Bompard, Breton, Lagarde : Macron président, l’oligarchie se gave

La liste des prétendants aux postes de ministres d’Emmanuel Macron fait froid dans le dos : toute l'oligarchie financière française toque à la porte.

Signe que l’intérêt général compte peu pour cette coterie de puissants, chacun se ménage un plan B juteux si jamais le maroquin venait à lui échapper. Ainsi de l’actuel patron de la Fnac, Alexandre Bompard, qui s’il n’était pas désigné ministre de la Culture pourrait accéder à la direction de Carrefour, empochant au passage, avec le plus parfait des cynismes, plus de 12 millions d’euros de bonus pour une mission à la tête de la Fnac qu’il n’a même pas menée à son terme : la fusion de l’enseigne culturelle avec Darty.   

La victoire d'un capitalisme de connivence

Les prétendants aux plus hautes fonctions sont nombreux. A commencer par Thierry Breton, ancien ministre de l'Economie, sinistrement connu pour avoir déclaré, en 2005, que « la France vit au-dessus de ses moyens ». Fort de ses précédents méfaits à la tête de Thomson ou de France Telecom, ce pur produit de l'oligarchie à la française n’avait, durant la campagne, pas fait mystère de son souhait de voter Macron, qu’il aurait rencontré pour négocier un poste à Matignon. 

Alors qu'Emmanuel Macron a déclaré en mars dernier que le Premier ministre serait « choisi sur des critères d'expérience et de compétences » et qu'il aimerait qu'il s'agisse d'une femme, tous les regards se sont également tournés vers Laurence Parisot. L'ancienne patronne du Medef semblait, en effet, toute indiquée pour mettre en place le programme de casse sociale porté par le président élu : n'avait-elle pas, lorsqu'elle présidait le syndicat patronal, proposé la direction générale de celui-ci à un certain Macron Emmanuel ?

Mais c'est désormais Christine Lagarde qui tient la corde. La présidente du Fonds monétaire international (FMI) a publiquement soutenu Emmanuel Macron quand il défendait sa loi sur la « libéralisation de l'économie ». Elle aurait déjà donné son accord – signe qu'elle s'apprête à appliquer à la France le remède de cheval qu'elle a prescrit à la Grèce, avec les résultats que l'on sait ? 

Le nom d'Alexandre Bompard revient aussi de plus en plus souvent. Le patron de Fnac-Darty serait pressenti pour prendre les rênes du ministère de la Culture et de la Communication. Il est vrai que l'homme cultive une furieuse ressemblance avec Emmanuel Macron : tous deux sont jeunes, énarques et passés par la très élitiste Young American Foundation. Tous deux ont réussi dans les affaires et arborent cette posture de jeune entrepreneur se gaussant des « codes » et du « système » - qui les a pourtant nourris.  

Au gouvernement, cette armée mexicaine de la finance signerait la victoire de ce capitalisme de connivence, dont les faits d'armes ne sont pas seulement d'avoir réussi, mais d'avoir érigé le renvoi d'ascenseur au rang d’art à part entière. 

Alexandre Bompard, l'indécence bientôt à la tête de Carrefour ? 

Le cas d'Alexandre Bompard reste, à ce titre, le plus éloquent. A la tête de la Fnac depuis 2010, le chouchou du capitalisme français, âgé de seulement 44 ans, a réussi la prouesse de devenir l'un des patrons les mieux payés du pays. 

En 2016, comme l'a révélé Libération, le patron du groupe désormais formé par la Fnac et Darty s'est octroyé la bagatelle de 13,9 millions d'euros (le montant de son super-bonus, excédant les 12 millions d’euros, devrait sans surprise être validé par l’Assemblée générale des actionnaires, réunie le 24 mai). Soit une augmentation de 21% par rapport à son traitement de l'année précédente (11,5 millions d'euros), qui avait déjà fait scandale. La rémunération d'Alexandre Bompard représente donc la proportion ahurissante de 19% du bénéfice net réalisé par l'enseigne l'année dernière, qui s'élevait à 74 millions d'euros. Autant d'argent que son ami Emmanuel Macron ne l'empêchera pas de dépenser. Artisan, quand il était secrétaire général adjoint de l'Elysée, du « pacte de compétitivité » et du CICE, Macron s'est toujours opposé à légiférer sur le salaire des patrons, privilégiant un bien inoffensif « code de bonne conduite ».

Alors que le groupe Fnac-Darty ne fait partie ni du CAC 40, ni du SBF 80, rassemblant les 80 entreprises suivantes, son PDG gagne donc près du trible des patrons du CAC 40, qui émargent, en moyenne, à 5 millions d'euros. Du côté des syndicats, l'incompréhension et la colère dominent. « Si les résultats sont bons et lui permettent de toucher de tels bonus, c'est grâce aux économies faites sur le dos de tous les salariés, qui se serrent la ceinture », accuse Thierry Lizé, délégué central à la Fnac Relais.

Leur patron a, en effet, lancé un plan d'économies de 80 millions d'euros en 2012 : 500 emplois ont été supprimés, les départs ne sont jamais remplacés et une politique de « modération salariale », particulièrement cynique, a été imposée. Cette année, les hausses collectives pour les salariés du groupe se limiteront ainsi à...11 euros.

Les employés de Carrefour seront donc ravis d’apprendre que monsieur Bompard aurait les faveurs des actionnaires du groupe pour prendre la succession de son actuel dirigeant, Georges Plassat, dans les mois à venir. Outre la cupidité du sieur, qui l’incite à s’octroyer chaque année un traitement indécent tout en supprimant en parallèle des postes à tour de bras, n’y a-t-il pas quelque chose de profondément choquant à saigner une entreprise, la Fnac, sans s’être assuré au préalable de sa résilience ? Car si Bompard met en avant ses bons résultats pour justifier son super-bonus, il laisserait, en partant, l’enseigne culturelle dans l’incertitude la plus complète. Le rapprochement avec Darty est loin d’être achevé, de nombreuses synergies restant à délivrer, le chantier dans son ensemble à consolider.  

Bref, Bompard semble avoir fait son mantra de ce titre d’un film de Woody Allen de 1696 : Take the money and run. Les salariés de la Fnac, et peut-être bientôt ceux de Carrefour, paieront l’addition.

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