Des radars orwelliens

Dans le monde de 1984, on est (et naît) coupable. En d’autres termes, l’essence précède l’existence. Dans ce monde, on ne parvient pas à se situer dans l’espace-temps. Ainsi les horloges sonnent-elles treize heures (voir mon article “ Espace-temps et langage dans 1984, Poitiers, La Licorne n° 28, 1994).

 

Dans la French start-up du banquier éborgneur, il en va de même. Comme un radar n’est pas un radar mais beaucoup plus qu’un radar, on ne sait pas si on est coupable ou innocent, donc on est coupable même et surtout si on se sent innocent.

 

Le gouvernement du banquier va faire voter par le parlement 190 millions d'euros de dépenses pour un nouveau plan de radars pour verbaliser massivement et traîtreusement. 

 

Les radars fixes actuels vont être remplacés par des “ radars tourelles ” qui flashent 100 mètres devant – avant même qu'on soit conscient de leur existence– et 100 mètres derrière, sur 6 voies en même temps et qui pourront traquer les infractions jusqu'à l'intérieur des voitures.

 

Ces radars seront déplaçables sans préavis. Les flashs de ces radars seront invisibles.

 

Le banquier veut par ailleurs déployer des voitures-radars banalisées, qui nous traqueront jour et nuit dans quatre régions de plus. Ces régions sont gardées secrètes.

 

L’important est que tous les conducteurs sans exception soient constamment en alerte et coupables.

 

Rappelons ces statistiques banales et tellement simples à interpréter : décembre 2015, 2016, 2017, avec les radars fonctionnant normalement, 311 morts en moyenne sur les routes. Décembre 2018, avec 60 % des radars hors service, seulement 292 morts sur les routes. Depuis, la mortalité routière est stable, alors que de nombreux de radars sont toujours hors service.

 

 

 

Des radars orwelliens

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.