François-Henri Pinault, la plus anglaise des grandes fortunes françaises

S'il fait partie des plus grandes fortunes françaises, le PDG de Kering réside et travaille à Londres depuis plusieurs années. Un choix qui interroge, alors que le groupe de luxe est visé par des accusations d'évasion fiscale.

Dans son édition 2017 du classement des 500 plus grandes fortunes françaises, le magazine Challenges fait la part belle aux patrons du luxe hexagonal. Sans surprise, cette année encore Bernard Arnault (LVMH) se hisse sur la plus haute marche du podium, avec une fortune estimée à près de 47 milliards de dollars. Dans le Top 10, il est suivi par Axel Dumas (Hermès, 30 milliards, 3e position), Alain et Gérard Wertheimer (Chanel, 21 milliards, 6e position) et François Pinault et sa famille (Kering, 19 milliards, 7e position).

François-Henri Pinault, 7e fortune française exilée à Londres

S'il est classé comme l'une des plus grandes fortunes de France, François-Henri Pinault réside pourtant, depuis 2014, à Londres. Le patron et premier actionnaire de Kering – la famille Pinault possède 40% des parts du groupe de luxe – a, en effet, installé ses bureaux depuis quatre ans sur les bords de la Tamise. C'est aussi au sein de la capitale britannique qu'il réside avec sa famille. Et Londres semble à la mode chez Kering : François-Henri Pinault y a été précédé par son numéro 2, Jean-François Palus, qui a déménagé à Londres en juillet 2013.

Les raisons invoquées par le top management de Kering pour justifier son exil font doucement sourire : Kering ne réaliserait plus que 5% de son chiffre d'affaires en France, et déménager à Londres permettrait à François-Henri Pinault de « se rapprocher des clients et des marchés », selon un porte-parole du groupe. Londres serait aussi une place financière incontournable pour une entreprise cotée, réalisant 90% de ses ventes à l'étranger – un argument qui a du plomb dans l'aile après le Brexit, la place de la City étant appelée à décliner avec le départ des traders.

Jean-François Palus, quant à lui, se serait expatrié parce qu'il affirme, sans rire, qu'il « est plus facile de voyager vers les Etats-Unis et l'Asie en décollant de Londres ». François-Henri Pinault clame de son côté que des « raisons familiales » sont à l’origine de son choix : son épouse, l'actrice américano-mexicaine Salma Hayek, aurait souhaité inscrire leur fille, Valentina Paloma, dans une école « british ». De plus, il lui serait plus simple de poursuivre sa carrière cinématographique au sein de la capitale anglaise qu'à Paris.

Bref, si François-Henri Pinault et son numéro 2 se sont exilés à Londres, ce n'est pas pour raisons fiscales. « Je suis citoyen français et fier de l’être. Je paie mes impôts en France », affirmait le patron de Kering au Monde, en 2015. Peut-être, mais cela ne l'empêche pas d'avoir été classé par le Sunday Times à la 36e place de son top 2016 des grandes fortunes londoniennes. François-Henri Pinault est-il davantage britannique que français ? Le sait-il lui-même, lui qui déclarait ingénument, dans la même interview : « Pour ma part, je partage mon temps entre Londres et Paris et je voyage beaucoup ».

Pour couper court aux accusations d'exil fiscal et de délocalisation de Kering, François-Henri Pinault a tenu, lors de son déménagement en Angleterre, à rassurer sur l'avenir du groupe qu'il a hérité de son père : « Le siège de Kering est français et restera à Paris ». De fait, les équipes dirigeantes de Kering ont emménagé, fin 2014, au 40 rue de Sèvres, dans le très chic 7e arrondissement de Paris, dans l'enceinte de l'ancien hôpital Laennec. Un hôpital fondé en 1634 et qui a bénéficié d'une importante opération de réhabilitation, l'établissement étant historiquement spécialisé dans le traitement des « incurables » - c'est d'ailleurs sous ce nom que les Parisiens le connaissaient.

Des soupçons d'évasion fiscale rattrapent François-Henri Pinault

« Incurables » : en matière d'arrangements avec la fiscalité, c'est sans doute ce que sont François-Henri Pinault et ses acolytes. Le PDG de Kering est directement mis en cause dans un montage financier ayant permis au patron de Gucci, Marco Bizzari, d'échapper à l'impôt en Italie. Et, selon Mediapart, Kering « a évadé environ 2,5 milliards d'euros d'impôts depuis 2002, pour l'essentiel au préjudice de l'Italie, mais aussi de la France et du Royaume-Uni ». Des accusations qui ont convaincu le parquet de Milan d'enquêter sur ces soupçons d'évasion fiscale et de perquisitionner les bureaux milanais et florentins de Gucci, en décembre 2017. A la lumière de ces récentes révélations, quel crédit apporter aux déclarations de François-Henri Pinault lorsqu'il affirmait ne pas quitter la France pour l'Angleterre pour raisons fiscales ?

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