Attaqué, Nestlé ne faiblit pas

Malgré un ambitieux et controversé plan de réorganisation, la croissance du géant suisse reste modérée.

Avec la suppression de 26 postes chez Nestlé Waters Marketing distribution dans le département de de Garons, il n’y a pas qu’en France que Nestlé est mis en cause. « Dans sa quête de réduction des coûts, Nestlé n’a plus de tabou, y compris dans son pays d’origine », analyse le quotidien suisse Le Temps en se demandant si le géant de l’agroalimentaire ne serait pas devenu un « traître à la patrie ».

Mardi 29 mai, le groupe a annoncé une double restructuration qui devrait se traduire par de nombreuses suppressions d’emplois en Suisse. Dans son département des technologies de l’information, 500 postes (sur un total de 600) pourraient être supprimés au profit du nouveau hub technologique de Nestlé à Barcelone, créé en 2016. A cela s’ajoute la délocalisation de 80 emplois du siège de Nespresso, à Lausanne, vers l’Espagne, le Portugal ou l’Italie.

Cette annonce s’inscrit dans le cadre du Nestlé Business Excellence (NBE), le plan de réorganisation que le groupe veut mettre en œuvre dans ses implantations en Europe, au Moyen-Orient et dans le bassin méditerranéen d’ici à 2019.

En France, le plan prévoit notamment la disparition de 400 postes à l’horizon 2020. « Il n’y aura aucun plan social, aucune rupture conventionnelle collective, aucun PSE, aucun licenciement dans le cadre de cette réorganisation », a promis le groupe aux partenaires sociaux en Janvier. Ce qui ne l’a pas empêché d’essuyer les critiques et de licencier au mois de Juillet.

Parmi les « sujets sensibles » qui étaient sur la table du délégué interministériel aux restructurations d’entreprises au moment de sa nomination, en décembre 2017, se trouvait notamment celui de Nestlé, qui « après avoir bénéficié durant plusieurs années du dispositif du crédit impôt recherche, veut rapatrier vers la Suisse les équipes de recherche et développement de sa filiale Galderma, installée à Sophia-Antipolis », selon les informations de La Croix. Pendant ce temps, la CGT appelait « tous les syndicats et les salariés du groupe en France à s’unir et lutter à tous les niveaux, CE, CCE, Comité de groupe, Comité européen contre un projet dévastateur pour l’emploi en France ».

 

« Plus aucun tabou »

Des tensions jusqu’ici inconnues des personnels helvétiques. Pour Le Temps, la décision de réduire les effectifs en Suisse délicate et « choquante parce que le groupe avait toujours préservé sa région de ses impératifs économiques ». Mais cette époque semble révolue. « Les activités suisses ne bénéficieront plus d’immunité, comme l’a clairement signalé la direction de Nestlé », constate le quotidien, non sans amertume. « Le groupe veut devenir rentable et, pour cela, il n’hésite pas à trancher dans le vif. Il n’y a plus aucun tabou. Y compris en Suisse, son lieu de naissance, sa patrie, la domiciliation juridique de son siège mondial », ajoute-t-il.

Il faut dire que Nestlé est sous pression depuis que L’Oréal a décidé de ne pas renouveler l’accord qui liait les deux groupes. Le pacte d’actionnaire qui liait la famille Bettencourt, premier actionnaire du géant de la cosmétique, et Nestlé, qui en détient 23,2 %, est arrivé à expiration le 21 mars. En février, le groupe suisse affirmait qu’il n’avait « pas l’intention d’augmenter sa participation dans L’Oréal » et s’engageait « à poursuivre sa relation constructive avec la famille Bettencourt ».

 

Objectif « conservateur »

Mais le fonds activiste américain Third Point, créé par Daniel Loeb, pousse désormais le groupe à céder ses parts dans L’Oréal. « Nestlé s’est montré incapable de bâtir une stratégie de long terme liée à cet investissement », a écrit le milliardaire américain dans une lettre adressée aux administrateurs de Nestlé. L’actionnaire dénonce une organisation « bureaucratique » et « léthargique », fustige une stratégie « embrouillée » et reproche au groupe veveysan d’être trop « consanguin ». Il conseille de mettre en vente 15 % des activités et de faire des acquisitions et des achats d’action. Il prône également une scission de Nestlé en trois divisions : boissons, nutrition et épicerie.

Face à la sévérité du milliardaire, le groupe met en avant les actions entreprises depuis l’arrivée de son nouveau dirigeant, l’Allemand Mark Schneider : cession de la confiserie américaine à Ferrero, alliance avec Starbucks ou encore acquisitions d’Atrium Innovations, Freshly, Sweet Earth, Blue Bottle Coffee, Chameleon, Cold Brew et Terrafertil.

Mais les efforts devraient se poursuivre. En 2017, les ventes n’ont progressé que de 2,4 %, soit la plus faible croissance dans l’histoire du groupe. Pour 2018, la direction table sur une croissance organique comprise entre 2 et 4 %.Un objectif jugé « conservateur » par les analystes.

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