Vers une nouvelle Loi sur la fin de vie en France

Les Lois sur la fin de vie se succèdent pour que chaque citoyen accède à une "belle mort". Mais il n'y a pas de belle mort. La mort ne sera jamais belle et le référentiel du mourir n'existe pas! toutes les pratiques médicales ne doivent pas être normalisées...

Le pouvoir médical, dans sa rationalité d’efficience par rapport à une fin : soulager, soigner et mieux guérir le patient, s’est vu transformé radicalement par la technomédecine. La version du serment d’Hippocrate, dans sa forme à laquelle les médecins ont prêté serment jusque dans les années 1970, ordonnait de ne jamais faire mourir,
La légalisation de l’avortement en France par la Loi Veil en 1975 a confié aux médecins seuls le pouvoir des interruptions volontaires de grossesse. Mais de plus, le pouvoir médical a été contraint de voir reconnaître ses limites, devant la pérennité de l’issue fatale des maladies graves, ceci dans l’impatience des transhumanistes à vaincre définitivement la mort. Devant cette mise en échec, le pouvoir médical, est devenu pouvoir de ne pas pouvoir, malgré une technomédecine très performante, et sous l’influence de la disparition de la signification d’une souffrance  inutile dans des sociétés de plus en plus païennes, et d’individus présumés autonomes. Une nouvelle modalité du pouvoir médical a été normalisée, légiférée. Certes l’interdiction pour les médecins, de faire mourir volontairement un patient persiste en France. La loi Clays Léonetti, en reconnaissant de nouveaux droits aux patients en fin de vie et en formulant de nouvelles obligations aux cliniciens, est venue normer encore ce nouveau pouvoir médical. Ainsi, le pouvoir médical actuellement considéré comme en déclin, nous apparaît avoir été augmenté par le législateur, faisant reposer sur les épaules des soignants la « qualité de la mort » du citoyen français. Memmi et  Taïeb considèrent que ces nouveaux aspects du pouvoir médical représentent des « recompositions du faire mourir », les médecins s’étant vus délégués par l’état, une grande part de ce qu’il y a lieu d’appeler thanatopouvoir, dont l’état était seul détenteur, afin d’assurer sa souveraineté. Cette délégation d’une forme de thanatopouvoir étatique au pouvoir médical s’est accompagnée de sa normalisation par les lois entourant la fin de vie en France, prescrivant en particulier l’obligation de proposer des soins palliatifs. La médicalisation de la fin de vie en général, souvent technicisée d’ailleurs, pose aussi le problème de l’égalité face aux soins, puisque une étude récente rapporte que seuls 20% des mourants bénéficient de soins palliatifs, mettant en question la gestion politique des phénomènes de la vie et de la fin de vie.

La normalisation de la mort se poursuit mais la notion de bonne mort n'est pas la même pour tout le monde.

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