des identitaires et du RN
À Nice, Menton et Aix-en-Provence, trois figures des identitaires se présentent aux élections législatives sous les couleurs d’Éric Zemmour. Le RN présente face à eux des transfuges de la droite et fustige leur radicalité, alors qu’ils étaient membres du parti quelques mois plus tôt.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Redon : un mutilé, les fautes du ministère de l’intérieur et la justice qui enterre
Le 19 juin 2021, en Bretagne, lors d’une opération menée pour interdire une rave party, Alban, 22 ans, a eu la main arrachée par une grenade tirée par les gendarmes. Le 11 mars 2022, le parquet de Rennes a classé sans suite. Pourtant, l’enquête démontre non seulement la disproportion de la force mais les responsabilités de la préfecture et du ministère de l’intérieur. Mediapart a pu consulter des SMS et des appels aux pompiers, accablants, enterrés par le procureur de la République.
par Pascale Pascariello
Journal
La majorité se montre embarrassée
Après les révélations de Mediapart concernant le ministre Damien Abad, visé par deux accusations de viol qui ont fait l’objet d’un signalement à LREM le 16 mai, la majorité présidentielle peine à justifier sa nomination au gouvernement malgré cette alerte. La première ministre a assuré qu’elle n’était « pas au courant ».
par Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Déblanquérisons l'École Publique, avec ou sans Pap Ndiaye
Blanquer n'est plus ministre et est évincé du nouveau gouvernement. C'est déjà ça. Son successeur, M. Pap Ndiaye, serait un symbole d'ouverture, de méritocratie... C'est surtout la démonstration du cynisme macronien. L'école se relèvera par ses personnels, pas par ses hiérarques. Rappelons ce fait intangible : les ministres et la hiérarchie passent, les personnels restent.
par Julien Cristofoli
Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran