Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Dans les années soixante, la ville de Lyon a consacré ce monument aux frères Lumière.

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Les deux frères furent assurément des inventeurs de génie (170 brevets) mais, contrairement à ce qui est gravé dans la pierre, ils ne furent pas les inventeurs du cinématographe. En revanche, ils organisèrent la première projection collective gratuite de films photographiques sur grand écran le 22 mars 1895 à Paris.

 

Par parenthèse, les Lumières furent des experts en fascisme. Louis proclama son « admiration » pour Benito Mussolini et prôna la collaboration : « Il faut que les conditions imposées par le vainqueur ne laissent pas un ferment d'hostilité irréductible contre lui. Nul ne saurait mieux atteindre ce but que notre admirable Chef d'État. » Parenthèse dans la parenthèse, la manière dont les Universités Lyon II et Lyon III ont été baptisées par les universitaires m’a toujours laissé pantois. Les gens de gauche et d’extrême gauche de Lyon II voulurent l’appellation “ Université Lumière Lyon II ”, tandis que les gens de droite et d’extrême droite (avec quelques révisionnistes dans le lot) choisirent “ Université Jean Moulin Lyon III ”.

 

Des deux côtés de la Manche et de l’Atlantique, ils furent quelques-uns à vouloir être les « premiers » inventeurs du cinématographe. Celui qui franchit la ligne largement en tête fut le français Louis le Prince, qui vivait et travaillait dans le Yorkshire et qui présenta son invention à Leeds en octobre 1888. On peut voir le premier film (trois ans avant Edison et sept ans avant les frères Lumière), environ 2 secondes et demi, ici. La scène est tournée le 14 octobre 1888 dans le une demeure bourgeoise près du jardin de Roundhay à Leeds. La date du tournage est incontestable : la vieille dame du film n’est autre que la belle-mère de Louis Le Prince, qui décéda à 72 ans le 24 octobre 1888 et fut inhumée le 27 octobre 1888. Le Prince ne parviendra pas à projeter ce film, ni même, semble-t-il à le visionner.

 

Deux ans plus tard, alors qu'il est sur le point de breveter un projet d'appareil de projection à Londres, Le Prince disparaît lors d'un voyage en train entre Dijon et Paris. En 1902, deux ans après avoir témoigné sur la disparition de son père, Alphonse Le Prince (l’homme de bonne taille que l’on voit dans le film) est tué par balle près de New York.

 

Très mystérieux, le mystère de la disparition de Le Prince n’a jamais été résolu. On a évoqué un suicide, ce qui est peu probable car Le Prince était très heureux en ménage et avait de nombreux projets en tête. On a évoqué une disparition organisé par la famille, Le Prince aurait été homosexuel, mais cette hypothèse ne repose sur rien. Le grand historien du cinéma français Jean Mitry avança en 1976 l’idée selon laquelle Le Prince aurait été assassiné à l’instigation de son frère pour un problème d’héritage. Selon une dernière hypothèse, la mort de Le Prince aurait été commanditée par des intérêts cinématographiques étasuniens, ce qui est peu probable car, industriellement parlant, le Français ne faisait pas le poids face à un Edison.

 

Un documentaire sur la vie et l’œuvre de Le Prince a été réalisé sous le titre The first film par David Wilkinson en 2015. Le DVD de ce film très bien fait peut être obtenu chez AMAZON.UK (zone 2).

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

 

Les frères Lumière ou le pieux mensonge de la ville de Lyon

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.