Comment réussir en politique ?

Jean-Michel baylet a enfin été nommé ministre. Sa première action d'envergure aura été de s'installer (pour quelques mois, donc) dans un des plus beaux hôtels de la République. Néanmoins, je reprends ici un article plutôt sympathisant publié sur mon blog overblog en décembre 2012.

 

Valence d’Agen. Petite ville du Tarn-et-Garonne. Sous l’imposante halle “ Jean Baylet ”, le cirque de Noël s’est installé. Comme chaque année depuis quatre ans. Les numéros commencent mezzo. Puis, que du bon et du très bon. À l’entracte, des bénévoles vendent des gaufres. Un bénévole les sucre. Je le reconnais et ne suis qu’à moitié étonné : il s’agit de Jean-Michel Baylet. Il a été maire de Valence pendant vingt-cinq ans, après son père et sa mère. Son père (le plus jeune maire de France à l'âge de vingt-six ans) est mort tragiquement à cinquante-quatre ans. Sa mère, Évelyne, aura cent ans cette année. De par leurs fonctions politiques, mais surtout en tant que patrons du groupe de presse de La Dépêche du midi, Jean et Évelyne ont joué un rôle considérable sous la IVè République. De nombreux ministères se sont faits ou défaits dans leur appartement parisien. Évelyne a abandonné sa dernière fonction de patronne de presse à quatre-vingt dix-neuf ans.

Jean-Michel fut ministre de Mitterrand. Sénateur, il préside le Parti des Radicaux de Gauche et le Conseil général du Tarn-et-Garonne.

Il est là devant moi et sucre des gaufres. Il fait partie de ces gens, rares, qui, physiquement, sont mieux en réalité qu’à la télé. Il est grand – disons ma taille –, plus mince qu’en photo, très naturel, très simple, et il fait le boulot gentiment. Si le cirque est là, c’est uniquement grâce à lui. Si les gaufres sont sucrées, c’est, également, uniquement grâce à lui. À ses côtés, des jeunes et des moins jeunes qui font et vendent les gaufres. L’ambiance dans le stand est très conviviale. Mais comme je ne suis pas né de la dernière pluie, je sais bien que tous et toutes lui doivent quelque chose. Quand une famille règne sans partage depuis quatre-vingts ans (la période de la Deuxième Guerre mondiale exceptée) sur une ville de cinq mille habitants, on n'est forcément pas très éloigné du système féodal.

 

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J’attends la fin de la vente et je m’approche de lui.

—   Monsieur Baylet, bonjour.

— Bonjour.

— Vous souvenez-vous de P. B. ?

Il s’en souvient parfaitement, mais comme il ne m’a jamais vu et qu’il ne s’attendait pas à cette question, il hésite un dixième de seconde, pas plus.

—   Le maire de C. ? Évidemment.

—   Pardon : l’ancien maire de C., P. B., est décédé en 1991. Deux de ses filles sont dans la salle.

—   Oui, je sais.

 Il sait tout. Il a reconnu un à un les quinze cents spectateurs. Mais il ne sait pas que je suis le gendre de la fille aînée de P.B. Je me présente. Pendant quelques secondes, il se détend :

 —   Je n’ai jamais oublié un seul de mes amis. P. B. nous a beaucoup aidés chez les Radicaux de Gauche. Il a fait du bon travail. C’était d’autant plus méritoire qu’il n’était pas originaire de la région.

 Et puis il se retend : comme je suis le gendre de la fille aînée, je sais que le maire de C. était un homme viscéralement de droite, tout en ayant la carte des Radicaux de Gauche. Le 10 mai 1981, il avait failli avoir une attaque. Je sais bien d’autres choses, pas forcément pendables d’ailleurs. Alors, il se referme et n’en dira pas plus à cet inconnu qui a presque son âge et qui parle « pointu ».

 Pour être élu, et surtout réélu, il faut deux qualités : il faut tout savoir, tout retenir, et il faut être gentil.

 Jean-Michel Baylet possède ces deux dispositions au plus haut point.

Je n’ai pas pris la carte des Radicaux de gauche. Il ne me l’a d’ailleurs pas proposée.

 

PS : J'ai une affection toute particulière pour La Dépêche du Midi. Un de mes grands-pères (Rad-Soc, évidemment) fut son correspondant local pour le village de Monclar (d'Agenais) et j'y ai publié une photo (celle d'un four à pruneaux) en 1958. Prise avec un Brownie Flash. Tonton Bernard, raconte-nous Nicéphore Niepce...

PPS : Un Rad-Soc dans les années cinquante, c'était un peu l'équivalent d'un garde rouge pour un socialiste d'aujourd'hui.

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