Quand Blanquer fait sa propagande dans nos lycées

Ne nous y trompons pas : Jean-Michel Blanquer est une pointure. Pur produit de l’enseignement privé catholique (lycée Stanislas, un établissement en pleine expansion comme le veut l’air du temps), il a terminé son brillant parcours d’étudiant en droit à Assas, fief de l’extrême droite universitaire parisienne.

 

Sous Pétain, on n’hésitait pas à s’adresser directement aux jeunes par voie d’affiche propagandiste, comme dans les deux exemples ci-dessous :

 

Quand Blanquer fait sa propagande dans nos lycées

 

 

Quand Blanquer fait sa propagande dans nos lycées

 

Sous le banquier éborgneur, on est plus subtil, plus consensuel. On fait appel à l’évidence, aux bons sentiments, comme dans cette affiche placardée récemment dans tous les lycées de France :

 

Quand Blanquer fait sa propagande dans nos lycées

 

Qui trouverait à redire à un engagement « contre les violences homophobes et transphobes » ? Personne, mais, voyez-vous, depuis 1914, dans ma famille, on enseigne. On ne sait faire que cela. J’ai eu quatre enfants, dont deux sont encore en lycée. Tout comme mes petits-enfants. Je n’ai jamais entendu parler de violence transphobe.

 

Mettons que, chez moi, on ait été un peu myope. Mettons que nous ayons croisé une certaine violence transphobe latente, refoulée. Mettons qu’on n’ait pas compris que le combat contre cette violence aurait dû nous faire prendre conscience qu’il s’agissait là d’une cause nationale. Mettons qu’il nous avait échappé que, dans les lycées, les enfants étaient « tous égaux, tous alliés ». Là, je dis : première nouvelle. Les enfants de France seraient tous égaux ? Elle est bien bonne ! Les lycéens de « Stan » ou de La Providence d’Amiens seraient alliés à ceux du lycée Pablo Picasso de Fontenay-sous-Bois ? Ça m’étonnerait un peu.

 

Pour quoi faire, d’ailleurs ? Pour lutter contre les inégalités sociales, contre les ratonnades des flics, contre la précarisation des personnels, contre le délabrement de bâtiments construits il y a 60 ans et jamais rafraîchis depuis ?

 

Pas d’inquiétude : Blanquer est l’un des meilleurs serviteurs de l’empire ordo-libéral. Un empire qui impose à tous les citoyens un ordre social monocorde. Avec en appendice une École où la dialectique, l’esprit critique ne casseront plus de briques parce qu’au service d’États qui ne sont plus souverains puisqu'il ne leur est demandé que de servir le marché.

 

Faisons donc oublier aux enfants les vrais problèmes et intéressons-les à l’utilisation raisonnée des préservatifs. Le très bon score des écologistes français (et autres) lors des élections européennes s’inscrit lui aussi dans l’air du temps : le discours le plus creux, le moins authentique de la campagne a débouché sur la plus fulgurante des progressions. Imposons des débats sur la transphobie et les jeunes citoyens oublieront la dictature des marchés, l’accumulation sans précédent et sans fin du capital.

 

Blanquer est un vaillant soldat du « libéralisme autoritaire » qui sévit de plus en plus en Europe. Autoritaire, parce qu’avec lui on ne choisit pas son parcours, on subit l’orientation, la sélection. Autoritaire parce qu’il en est même venu à s’attaquer aux matières fondamentales de notre enseignement : mathématiques, philosophie, langues vivantes, sans parler du latin et du grec. Il est permis aux enfants de discuter de bonne conscience et de sujets consensuels pendant qu’un État fort, avec une police transformée en milice, protège les intérêts de l’hyper-bourgeoisie.

 

L’objectif de Blanquer, en tant que ministre de l’Éducation nationale, est de calquer notre système sur le modèle anglo-saxon en niant notre idiosyncrasie, en nous empêchant d’être ce que nous sommes. Pendant ce temps, nos djeuns’ débattrons du sexe des anges.

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