J'aime le peuple grec

La gestion des incendies en Grèce ne laisse pas de nous questionner, non pas sur la Grèce, objet de notre amour inconditionnel mais sur la démocratie et sur la téchnocratie. Un regard de compassion s'impose mais la réflexion politique doit aller plus loin, en direction d'une prudence démocratique partagée, utopique peut être, mais que nous percevons comme seule voie pour vivre ensemble.

J’aime la Grèce

J’aime la Grèce et le peuple grec, fier, libre, inventeur de la démocratie, en tous cas d’une certaine forme de démocratie qui, au moins dans beaucoup d’aspects restera longtemps un modèle pour nous tous. J’aime la Grèce, ses paysages magnifiques, ses musées, sa mythologie, sa culture, ses habitants. Je suis solidaire de la souffrance et du deuil terrible qui frappe les populations autour d’Athènes après ces incendies terribles. Pourtant le peuple grec ne peut pas avoir oublié le kairos, qui en l’occurrence était le temps opportun pour débroussailler, pour organiser la lutte contre les incendies, kairos que Aristote, le grand, le grand penseur de la prudence, pas celui qui a épousé Jacky, nous a enseigné. Les technocrates ont remplacé le kairos  par la gestion des risques, et on voit là le résultat de cette incurie.

J’aime le peuple grec et je me sens proche de lui, écrasé qu’il est par la crise financière et l’incurie de ses dirigeants, qui n’ont pas réussi à imposer, comme en France, une technocratie obligeant les grecs à mettre un casque en moto, à mettre leur ceinture de sécurité en voiture, à payer leurs impôts, à payer l’entrée sur l’autoroute, à construire leur maison sous condition de l’obtention d’un permis de construire, à limiter leur vitesse, à débroussailler, à ne pas accueillir les bateaux des migrants…

Nous peuple français technocratisé, nous avons intégré le kairos mais aussi la proairésis, car nous avons fait le bon choix pour la production d’énergie électrique sans réchauffement climatique. Aurions-nous mal lu Aristote ou alors trop lu Jonas qui pense que seule une élite est capable de bien penser quant aux conséquences des décisions politiques ? Espérons que ce siècle ne deviendra pas celui des lumières… éteintes !

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