Suisse et pauvre

Il m’a été récemment donné de passer une journée à Genève. Normalement, j’aurais dû rester trois jours pour accompagner pleinement ma fille durant toute une compétition, mais je n’avais pu budgéter un séjour aussi dispendieux.

 

Je connais très peu la Suisse où je n’ai fait que passer un jour par-ci par-là. Juste assez pour me rendre compte que, autant les Français ne savent pratiquement rien du pays de Guillaume Tell, autant les Suisses ont une connaissance très fine de notre pays en général et de sa vie politique en particulier. En témoigne le blog 1dex de Stéphane Riand qui a la gentillesse de m’accueillir régulièrement sur son site.

 

S’il y a tant de richesse à Genève, à Lausanne ou à Crans-Montana, c’est qu’il y a beaucoup de pauvres. Alors, justement, entre deux épreuves de natation, j’ai longuement discuté avec une employée municipale genevoise.

 

Statutairement, elle est en gros au niveau d’une smicarde française. Mais elle m’explique qu’elle exerce en fait trois métiers. Âgée de 60 ans, divorcée (son ancien mari verse une rente de compensation malheureusement faible), elle paye un lourd impôt sur le revenu car elle n’a plus d’enfants à charge. Le soir, cinq fois par semaine, elle exerce des fonctions de régisseuse adjointe auprès d’une compagnie théâtrale qui ne roule pas sur l’or. Le dimanche matin, de 11 heures à 14 heures, elle travaille dans un restaurant. Il lui faut en effet payer un loyer exorbitant et une couverture sociale scandaleusement élevée au regard des critères français. Hors de question pour elle d’être propriétaire : le prix moyen du mètre carré à Genève est de 11 000 euros. Des appartements de 150 mètres carrés peuvent se négocier à 3 500 000 euros. Idéalement, notre employée aurait intérêt à vivre en France, à deux pas de Genève. Á Geix, le prix du mètre carré est d’environ 3 500 euros. Mais tous les Suisses ne peuvent pas venir vivre en France…

 

Le coût des soins est un pur scandale. Je ne parle pas des cliniques privées où les filles “ fautives ” de la grande bourgeoisie française allaient avorter discrètement avant 1981. Je fais référence au système public qui impose une franchise pour les soins. La Suisse étant une confédération, il n’y a pas de système étatique, si bien que, dans certaines régions du pays, cette franchise peut atteindre 2 000 francs suisses ! Donc quantité de gens ne se soignent plus. Ou alors entièrement à leurs frais. Quant à la retraite, our notre employée inspirée du système français agrémentée d’une capitalisation chère à la CFDT, elle n’y pense même pas. Malgré son âge. Comme elle perdra 40% de son salaire actuel, elle envisage – car elle n'aura pas vraiment le choix – de travailler jusqu’au bout de ses forces.

 

 

 

Suisse et pauvre

 Pour me garer une journée sur le parking Rolleix (sic), j'avais économisé deux mois !

 

PS qui n'a rien à voir : il n'y a pas que le bon Gruyère en Suisse, il y a aussi les vers de farine et les sauterelles (qui viennent par avion) pour l'apéro. Et ce n'est pas donné ! .

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.