McDonald’s, les dessous de l’American Dream

Rien ne va plus pour McDonald’s ! Alors que le marché mondial des fusions-acquisitions bat son plein, la société américaine traîne la patte. Baisse du chiffre d’affaires, licenciements en vue, montages financiers opaques mis à jour, perquisition… Le géant américain vit des heures sombres, et on ne va pas le pleurer.

C’est du jamais vu depuis le début de la crise. Le marché mondial des fusions-acquisitions (M & A) a atteint 2 500 milliards de dollars (2 162 milliards d’euros) au premier trimestre 2018, rapporte Les Echos. « Il faut remonter à 2007, juste avant la crise financière, pour trouver des volumes qui s’en rapprochent, avec un peu plus de 2 100 milliards de dollars (1 817 milliards d’euros) d’opérations », précise le quotidien économique.

L’embellie concerne tous les grands marchés, notamment les États-Unis. Malgré les tensions commerciales entre Washington et Pékin, les volumes d’opérations M & A outre-Atlantique ont en effet retrouvé leur niveau d’avant 2008.

Les entreprises américaines ont particulièrement bénéficié de la réforme fiscale de l’administration Trump, qui réduit l’impôt sur les sociétés de 35 à 21 % et baisse tout le barème de l’impôt sur le revenu.

De grands groupes sont cependant à la traîne et peinent à se redresser. C’est notamment le cas de McDonald’s, dont le chiffre d’affaires recule malgré une hausse de ses ventes. D’après les informations de l’agence Reuters, les ventes du géant de la restauration rapide ont augmenté de 5,5 % dans les restaurants ouverts depuis au moins 13 mois. Sur les principaux marchés internationaux de l’enseigne (France, Australie, Canada, Allemagne et Royaume-Uni), elles ont même bondi de 7,8 %. Au premier trimestre, le bénéfice net s’est établi à 1,38 milliard de dollars, contre 1,21 milliard un an auparavant. Des résultats qui n’ont cependant pas empêché le chiffre d’affaires de se contracter de 9 %, à 5,14 milliards de dollars (4,25 milliards d’euros).

Montages financiers opaques

Ce qui aggrave les difficultés du groupe. Le géant américain a ainsi annoncé qu’il allait inscrire une charge de 80 à 90 millions de dollars dans ses comptes au deuxième trimestre, en raison du versement prévu d’indemnités de licenciement. De nombreux emplois (4 600, selon certaines sources) seront supprimés dans le cadre d’un plan de restructuration qui vise à économiser environ 500 millions de dollars d’ici à 2019.

McDonald’s a également annoncé la réduction des niveaux hiérarchiques, de huit à six, afin de « simplifier et accélérer » la prise de décision. « Nous mettons en place une nouvelle structure opérationnelle qui soutiendra mieux nos franchisés et fera en sorte que McDonald’s devienne plus compétitif, souple et dynamique », a expliqué à Reuters, Terri Hickey, porte-parole du groupe.

Ces annonces interviennent au moment où une nouvelle étude dénonce les montages financiers du groupe. Selon un rapport de la Fédération syndicale européenne des services, l’Union internationale des employés des services et la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme, le géant du fast-food a mis en place de nouvelles stratégies d’évasion fiscale.

Perquisition

Le rapport « Unhappy Meal », publié par les trois mêmes syndicats en 2015, accusait en effet l’enseigne d’avoir évité de payer 1 milliard d’euros d’impôts grâce à un circuit d’optimisation fiscale. Selon le rapport publié en mai dernier, McDonald’s a transféré son siège du Luxembourg à son antenne américaine, dans l’État du Delaware. Le groupe a également ouvert des succursales en Suisse et au Royaume-Uni. Tout cela afin de rendre ses finances plus opaques et échapper à la surveillance de l’Union européenne. Les syndicats estiment que McDonald’s a évité de payer 260 millions d’euros d’impôt en Europe en 2014 et 270 millions en 2015.

En France, les bureaux du groupe ont été perquisitionnés le 18 mai par des agents de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Éva Joly, avocate représentant le comité d’entreprise de McDonald’s, estime à 75 millions d’euros par an le montant de la fraude du groupe. Ce dernier avait déjà fait l’objet d’un contrôle fiscal de la part de l’administration française en 2013 après lequel le fisc avait infligé au groupe américain un redressement de 300 millions d’euros, dont 100 millions de pénalités. Tout n’est pas rose au pays du hamburger.

 

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