Ou est passé le socialisme ?

Le socialisme à la française est-il mort ? La gauche est-elle morte ? Y-t-il encore quelque chose à faire à gauche en France aujourd'hui ? Je propose quelques éléments de réponse.

Pendant la campagne présidentielle, de nombreux sites web proposaient des outils pour découvrir ou l'on se positionnait politiquement. Il suffisait de répondre à quelques dizaines de questions, en rapport avec les programmes des candidats, ou sur des thèmes plus larges et plus généralistes. En récompense de cet effort on obtenait un classement des candidats du plus compatible avec notre point de vue, au plus éloigné. Et parfois, on nous proposait un graphique représentant l'espace politique, le positionnement de chacun des candidats dans cet espace, et enfin notre propre positionnement. Je trouvais cet outil intéressant, et malheureusement je le trouvais aussi utile. Je dis malheureusement car son utilité démontrait que les responsables politiques ne faisait par correctement leur travail d'information et de partage pour permettre naturellement au français de savoir se positionner politiquement. Et je me suis rendu compte que ce défaut d'information n'était pas nouveau.

Il y a presque 10 ans, alors que je n'étais pas même militant mais fort de mes convictions politiques, on m'a proposé de me présenter sur la liste d'union de la gauche aux municipales de mon village natal. J'ai accepté, évidemment et voici comment je suis entré en politique active. A cette époque je me posais une question sur mon engagement politique, une question essentielle : Suis-je socialiste. J'avais remarqué que lorsque des questions de sociétés, de politiques, se posaient à moi, les réponses que je donnais étaient tout à fait similaires à celles que donnaient les socialistes : Les élus, les militants, les responsables ou même tout simplement les sympathisants socialistes. Alors, oui, j'étais socialiste. Mais j'étais parvenu à cette conclusion au travers de la comparaison de tout ce spectre de réponses, sans y trouver de lien logique entre elles. je veux dire que je me savais socialiste mais je ne savais pas vraiment, au fond, ce qu'était le socialisme. Du moins j'étais incapable de le résumer en quelques idées. 

Et si le socialisme était tout simplement devenu inaudible parce que ces valeurs ont été oubliées ? 

Aujourd'hui, évidemment, je le peux, et c'est ce que je souhaite faire au travers de ce blog, mais c'est certainement mon expérience politique, de militant, de sympathisant, qui me permet cela. Je pense que ce n'est pas le cas pour la majorité des Français qui ne s'intéressent pas plus que ça à la politique. Tous ont le même reflex à l'approche des élections : Ils étudient plus ou moins en détail les programmes politiques, y cherchent quelques points qui les concernent ou pour lesquels ils sont d'accords puis se décident à voter pour le programme dans lequel ils les ont trouvés, et par extension, pour le candidat et le parti politique qui portent ce programme. Enfin, lorsque le mandat se termine, et que les points du programme qui les avaient intéressés ont été oubliés, les électeurs se sentent déçus et se disent que leur vote n'a servi à rien, et que plus généralement, voter ne sert à rien. Et voilà l'abstention qui grimpe. 

On ne va pas se cacher qu'un programme électoral n'est jamais totalement mis en application car bien des événements peuvent survenir en cours de mandat et il faut bien souvent prioriser. L'action politique n'est pas uniquement une construction, c'est aussi une vaste bataille. Ainsi, un programme ne devrait être qu'une illustration concrète d'une ligne politique, et non pas un manifeste ou une feuille de route. Et pourtant c'est ce qu'il est devenu aujourd'hui. Et beaucoup de candidat ont tendance à y aborder un maximum de point pour permettre à chacune et chacun d'avoir l'opportunité de s'y retrouver. Ce n'est pas la bonne méthode car comme je le soulignais plus haut, cela conduit inévitablement à la déception des électeurs. Un programme est utile et important, évidemment, mais ce qui est plus important encore, c'est de clairement présenter sa ligne politique et, dans notre cas, ce qu'est le socialisme.

Que reste-t-il du socialisme ? 3 fondamentaux qui gouvernent tout le reste. 

La démocratie. Au sens littéral, il s'agit de donner le pouvoir au peuple. De permettre à la majorité de toujours prévaloir sur la minorité, quand bien même celle-ci soit puissante et composée d'élites. Bien des propositions ont été faites en se sens au cours de la campagne. Le 49-3 citoyen par exemple, ou la rédaction d'une nouvelle constitution allant dans ce sens. Mais le point important est de toujours rapprocher le peuple du pouvoir et jamais l'inverse. Refuser d'écouter le peuple qui manifeste, imposer un 49-3 et menacer d'exclusion les élus qui souhaitent voter une motion de censure au nom de leurs électeurs, c'est justement tout l'inverse. 

Le sociale. La justice sociale, la protection sociale ou, comme je préfère le résumer, l'équité sociale. Il s'agit de donner les moyens, à ceux qui ne les ont pas, d'étudier, de se soigner, et de se défendre. Sur ce dernier point, cela ne veut pas dire protéger les pauvres des riches, mais protéger ceux qui font face à plus fort. Donner à l'employé le moyen de se défendre face à son patron, mais aussi donner à ce même patron les moyens de se défendre face à une multinationale par exemple. Il y a beaucoup de gens dans ce pays qui sont seuls face à certaines situations. Des employés, des artisans, des commerçants, des professionnels libéraux, des dirigeants de PME qui ont besoin du soutient de l'état. La loi travail qui ôte ces moyens aux plus faibles va exactement à l'encontre du socialisme, par exemple, en mettant les employés "à nu" devant leurs patrons.

L'écologie. Un pays, ce n'est pas qu'un peuple, c'est aussi une terre. Une terre qui nous héberge, et qui nous nourri. La France est une terre riche, pleine de ressources permettant une agriculture ou une pisciculture très actives et de qualité, par exemple. Cela doit nous permettre de nous nourrir par nous même, d'être autonome pour établir nos ressources alimentaires. Et il faut protéger ces ressources des grands groupes privés car ainsi ce seront les plus faibles qui seront lésés, une fois encore, devenant dépendant des marchés et des multinationales. C'est ce qui est en train de se passer et il faut résister. L'idée du libéralisme étant la rentabilité et de fait la productivité maximum, cela épuise les ressources car cela revient à considérer quelles sont inépuisables et se renouvellent instantanément. Partout en France les rivières sont polluées, ainsi que les sols ou les nappes phréatiques, et cela met en péril à moyen terme la biodiversité et le maintient de ces ressources, mais aussi, tout simplement, notre santé à court terme.

Que reste-t-il à faire avec le socialisme ? 

Voilà ce qu'est le socialisme en France aujourd'hui. J'ai donné ici quelques illustrations, j'aurais pu en choisir d'autre comme parler des énergies renouvelables, du droit de grève, des référendums d’initiative populaire, mais ce sont les idées directrices qui sont importantes. Pour qu'un parti politique puisse convaincre les électeurs de le soutenir il faut que ses idées leur parlent. Et pour que ces idées soient parlantes, il faut qu'elles soient audibles, et non pas rendue muettes par une orgies de propositions trop précises et souvent trop techniques. Il faut retourner au sources, et porter haut les valeurs qui nous poussent à mener ce combat. Il ne s'agit pas de convaincre les électeurs en leur proposant un plan de bataille, mais en leur proposant une cause pour laquelle se battre. 

Le socialisme n'est donc pas mort car il est cette cause : se battre pour nous tous. 

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