Premiers pas politiques de la génération Y : Une confiance mise à mal.

21 avril 2002, référendum de 2005, la génération Y a forgé sa conscience politique dans un contexte hors normes. 15 ans plus tard, quid de cette génération qui prend le pouvoir ?

Ces derniers mois, nous avons assisté à l'éclatement des courants politiques Français tels que nous les connaissions depuis des décennies. Ce n'est pas que le paysage politique a brutalement changé, c'est plutôt que nous nous sommes brutalement rendu compte de ce changement. Mais depuis 15 ans celui-ci se prépare, causé par une classe politique qui nourri le désespoir, et le désintérêt de toute une génération. Il fallait bien qu'un jour cela éclate, et ce jour là, c'était le 7 Mai 2017.

Petit retour sur les premiers pas politique de la génération Y .

Ce qu'on appelle "génération Y", ce sont ces enfants de la fin du millénaire, qui ont entre 18 et 35 ans aujourd'hui (j'ai 30 ans) qui ont été appelé à voté soit en 2002 pour les premiers, soit en 2017 pour les plus jeunes. Ces enfants ont connu la toute puissance du F.N., l'omniprésence des affaires que traînent les élus, et le manque total d'écoute de la classe politique à leurs discours. 

Pour cette génération, le FN n'est pas un challenger, mais un parti en place, le PC n'est pas un parti en perte de vitesse, mais n'existe tout simplement plus. Pour cette génération, encore, n’existent que le PS et l'UMP/LR, et aucune réelle alternative. Pour cette génération, enfin, ce ne sont plus quelques hommes d'état qui fondent des partis pour soutenir leurs candidatures, mais ce sont toujours les mêmes partis qui proposent des candidats (là encore souvent les mêmes) Je pense que les générations plus anciennes n'ont pas conscience que ce contexte est le seul que nous ayons connu. Je pense que pour eux la surprise fut immense de voir ce système s’effondrer dans la recherche d'un renouveau, offrant un score considérablement élevé à ceux qui l'incarnent le mieux

Bien entendu ce renouveau est cosmétique et les idées, elles, sont des plus classiques, anciennes et s'inscrive dans la continuité. Les Macrons, les Le Pen, et consorts ne sont que les visages liftés de vielles idées désuètes. Parmi les idées les plus modernes, les plus innovantes d’après moi (et là ma sensibilité politique est assumée, je suis socialiste) furent celles proposées par le candidat Hamon. Et pourtant elles n'ont pas obtenues l'écho espéré et nécessaire. Tandis que le Tatcherisme de Fillon est arrivé 3ème, que la xénophobie du FN, vieille de 60 ans est arrivée seconde, les idées démocrates de centre droit de Macron, dans la parfaite continuité de ce qui se fait depuis des décennies, est arrivée en tête. Mais est-ce de notre faute si nous nous sommes laissés si largement berné ? Pas tout à fait.

Je pense que l'un des instigateurs principaux de la situation politique actuelle, et du rapport qu'entretient la génération Y avec celle-ci, fut le référendum de 2005, et le comportement de l'état vis-à-vis du résultat. 

Pour beaucoup (ce fut mon cas) ce référendum fut le premier appel à accomplir notre devoir citoyen. Nous avons massivement voté contre le texte proposé (60% des jeunes), à savoir la constitution d'une Europe libérale et froide. Nous avons fait pencher la balance en faveur du non et c'était notre première victoire. Certains d'entre nous avaient fait l'effort de lire les textes, et même de les comprendre (c'était un exploit) mais il faut reconnaître que nous n'avions pas forcément les armes nécessaires pour voter en toute connaissance de cause. Il serait naïf de penser qu'à 18 ans, nous sommes en mesure de décider ce qui est bon, ou non, pour une population de plusieurs centaines de millions d'européens. J'imagine que nous avons plus voté soit par rébellion, soit sous influences familiales. 

Mais nous avions voté ! Et nous avions voté NON. Pourtant, dans un tour d'équilibriste juridique, la constitution éclates en multiples amendements et passe tout de même, contre la volonté du peuple, deux ans plus tard. Comment appelle-t-on un gouvernement qui prend une décision contre la volonté claire et forte de son peuple, sous prétexte que le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui ou ce qui ne l'est pas ? Ce n'est en tout cas pas une démocratie. Et encore moins ce que l'on nous enseignait à l'école. Ce fut, pour nous, le premier signe que la classe politique ne nous écoutait pas, qu'elle souhaitait faire sans nous, et pire : contre nous. La confiance était rompue, purement et simplement.

Les années Chirac passèrent la dessus, puis arriva Sarkozy et la réforme des retraites (j'étais à Lyon à cette époque, j'ai vu les manifestations, les émeutes, les révoltes,...) et là encore, le gouvernement n'écouta pas. Enfin arriva Hollande et sa loi travail : la goutte d'eau de trop. Je ne parle même pas du contenu de la loi (demandez à Caroline de Haas...) mais de la façon dont elle passa. Le peuple montra qu'il n'en voulait pas et certains élus décidèrent de les écouter et tergiversèrent à la voter. Paf ! le gouvernement sort le 49-3. Cela ne suffit pas, la colère gronde, les députés (les frondeurs entre autre) pensent à signer la motion de censure ... et sont réprimandés, même menacé d'expulsion par les cadres de leur parti. Est-ce là encore la démocratie que de voter sous la contrainte d'une menace de réprimande immédiate

Non, et c'est pour cette raison que d’après moi, beaucoup de ces millenials (l'autre nom de la génération Y) ont décidé de choisir une autre voix : celle de tout raser, de tout remettre à plat.

Seulement il faut maintenant reconstruire.

Et pour ceux qui, comme moi, ont une sensibilité socialiste et écologiste, la tache est grande. Il est de notre responsabilité, nous qui représentons plus de la moitié de la population active aujourd'hui (et 75% dans les années à venir), de reconstruire la république à notre image. Les idées sont variées (celle d'une 6ème république, celle du référendum d'initiative populaire, celle du 49-3 citoyen,...) et le débat reste à être mené. Mais il est aussi de la responsabilité des générations plus anciennes de se remettre en question, de comprendre que le pays a changé, et que nous n'accepterons plus cette politique hégémonique des partis et de quelques élites dans lesquels nous n'avons plus confiance.    

Cette confiance est irrécupérable. C'est pourquoi il nous faut, tous ensemble, commencer autre chose. Ne nous y trompons pas, la situation politique actuelle ne marque en rien ce commencement, elle est la transition et la société qui suivra reste à être bâtie. 

 

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