POUR UN TRIBUNAL INTERNATIONAL

Il faut en finir avec la surveillance et le totalitarisme qui nous sont imposés par les pouvoirs sous le prétexte d’une menace sanitaire. Il faut que les peuples finissent par se ressaisir et par retrouver le pouvoir que la démocratie leur reconnaît.

En finir avec les leurres et les mensonges liés au Covid-19

POUR UN TRIBUNAL INTERNATIONAL

Il faut en finir avec la surveillance et le totalitarisme qui nous sont imposés par les pouvoirs sous le prétexte d’une menace sanitaire. Il faut que les peuples finissent par se ressaisir et par retrouver le pouvoir que la démocratie leur reconnaît.

 

En finir avec la pandémictature

C’était il y a quelques semaines. Ici même, j’avais proposé de désigner par ce mot nouveau, « pandémictature », la façon dont, en se drapant derrière les nécessités de l’urgence sanitaire, les pouvoirs ont fini par nous imposer de vivre sous une véritable dictature. Mais nous en sommes arrivés à un point où les débats ne nous permettent plus de prendre assez de recul pour réfléchir, à un point où nous ne pouvons peut-être même plus mettre des mots pour penser, pour critiquer, pour exprimer cette forme de souffrance nouvelle, une souffrance politique. Nous ne parlons plus de maladie, nous ne parlons plus de souffrance du corps, peut-être même ne parlons-nous plus d’aliénation ; nous parlons bien de souffrance politique, de cette situation où la politique ne constitue plus une façon de nous mettre à distance des institutions pour les évaluer, pour les critiquer, pour penser la vie sociale, mais où elle-même constitue une sorte d’origine de la souffrance. C’est le politique même qui nous impose ce qui est devenu une souffrance. Dire le mal devient la forme majeure du discours politique. Et, pendant ce temps, les pouvoirs font ce qu’ils veulent de notre liberté, de notre égalité et de notre fraternité, puisqu’ils ont fini par vider de leur signification et de leur importance ces trois mots que les révolutionnaires de 1789 avaient imaginé donner pour devise à notre pays qui voulait en finir avec l’absolutisme et l’inégalité.

 

La souffrance politique

Qu’est-ce donc que la souffrance politique ? La souffrance, tout le monde sait ce que c’est : ce mot désigne une situation qui nous est imposée dans laquelle nous avons mal, mal à la tête, mal au corps, mal aussi à l’inconscient. Mais, aujourd’hui, nous avons découvert une nouvelle sorte de souffrance : la souffrance politique. C’est la perte de vie en société elle-même qui nous fait mal, ce sont les pouvoirs, ce sont les décisions, ce sont les lois, ce sont les contraintes (les fameuses « mesures contraignantes ») qui nous font mal. Nous perdons notre liberté, et, alors que le politique devrait nous donner les moyens de la retrouver, c’est lui nous en prive. Mais il faut aller plus loin. Ce que la pandémictature a apporté de nouveau (eh oui, même en politique, il faut bien innover, se mettre au goût du jour), c’est qu’elle nous fait intérioriser la perte de la liberté en nous la faisant justifier (je ne parlerai pas de légitimer) par les nécessités de la santé. En gros : si vous ne vous pliez pas vous-même aux contraintes que nous vous imposons, vous serez malade, vous risquerez de mourir et vous serez coupable de transmettre la maladie aux autres. En ce sens, l’aliénation a atteint un stade nouveau, une forme d’intensité nouvelle, en nous faisant nous-mêmes les acteurs qui nous l’imposons. La souffrance politique, ce n’est pas une souffrance qui nous est imposée par les pouvoirs – cela, nous savons bien ce que c’est, nous l’avons déjà connue – mais c’est une situation où nous souffrons du politique, où nous souffrons de la vie en société, où c’est la relation à l’autre qui nous est présentée comme une menace. Alors, nous devons nous mettre à distance de l’autre (un mètre et demi entre nous, pas de rencontres et de réunions de plus de dix personnes) et nous devons nous empêcher nous-mêmes de voir l’autre et de lui parler en portant un masque sur visage, qui, en nous dissimulant la voix et la parole, nous fait perdre notre identité – comme tous les masques, saut que, cette fois, il n s’agit pas d’un masque de carnaval, mais d’un masque de souffrance.

 

Un tribunal international pour quoi faire ?

Alors, pourquoi parler d’un tribunal international ? J’entends déjà celles et ceux qui me font l’amitié de me lire, et pour qui je prends plaisir à écrire, dire en soupirant : « Qu’est-ce que c’est, encore, que cette nouvelle lubie de Lamizet ? ». C’est la raison pour laquelle il importe que je m’explique. D’abord, rappelons-nous que les grandes crises internationales ont suscité l’institution de tribunaux, afin que les acteurs à l’origine de ces crises en répondent devant les peuples du monde, afin qu’ils assument, ainsi, au sens propre, leur responsabilité. À l’issue de la deuxième guerre mondiale, il s’est agi du tribunal de Nuremberg, à l’issue de la guerre du Viêt-Nam, un certain nombre de militants engagés avaient organisé un tribunal de la même nature. Et, donc, pourquoi un tribunal ? Parce qu’à un certain moment, quand les deux premiers pouvoirs identifiés par Montesquieu, le législatif et l’exécutif n’en peuvent plus et sont eux-mêmes les responsables qu’il faut juger, c’est au troisième pouvoir, le judiciaire, de prendre les décisions. Il faut juger. Il faut juger pour comprendre, il faut juger pour critiquer, il faut juger pour décider, afin que ce qui est jugé ne se reproduise plus.

Il faut juger pour comprendre. Parce qu’enfin, au vingt-et-unième siècle, compte tenu des avancées auxquelles nous sommes parvenus dans le domaine des savoirs médicaux, nous ne devrions plus connaître une telle pandémie – ou alors c’est que la médecine sophistiquée et réduite à de la technique ne sert à rien, mais c’est une autre histoire. Il faut juger pour comprendre parce que nous devons en finir avec le mur de censure et d’incertitude que les pouvoirs ont construit devant nos regards. Il faut juger pour comprendre parce que nous devons identifier les responsables de cette crise. À cet égard, nous pouvons d’ores et déjà identifier quatre responsables. Le premier est le point de départ de la pandémie, le lieu d’où le virus s’est propagé, c’est-à-dire la puissance économique chinoise. Le second est la mondialisation libérale qui fait circuler dans le monde entier, sans contrôle, sans régulation, sans limite, les marchandises même quand elles sont infectées. Après, il est trop tard pour se protéger et pour imaginer que les masques et les vaccins vont nous guérir. Un troisième responsable est la recherche effrénée du profit et de l’enrichissement qui fait perdre toute mesure à ceux qui en sont porteurs, au point que, comme aujourd’hui, ils finissent par être dépassés par leur propre création. Enfin, une responsabilité doit être imputée aux médias qui ont amplifié la crise en la dramatisant et en multipliant les discours de peur et de menace.

Il faut juger pour critiquer. Mais pas critiquer au sens d’une discussion entre amis, d’un aimable bavardage au bistrot d’en bas (mais, de toute façon, nous ne pouvons pas parce qu’il n’y en a plus, il n’y a plus, comme avant – mais c’était dans une autre époque, qui semble si loin - de lieux de rencontre et de parole). Non, il s’agit de critiquer au sens qu’au dix-huitième siècle, le philosophe allemand tellement important E. Kant avait donné à ce terme : critiquer, c’est démonter, décortiquer, enlever les cuirasses et les protections, pour comprendre et penser sans être soumis à une censure. Critiquer, c’est exercer sa liberté, lui donner une forme active.

Il faut juger pour décider. Autrement dit, comme ils sont eux-mêmes les responsables de la crise que nous vivons, il faut que les pouvoirs n’aient plus le droit de décider, mais que les peuples eux-mêmes prennent les décisions qui s’imposent. C’est pourquoi je propose, ici cette nouvelle utopie (mais la politique est faite d’utopies, ce sont les utopies qui la fondent) : l’institution d’une justice appelée à statuer sur le processus qui a mené le monde à la situation où nous nous trouvons, à en identifier les responsables, en toute liberté, et à les sanctionner. Ce serait à ce tribunal d’imaginer les sanctions qui s’imposeront – et la première d’entre elles serait, bien sûr, l’interdiction d’exercer des pouvoirs à l’avenir.

Finalement, il faut juger pour que nous puissions nous regarder dans le miroir sans mépriser notre lâcheté et notre indécision, pour que nous puissions dire à nos enfants que, devant la crise que nos institutions et nos pouvoirs ont provoquée, nous n’avons pas fui nos responsabilités.

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