Buffy contre le virus, la mort et le monde (d'après)

Les femmes portent encore ce monde à bout de bras. Elles soignent les malades, servent les consommateurs, réconfortent les hommes, récurent les chiottes, tout en torchant bébé, papi, patients... et fomentent désormais révoltes et révolutions.

Bien que le terme "femmes" recouvre ici des réalités matérielles trop différentes pour être comparées, elles sont toutes à leurs manières pourvoyeuses de services et de soins. La valeur qu’elles ajoutent à cette société, est néanmoins soit hors du marché (travail domestique) donc gratuit, soit déqualifiée et donc peu rentable (travail précaire).

Après un confinement de deux mois de vécus inégaux, nous constatons que les femmes continuent de porter ce monde à bout de bras, à bout de force, à bout de souffle. Elles continuent de soigner les malades, de servir les consommateurs, de réconforter les hommes, de récurer les chiottes. En sus de torcher bébé, papi, patients, elles fomentent désormais révoltes et révolutions, tout en étant les plus impactées par leurs engagements, professionnels, politiques, familiaux, conjugaux...

Ce que ce virus aura massivement révélé, c’est bien la fragilité des hommes, en pleine crise existentielle de virilité. Mais aussi la fragilité des blancs, dont l’épiphanie soudaine sur la colorimétrie laisse circonspect. La France assiste-t-elle au retour d'un monstre refoulé depuis les guerres d'indépendance... ?

Pendant que les uns redécouvraient ennui, refuge familial, douceur du foyer, les autres étaient emprisonnés dans leur enfer quotidien. Promiscuité, précarité, exploitation, humiliation. Le virus a eu cependant un effet trop massif pour être ignoré, trop radical pour être oublié : la mort. Il est extraordinaire de voir les privilégiés de ce monde découvrir la vie comme tous les exploités la voient depuis toujours : précaire et cruelle.

Alors que les vieux blancs croupissent comme des pauvres, inévitablement dans la solitude et l'anonymat ; Georges Floyd est scruté, disséqué, dans ses derniers instants, emportés par une mort évitable. La nausée.

Note importante : le succès des mobilisations actuelles me réjouit. Mais je préfère être réaliste sur les phénomènes sous-jacents exprimés dans ce succès : il aura donc fallu que même les plus privilégiés de ce pays soient frappés par une mort d’exception, pour que les blancs - de France et d’ailleurs - usent enfin leur semelle et se mêlent physiquement à la cause #BlackLivesMatter

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