Privatisation de la licence de langue

Avec la loi LRU, Chirac et Pécresse ont officialisé la privatisation de l’enseignement supérieur. Ayant publié plus de 250 articles sur le sujet, je n’y reviens pas, sauf pour dire qu’Hollande a amplifié le mouvement. Le banquier éborgneur va aller encore plus loin.

 

Je reprends ici des argumentaires de collègues universitaires en poste.

 

Jeudi 17 octobre s’est tenue une réunion du COPIL du CLES (Certification de compétences en Langues de l’Enseignement Supérieur) à laquelle ont participé des représentants du Ministère et de la Conférence des présidents d’universités. Au cours de cette réunion, il a été question du prochain décret (présenté au CNESER mi-novembre) visant à subordonner l’obtention de la licence à la passation d’une certification en langue anglaise (cf. arrêté licence juillet 2018 + p.16 du document “ Projet de loi de finance 2020 ”).

 

Au cours de cette rencontre, il a été confirmé que l’obtention de la licence deviendra conditionnée par la passation d’une certification reconnue internationalement en langue anglaise à compter des toutes prochaines sessions. Cette certification sera gratuite pour les étudiants car elle sera financée par l’État.

 

Les conséquences de ce décret seront très graves :

 

- La disparition du plurilinguisme à l’Université dans les formations LANSAD (langues pour spécialistes d’autres disciplines). La certification étant en anglais, et toutes les composantes n’ayant pas les moyens de financer des LV2, les étudiants devront nécessairement choisir anglais puisque c’est dans cette langue qu’ils passeront la certification afin d’obtenir leur licence.

 

- Le décret mentionne « une certification reconnue internationalement ». Il faut envisager que les certifications choisies seront l’IELTS (International English Language Testing System) de Cambridge, le TOEIC (Test of English for International Communication ), géré par un organisme géré aux États-Unis et le TOEFL (Test of English as a Foreign Language), également géré par un organisme privé étasunien. L’évaluation des étudiants sera donc déléguée à des organismes privés, financés par l’État (pour une durée de validité qui ne dépasse pas 2 ans). On passe sur le fait que ces certifications n’évaluent pas l’ensemble des compétences, et surtout pas des savoirs.

 

- Le décret n’impose aucun niveau mais seulement une passation. L’étudiant n’aurait donc aucune obligation de résultat. Quelle Université osera imposer un niveau minimum en anglais si l’Université de la région voisine ne le fait pas ?

 

- Quel sera alorsle rôle des enseignants ? Continuer à enseigner selon une offre de formation issue de réflexions didactiques menées depuis des années au sein des laboratoires ou proposer des formations standardisées à la passation de tests ? 

 

- La mise en application de ce décret est prévue pour les étudiants de 3ème année des filières commerce international, LEA et LLCER, BTS et DUT dès 2020. Les étudiants des autres formations seront concernés à compter de la session 2022 (c’est à dire les entrants 2019). Certains étudiants devront donc passer une certification en anglais alors qu’ils ont reçu une formation dans une autre langue. 

 

Le Bac 2021 prévoit également que l'Etat paye la passation d'une certification en langue auprès d'officines privées. Les étudiants seront donc sans doute tentés de repasser le même test que celui qu'ils avaient passé en classe terminale. L'Etat va donc payer le privé pour fournir des certifications  qui amoindriront la liberté pédagogique et la dignité du métier d'enseignant de langue puisque c'est le résultat du test international, davantage que la note des universitaires, qui importera le plus du fait du prestige présumé de la reconnaissance internationale.

 

L'enseignant de langue, dans cette perspective aura tôt fait de devenir le sous-traitant chargé de préparer les élèves aux tests sans que son savoir-faire pédagogique et docimologique soit reconnu.  Pour les formations de langues LEA et LLCE, la seule formation universitaire reçue par les étudiants valait à ce jour certification de bon niveau.

 

 

Privatisation de la licence

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