Emmanuel Macron à peine élu, les grands patrons se frottent les mains

Emmanuel Macron n'aura pas eu le temps de se reposer. A peine élu, le bal des prétendants a commencé. Tous ceux qui l'ont soutenu au cours de sa campagne font désormais le pied de grue devant sa porte, quémandant qui un ministère, qui une promesse de loi en faveur de ses intérêts.

Ainsi du grand patronat. Il n'aura pas fallu deux jours pour que les dirigeants du Medef, de l'Afep (Association française des entreprises privées), du Groupe des fédérations industrielles (GFI) et du Cercle de l'industrie, association qui regroupe des dirigeants de grandes entreprises françaises, sonnent la charge et exigent la monnaie de leur pièce. 

Mardi 7 mai, les grands patrons français ont ainsi proposé au président élu un « Pacte européen », appelant de leurs vœux une Europe « compétitive et solidaire », un Parlement de la zone euro et la « convergence budgétaire, fiscale et sociale ». Qu'on ne s'y trompe pas. En termes de convergence, le patronat n'ambitionne rien d'autre qu'un nivellement par le bas de nos acquis sociaux. N'oublions pas que la Loi Travail n'était que la transposition en droit français de directives européennes. Pour le capital, l'élection d'Emmanuel Macron ouvre le banquet. Un festin qui va durer cinq longues années.

Le Figaro attend un « choc de confiance »

Le Figaro, propriété du milliardaire Serge Dassault, semble avoir rapidement fait son deuil de l'échec de son champion, François Fillon. Et célèbre la victoire du protégé de François Hollande avec les honneurs dus à un candidat issu de la plus pure tradition néolibérale.

« Après l'élection de Macron, l'économie attend un choc de confiance », titre le quotidien au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron. « Ouf !, souffle Le Figaro, plus rassuré que jamais. Petits et grands patrons se rejoignent dans le même soupir de soulagement ». Au moins est-ce clair : l'élection du nouveau président fait bien les affaires du patronat. Et de dresser un premier cahier de doléances patronales : « Le début du quinquennat d'Emmanuel Macron s'annonce décisif. La réforme du Code du travail sera le premier test de la capacité de réforme du nouvel exécutif ».

Emmanuel Macron, qui a annoncé sa volonté de faire voler en éclats le Code du travail durant l'été et par ordonnance, afin de contourner les syndicats et d'éviter un mouvement social de masse, devrait donner pleine et entière satisfaction aux aspirations patronales.

Le premier des patrons, Pierre Gattaz, y va lui aussi de son coup de pression : « Les mesures que vous prendrez dans les semaines qui viennent (…) seront déterminantes pour retrouver une dynamique de création d'emplois », s'extasie le dirigeant du Medef, dont on se rappelle ce que sont devenues les promesses quant à la création « d'un million d'emplois » grâce au CICE. Le patron des patrons a aussi rapidement rangé son fameux pin's qu'il avait arboré. 

Avec Emmanuel Macron, on ne peut s'attendre qu'à l'aggravation du rapport de force engagé sous ses prédécesseurs : toujours plus de cadeaux pour les patrons, toujours plus de sacrifices pour les travailleurs et les chômeurs. Mais doit-on s'en étonner, quand on liste l'impressionnante coterie d'intérêts privés, de grandes fortunes et de patrons qui constituent la garde rapprochée du nouveau président français ?

L'ami des grands patrons

Enarque, banquier chez Rothschild, rapporteur de la commission Attali, secrétaire général de l'Elysée puis ministre de l'Economie : Emmanuel Macron a eu le temps de tisser son réseau. Outre Jacques Attali, le président a pu s'appuyer sur les connexions d'Alain Minc, de Daniel Cohn Bendit ou encore de l'ex-PDG d'Axa et dirigeant du très libéral think tank Institut Montaigne, Henri de Castries.

Mais c'est au sein du grand patronat français que le plus jeune président de la Ve République a recruté ses fans les plus transis : selon l’hebdomadaire Marianne, Bernard Arnault (LVMH), Vincent Bolloré (Vivendi), Marc Simoncini (Meetic) ou Alexandre Bompard (Darty, La Fnac) ont tous appuyé la candidature d'Emmanuel Macron. Sans oublier l'inénarrable Pierre Gattaz, qui déclarait en 2016 : « J'aime bien l'initiative d'Emmanuel Macron, je trouve que c'est rafraichissant ». La douche froide, elle, sera bien pour les salariés.

Le président élu est aussi un intime de Patrick Drahi, le magnat des médias. C'est lui qui, alors en poste à Bercy, avait en 2014 ouvertement favorisé le rachat de SFR par Altice, au détriment de Bouygues Telecom. Le milliardaire lui en a été redevable, transformant les médias contrôlés par son groupe (BFM TV, L'Express, L'Expansion, etc.) en véritables outils de propagande au service de son jeune protégé. C'est aussi ce même Drahi qui déclarait, en 2015, que « les Chinois travaillent 24 heures sur 24 et les Américains ne prennent que deux semaines de vacances » : « C'est là, le problème pour nous », se plaignait-il, augurant de ce que sera sans aucun doute la politique sociale de celui qu'il a aidé à conquérir le pouvoir.

La victoire d'Emmanuel Macron est bel et bien « un putsch du CAC 40 », pour reprendre le titre de l'excellent billet publié le 21 avril par Aude Lancelin 

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